Ce midi, alors que le métro m’emportait vers un rendez-vous, je repensais à cette nouvelle, apprise hier soir, selon laquelle les Ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie, déçus par les décisions rendues par les tribunaux de Nice et Marseille, s’apprêtaient à faire passer aujourd’hui, au Journal Officiel, un décret recommandant l’abattage des loups dans l’arc alpin.
Oui, on est repartis. La bataille juridique n’est pas terminée, malgré un court répit de quarante-huit heures. Rappelons tout d’abord que le gouvernement place ainsi la France hors-la-loi en s’attaquant à une espèce protégée par la réglementation européenne. Il s’agit là d’une démonstration supplémentaire du fait suivant : ceux-là même qui sont censés nous montrer l’exemple ne le font pas. Je pourrais gloser ici sur la théorie du spaghetti cuit, mais ce serait un peu trop long. Quoi qu’il en soit, lead by example n’est visiblement plus, depuis trop longtemps, l’adage qui guide les actions de nos gouvernants.
Ensuite, il me semble bon d’insister sur le fait que les conditions mêmes énoncées par le Plan Lepeltier ne sont pas réunies pour déclencher les battues à l’encontre du loup. En effet, les zones d’abattage prévues pour le moment se trouvent dans des départements où toutes les mesures de sécurité et de surveillance des troupeaux n’ont pas été au préalable observées, condition sine qua non, dixit le Ministre de l’Ecologie, pour autoriser le tir des loups. Autre détail amusant, en début de semaine, les battues avaient commencé avant la publication des décrets préfectoraux. La loi n’est visiblement pas la même qu’on soit un loup ou un ministre.
Il est enfin intéressant de signaler que le loup n’est qu’un épouvantail dans cette affaire, épouvantail qui ne vise qu’à protéger les intérêts catégoriels d’une branche de l’agriculture qui ne survit qu’à grands coups de subventions (50% au moins du chiffre d’affaires de la production ovine, branche viande, provient de fonds publics ou européens). Ainsi, l’argument développé par les éleveurs selon lequel le loup coûte cher au contribuable est complètement spécieux : la charge fiscale des subventions-loup est ridicule en comparaison de celle représentée par cette industrie. Industrie qui craint par ailleurs que le loup n’attire trop sur elle l’attention d’autorités européennes et sanitaires qui pourraient découvrir que ses pratiques courantes sont incompatibles avec les règlements en vigueur (pour plus de détails, relisez ma note du 23 Juillet, toutes les informations et références étayant les propos ci-dessus y sont répertoriées).
Je tiens à saluer ici l’action de l’ASPAS, à rappeler qu’une pétition circule sur l’excellent site Loup.org et à condamner une fois de plus l’acharnement psycho-rigide de politiques vexés et de lobbies à courte-vue.
J’ai lu récemment la citation suivante, de Lynn Margulis, tirée d’un ouvrage intitulé Le Tao de l’écologie, écrit par Edouard Goldsmith : les êtres humains ne sont ni particuliers ni spéciaux ni à part ni uniques. Une extension à la biologie de la vision copernicienne où nous ne serions plus au centre de l’univers nous priverait de notre position dominante comme êtres vivants sur la planète. C’est sans doute porter un coup à notre égo collectif, mais nous ne sommes pas les maîtres de la vie, perchés sur le dernier barreau d’une échelle de l’évolution.
Le chapitre dont elle est tirée tente de démontrer qu’il n’existe pas de ligne de démarcation nette entre l’homme et le reste du règne animal. Que cette ligne que nous avons tracée au nom d’une certaine orthodoxie scientifique et du développement économique est complètement artificielle et vise à nous permettre de regarder, je cite: les animaux non-humains […] comme des bêtes, des brutes sans aucun but, auxquelles l’on refuse des qualités telles que la créativité, l’intelligence, la conscience et toute espèce de morale ; leur comportement doit être considéré comme machinal et aveugle. Il est dès lors justifié de les exploiter et de les tuer pour satisfaire des intérêts économiques à court terme. Ce qui se passe aujourd’hui constitue une illustration quasi-parfaite de cette idée.
La route est longue et la pente est raide, comme dirait quelqu’un qui n’a jamais été un exemple à suivre. Oui, je sais, là je ventile.