Douce France
Il est facile de déterminer quand une société va bien. Par exemple, quand ses systèmes d’alerte sanitaire fonctionnent au point que les marchands de journaux se mettent à vendre des flacons de solution hydro-alcoolique pour se désinfecter les mains – vu ce matin, en bas de chez moi. Ou quand ses députés votent des lois si bien ficelées qu’un ministre refuse d’en signer les décrets d’application. A moins qu’il ne faille voir là une manœuvre du chef de l’état pour torpiller un concurrent potentiel, chef de la majorité parlementaire, en désavouant son travail. Ou quand un parti dit de gouvernement, au fronton social et humaniste, se retrouve pris la main dans le sac après avoir apparemment organisé, dans la plus totale opacité, des élections dignes de la pire autocratie. A tel point que le scrutin qui s’est récemment tenu en Afghanistan, pour élire un nouveau président, pourrait passer, par comparaison, pour un modèle d’intégrité. Ou quand il faut une petite trentaine de suicides dans une entreprise pour que les gens – la direction de ladite entreprise, le gouvernement, les mouvements politiques d’opposition, ah non, pas eux… la presse, nous – commencent à réagir. Sinon, il paraît que Secret Story a très bien marché cet été et que Plus belle la vie va continuer à cartonner. Quand il y a un programme de ce genre à la télé, ça va, c’est quand ils sont trop nombreux que les choses se gâtent. Bonne journée.
Comment par Caroline BERARD — 23 septembre 2009 17 h 27 min
Ou quand notre cher gouvernement organise une raffle surmédiatisée d’être humains sans papier.
Cher pays de mon enfance…
Bonne journée à vous.
Comment par oldboy — 2 octobre 2009 16 h 14 min
Je me permet de souffler sur votre page car je viens d’apprendre, avec une larme à l’oeil, que vous étiez le scénariste de la dernière série d’olivier Marshall, Braquo. En effet, déjà que j’attendais cette série bave aux lèvres, je viens d’apprendre que vous en étiez le scénariste officiel… je n’ai plus qu’a passer la serpillière sur mon sol glissant. Dans un pays qui se dit pillier du film noir (moyennement pas faux!), aucunes séries policières Francaises (a part 1, voir 2, je vous le concède) n’a été en mesures d’arriver aux chevilles chaballesques des Américaines ( top3: the wire, the shields, les sopranos). Et pour causes, les pauvres scénaristes, utopistes mais pollardeux, se sont pris des balles dans la nuques a vouloir présenter des projets à des producteurs ou responsables d’antennes cupides, cyniques, et nuls tout simplement. Chaque société a aussi la télé qu’elle mérite. Bref, tout ca pour dire que j’ai découvert votre roman “citoyens clandestins” il y a quelques temps, j’ai adoré le réalisme, les personnages, l’histoire, alors un écrivain comme vous, en assoc avec un réa comme Marshall, les prods de canals et des acteurs comme Anglade (entres autres), c’était innespéré.
P.S : Je viens d’apprendre aussi que votre dernier roman se passe dans le Sud-Ouest, d’où je suis originaire, je pars me l’acheter sur le pas…
Bonne continuation.
Un nouveau lecteur qui vous prend en filoche. A+.
Comment par DOA — 2 octobre 2009 17 h 37 min
Oldboy >> Merci pour votre enthousiasme. En ce qui concerne Braquo, je ne suis qu’une modeste petite main, intervenue en qualité de co-scénariste sur les épisodes 5 & 6 (et encore, mon travail a été grandement remanié après que j’ai rendu mes dernières versions de scripts). C’est principalement Olivier Marchal qui est à la manoeuvre, tant à l’écriture qu’à la réalisation. Il est le premier et principal architecte de cette nouvelle tentative de Canal + de conduire la fiction française hors des sentiers battus, pour le meilleur et pour le pire.
Très bonne lecture en ce qui concerne le Serpent, n’hésitez pas à venir me faire part de vos impressions.
Comment par Jean-Marc — 14 octobre 2009 9 h 28 min
Ou quand le Président nomme son incapable de fils à un poste de pouvoir prestigieux (et très bien payé) et le lendemain se fend d’un discours sur le lycée, institution républicaine qui garantit la fin du privilège de la naissance et l’avènement de la reconnaissance des études, du travail et des mérites …
Comment par DOA — 15 octobre 2009 8 h 31 min
JM >> Le poisson pourrit par la tête. Pourquoi ai-je cette vision tenace de la France en Mer morte?
