Allahû akbar. Audiard est-il son Prophète?
La première fois que j’ai entendu parler du dernier bébé de Jacques Audiard, il s’intitulait Le prophète et n’était qu’un scénario. Une histoire dure, froide, âpre, comme un séjour en prison. De prison, il en était question, un temps, dans le cours du récit. Dans mon souvenir, moins que dans le film récemment sorti sur les écrans. L’intrigue quittait plus vite l’univers carcéral. Est-ce que je l’ai aimé, ce film ? Oui, en partie. Pas assez cependant pour le ranger, comme beaucoup, dans la catégorie claque. C’est bien, mais. Bien, parce que magistralement réalisé. Bien parce que superbement joué. Mais, à mon avis, trop caricatural vis-à-vis des Corses, moins méchant avec la pègre maghrébine et les barbus que le scénario premier d’Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit ne l’était – peur de la polémique ? – et surtout, moins fort, en ce qui concerne le personnage principal. Véritable raclure dans le texte original, Malik a perdu en puissance ce qu’il a soi-disant gagné en humanité. Mouais. L’entre-deux dans lequel il se situe le rend, de mon point de vue, moins marquant, moins saillant. En tant que figure emblématique, je ne crois pas qu’il survivra à ce film. Audiard ne voulait pas d’un nouveau Tony Montana, qu’il se rassure, il a très bien réussi. Au passage, il s’est aussi débarrassé des éléments qui donnaient son titre à l’histoire. Un rêve de cerf est une bien maigre justification et ne vaut pas celui d’une licorne. Par ailleurs, bien que le grand Jacques s’en défende, son Prophète a des tentations véristes dont il s’affranchit quand cela l’arrange. Pas forcément pour le meilleur. Un exemple ? La rocambolesque scène de fusillade, avenue Montaigne, à Paris, dans le dernier tiers du film. Et ne parlons pas de la prison. J’ai un vrai problème avec le cinéma et la télévision. Je ne les vois – presque – plus avec des yeux profanes. Et c’est encore pire quand les auteurs veulent faire oeuvre de réalisme. Finalement, les films, les séries qui me séduisent aujourd’hui sont ceux à propos desquels je ne me pose pas de question en les voyant, dont je ne sors à aucun moment. C’est pénible, ils sont devenus rares. Un prophète n’en fait pas partie, pas plus que Public enemies, vu il y a quelques mois, une grosse déception. Up, en revanche…
Comment par jenotule — 7 septembre 2009 21 h 48 min
Jacques Audiard a-t-il voulu faire oeuvre de réalisme (restituer la réalité globale et la problématique de la prison) ? Ou faire un film qui sonne vrai aux yeux du spectateur ? La nuance a son importance je pense.
Comment par Travis — 7 septembre 2009 22 h 07 min
décidément les déceptions vont bon train en matière de cinéma.
Je viens juste d’emprunter “regarde les hommes tomber” (à part son dernier c’était le seul que je n’avais pas vu), ses autres films m’avaient bien plu, j’attendais “Un prophète” qui je pensais allait nous donner un peu d’oxygène dans ce paysage cinématographique bien morne. Peut être sommes nous dans une phase de transition, les anciens commencent à flancher et la nouvelle génération n’a pas encore montrée ce qu’elle était capable de faire?
J’attends impatiemment “Enter the void” j’espère qu’il serait à la hauteur des espérances?
A bientôt
Comment par DOA — 7 septembre 2009 22 h 35 min
Jenotule >> Maybe… Cependant, en ce qui me concerne, elle n’a aucune importance, la nuance. Pour moi, le film ne fonctionne pas complètement. Mais ce n’est que mon avis, la critique est unanime et tous les spectateurs que je connais semblent satisfaits… C’est donc qu’Audiard a réussi son film.
Travis >> See above. J’avais beaucoup aimé Sur mes lèvres, pas du tout De battre et Regarde est maintenant trop loin. Il se perd dans une brume de films vus à cette époque. Mais je crois que mon avis était plutôt positif. Je ne peux donc que t’inviter à y aller puis à revenir me dire ce que tu en as pensé. Mon opinion est de toute façon déformée par ma pré-connaissance du script original, que je crois meilleur.
Comment par cynic63 — 15 octobre 2009 14 h 55 min
Vu aussi récemment. Ce qui est quand même positif, c’est que les 2h30 passent avec une facilité déconcertante. Bien sûr, ce n’est pas que cela qui est à retenir mais c’est un signe. De plus, certaines scènes sont fortes, certains personnages prenants (par exemple, je trouve Niels Aerstrup excellent). Une copine remarquait que les matons étaient bizarrement bien effacés…et je suis d’accord avec toi, DOA, la fusillade dans Paris est un peu tirée par les cheveux. Et aussi sur ce point: “Sur mes lèvres” me paraît être meilleur. A plus