Comment par Pierre — 15 octobre 2009 21 h 13 min
Je viens de finir Citoyens Clandestins. Ca faisait longtemps que je n’avais pas lu un vrai policier qui me transporte de la première à la dernière page. Le monde décrit est tellement proche et lointain en même temps queon a quasi eu l’ impression de lire un roman fantastique. J’ai particulièrement adoré l’audace narrative consistant à reléguer le 11/09 sur un plan secondaire. Dans la foulée j’ ai acheté le serpent…
Tout y est , la modernité, les mondes parallèles , la “plausibilité” d’aucun diront le réalisme que je rapprocherais du film Secret Défense avec Lanvin et Duchauvel sorti en décembre 08. On a là un vrai bouquin sans aucun parti pris politique social moral syndical psychologique ethnique ou géographique et franchement dans le PPF (paysage du polar français), Citoyens Clandestins détonne définitivement
quant à l’ actualité népotoprésidentielle….et bien je gravite dans les interstices….
Comment par Fabrice — 17 octobre 2009 12 h 22 min
Cher DOA,
J’ai regardé attentivement les deux premiers épisodes de Braquo et force est de constater que l’on ne peut la comparer à The Shield. Vous aviez raison quand vous me disiez vendredi dernier ( à Choisy le roi) que l’on ne les voit jamais faire un travail d’enquête. Dans The Shield on a tout, les enquêtes, la vie privée, la psychologie, et la tragédie. Là on a la psychologie et la tragédie, ce qui fait j’ai été très déçu par le groupe VP dans le premier épisode. Ils ne sont pas efficaces, et ne sont pas des bons flics non plus. La Strike team est une escouade de flics ripoux et immoraux mais ils sont efficaces et ils leurs arrivent de faire leur métier de flic. Là le groupe VP utilise l’illégalité pour loger Lemoine mais vont le serrer à avant l’heure légale ! Résultat, ils se retrouvent comme des cons quand il est relâché. Je ne peux pas me dire que ce sont des bons flics. Pour le moment on manque cruellement d’infos objectives sur leurs faits d’armes on ne connaît pas leur grade, ni d’où ils viennent. C’est d’autant plus gênant car la partie enquête est laissée de côté par Marchal.
Par contre le second épisode m’a plus captivé, même si la mule est chargée au niveau de toutes les emmerdes qui tombent sur le coin de la gueule de nos “bons flics”.
A bientôt
Fabrice
Comment par DOA — 18 octobre 2009 11 h 58 min
Pierre >> Merci d’être venu me donner vos impressions. C’est toujours agréable. Tenez-moi au courant, pour le Serpent.
Fabrice >> Vous, ici? (rires) Les retours sur Braquo que j’ai pu lire ici ou là sont semblables au vôtre. J’imagine que chacun peut y trouver quelque chose qui fasse vibrer sa sensibilité… Ou pas. Quoi qu’il en soit, le succès était au rendez-vous de ces deux premiers épisodes avec 1,3 million de téléspectateurs en moyenne pour chacun d’eux. Nous verrons s’il se confirme la semaine prochaine.
Comment par janette — 18 octobre 2009 13 h 20 min
Après-midi sous les néons d’une célèbre grande surface culturelle, loin de la bonne vibe de ma libraire, razzia compulso-intuitive : citoyens clandestins, pour sa bonne bouille, son titre, le semi-anonymat intrigant de l’auteur, faisait partie du demi-quintal de papelard qui m’a raccompagnée chez moi. Je soupçonnais que ce serait fort avec ce bouquin et qu’il y avait de la nuit blanche au programme. Après l’avoir snobé par terre au pied du lit pendant une bonne semaine, il m’a eue… Presque soulagée de lui avoir réglé son compte ce matin ! (vers 6h, ndlr…)
J’ai tout aimé, mais en particulier : la complexité de l’intrigue et du système noms-surnoms-sigles qui oblige à sortir d’une tendance passive lourde de lecteur ; les gros défauts de vos héros ; la playlist !
Merci, merci pour ce voyage, je prends le prochain train dès que j’ai repris mon souffle.
Au fait, c’est quoi ce concept à la con de polardeux de droite ? Fascinant !
Merci encore,
Janette
Comment par Fabrice — 20 octobre 2009 12 h 55 min
Braquo suite … (désolé pour le Hors sujet)
Cher DOA,
Je viens de voir les épisodes 3 et 4 de Braquo, et le Seigneur m’a entendu enfin nous apprenons quelques informations relatives à l’équipe de Caplan. Ca permet d’accepter certaines choses. C’est marrant parce que Marchal souhaitait qu’à chaque mauvaise action du GVP, e public soutienne cette action. Mais bon c’est difficile si on ne connais ni d’Eve, ni d’Adam les flics qu’on a en face de nous.
Bon, je dois dire tout de go que j’aime cette série, elle me séduit. Putain ça joue bien bordel, après on peut reprocher à Marchal d’avoir d’écrire toujours les mêmes dialogues aussi fleuris pour certains personnages comme Bordier, Caplan, où les malfrats. Après, je ne suis pas client de sa vision très nostalgique de la police. Cette vision là m’a toujours fait penser que les flics ont beaucoup de points communs avec les mecs qu’ils arrêtent, à la différence qu’ils portent un badge. Oui on revient toujours à The Shield décidément !
C’est marrant parce que pour les 3 derniers épisodes, les cliffhangers sont toujours pareil ! Se terminant toujours sur une scène d’action, ou préparation d’une scène d’action. Je préfère de loin la fin du quatrième épisode qui est carrément plus forte, car on va vers la tragédie ! Et ça c’est très très bon. Je serais curieux de lire la version mijoté par vos soins et celles de vos collègues. Enfin bon c’est pas grave, comme on me l’a appris à la fac, il faut savoir faire le deuil des images.
A bientôt
Fabrice
Comment par kaïs — 25 octobre 2009 14 h 26 min
je viens de finir le serpent il y a à peine une heure. j’ai éprouvé le besoin d’aller faire une petite recherche sur cet énigmatique DOA qui sait tisser des histoires qui me tiennent en haleine et m’obligent à avaler cul sec ses bouquins. j’ai atterri ici, votre image devient moins énigmatique d’un coup, vous répondez à vos lecteurs, vous livrez vos coups de gueule face aux news, toujours plus tragiques, qu’on avale quotidiennement avec le petit dej…
j’attend impatiemment le prochain ! c’en est où?
merci !
Comment par DOA — 25 octobre 2009 18 h 42 min
Kaïs >> Merci, heureux de ‘vous avoir tenu en haleine’. Le prochain? Hmmm… Who knows? (rires) Sinon, il y a déjà le précédent, qui est en plus plus gros et en poche (à moins que vous l’ayez déjà lu et dans ce cas, je retire cette dernière suggestion). A bientôt.
Comment par maud — 26 octobre 2009 22 h 58 min
La ligne de sang m’a intrigué ( et merci pour l’univers lyonnais);”Citoyens clandestins” est un livre que j’ai recommandé , prêté, dont j’ai parlé autour de moi, comme celà ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’ai aimé le gros travail de documentation , la playlist, la construction du récit. … musique et littérature, il ne manquait plus qu’un verre de vin ..
J’ai aimé le suivant pour d’autres raisons , j’attends avec beaucoup d ‘impatience le prochain.
merci .
Comment par Eric — 7 décembre 2009 21 h 48 min
Comprendre les raisons profondes des dysfonctionnements d’une société. C’est peut être finalement ce qu’on recherche à la lecture d’un polar. Même si le micro l’emporte souvent sur le macroscopique, le plaisir de l’ambiance sur le sens. Sans por autant nier l’importance d’avoir un sens.
Une société qui va mal pour épanouir son malaise s’appuie certainement sur une foule de paramètres. la thèse du complot, l’incapacité à développer du sens, le développement des égoismes, la perte des valeurs autant de symptomes qui apparaissent entre les flacons de solution hydro-alcoolique, des élections afghanes, des lignes du JO. Pourtant si j’ai une idée assez précise sur le développement de la performance, je suis plus circonspect sur la vague de suicide de France telecom, le ratio employé suicide semble effectivement en dessous de la moyenne nationale.
comme quoi beaucoup est question de com.
en outre le suicide est une question suffisament complexe pour chercher à s’y intéresser.
tout cela pour dire que je suis fortuitement tombé sur “citoyens clandestins ” dans un relais H et, depuis je suis dans un tunnel dont j’espère sortir le plus tard possible.
Avec toutefois une question qui me taquine de temps en temps, d’où vous vient cette connaissance et des milieux du renseignement, du milieu mili, de l’intérieur et des baveux. C’est plutôt rare chez un auteur français.
Comment par DOA — 8 décembre 2009 10 h 31 min
Maud >> Pour quelles raisons avez-vous donc aimé le suivant.
Eric >> La question posée mérite développement(s) mais qui la pose?
Comment par Eric — 8 décembre 2009 20 h 26 min
qui pose cette question?
un lecteur de roman policier d’abord, puisque c’est par cette lecture que je me trouve sur ce site.
un lecteur enthousiaste ensuite.
enfin, un lecteur qui trouve au fil des pages un certain nombre de résonances avec des observations qu’il a pu lui même faire. Certes pas dans tous les aspects développés, toutefois certaines communautés présentent des similitudes. Le regard appuyé voire intime de l’auteur permet de révéler des traits dont on avait conscience sans faire toujours l’effort de les identifier, de les exprimer ou de les transposer dans les situations de crise décrites dans ce roman.
Mais je n’en suis qu’à la 247ème page et j’ai un rendez vous avec “citoyens clandestins”. Je vous souhaite donc une bonne soirée