J-11 - Making of La ligne de sang - Seconde partie

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Sun 3 Oct 2004 0:01

Je commence en général mon travail de réflexion par la recherche du décor dans lequel je vais planter mon intrigue. L’atmosphère d’un lieu, ce qui s’en dégage, les impressions que j’en retire influencent grandement le ton de l’histoire. Dans le cas de La ligne de sang, ce processus a été quelque peu perturbé par l’origine cinématographique du projet, initialement prévu pour se dérouler dans les Vosges. Lorsque j’ai finalement décidé d’écrire un livre plutôt qu’un scénario, j’avais déjà travaillé plusieurs mois sur le projet et il me fallait trouver un nouveau contexte, de préférence familier, pour éviter de perdre trop de temps. Le choix de Lyon s’est imposé comme une évidence. C’est une ville que je connais bien et dont certaines ambiances, très particulières, se prêtaient tout à fait au type de récit que j’avais en tête après quelques semaines passées à me documenter sur certains thèmes pour le film.

C’est à l’occasion de ce travail de documentation - dans les livres, auprès de professionnels, dans le cadre de reconnaissances photo, etc. - que mon processus de réflexion décante. L’histoire d’un lieu conduit à de nouveaux éléments qui s’inscrivent, ou pas, dans la philosophie générale de l’intrigue. Ils rebondissent sur des thématiques déjà abordées et les éclairent d’un jour nouveau. Il s’agit, durant cette période de dérive, de lire beaucoup, de prendre des notes, d’essayer dans sa tête des combinaisons d’évènements. En général, à ce stade de la conception, les acteurs du récit sont pour moi très secondaires. Ils commencent à peine à vivre (sauf si, bien sûr, le point de départ du roman est un personnage). A force de m’imprégner d’ambiances, de faits-divers, d’anecdotes et de connaissances techniques ou historiques (avec leurs contraintes propres) la structure prend peu à peu forme dans mon esprit. Et quand elle est prête, je peux passer à la phase suivante, la rédaction du traitement.

Mais, avant d’aborder ce sujet, revenons quelques instants à Lyon. L’histoire du livre commence à la Croix-Rousse, l’une des deux collines de la capitale rhônalpine, que l’on connaît également sous le nom de colline qui travaille. C’est à cet endroit en effet que s’est développée l’industrie de la soie - avec ses canuts - qui a longtemps fait la réputation de la ville et de la région. C’est aussi de là que partent l’essentiel des traboules, ces passages piétons aménagés entre les rues, sous les immeubles et à travers les cours intérieures, qui permettaient aux ouvriers de la soie de circuler plus directement et rapidement vers le reste de la ville.

L’action ne débute pas exactement sur la place Tabareau, exposée ci-dessus, mais la rejoint très rapidement. Cet endroit, calme et agréable, se situe à un jet de pierre de la mairie du 4ème arrondissement de Lyon (de la Croix-Rousse, en fait), sur le Plateau (autre nom du sommet de la colline), en haut des fameuses pentes. Les vieux du quartier viennent y jouer aux boules à l’abri des grands arbres, quand les beaux jours reviennent. Ils y pratiquent le Jeu de longue, dont les règles sont illustrées sur la pissotière à l’ancienne qui se trouve à l’extrémité de la place, juste en face du n°3.

Les personnages principaux vont, à plusieurs reprises, tourner autour de ce n°3, place Tabareau. C’est un immeuble que je connais assez bien, j’y ai habité quelques mois lorsque j’ai quitté l’armée. Et même si j’ai pris quelques libertés avec la configuration réelle des lieux, je suis sûr que ses occupants actuels ne trouveront rien à redire à mes délires créatifs.

Après avoir exploré l’endroit, mes héros découvriront d’autres éléments qui vont les amener petit à petit à s’intéresser à d’autres quartiers de Lyon et même à sortir de la ville, pour s’enfoncer dans le massif de la Chartreuse. Mais pour le moment, contentons-nous de quitter la Croix-Rousse pour rejoindre le bas de la colline de Fourvière, la colline qui prie. C’est là que se situe le dédale touristique de ruelles médiévales qui forment le quartier appelé Vieux Lyon.

J-8 - Making of La ligne de sang - Troisième partie

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Wed 6 Oct 2004 0:01

Traitement est un mot emprunté au vocabulaire cinématographique. Dans le cadre de mon travail, il s’agit de rédiger un document qui raconte précisément l’histoire du livre, sans entrer dans tous les détails (par exemple, on décrira le moment d’une conversation entre des personnages, en expliquant dans quel état d’esprit ils l’abordent et quelles seront les informations échangées, mais sans développer les dialogues). Cette étape n’intervient que lorsque je visualise très clairement toute l’histoire dans ma tête. Au préalable, je conçois éventuellement des diagrammes chronologiques, qui me donnent la possibilité de placer tous les évènements les uns par rapport aux autres, et je prends des notes. Mais c’est le traitement seul qui me permet de juger des équilibres internes de l’intrigue et de vérifier qu’aucun élément primordial pour son déroulement n’a été omis.

Lors de cette phase (et de la suivante), il est important pour moi, qui suis un maniaque des détails, de pouvoir me replonger dans l’univers visuel du roman. Le travail de recherche, en particulier photographique, prend alors tout son sens et aide à retrouver les différents décors, pour construire et décrire, dans les grandes lignes, les différentes scènes. C’est ainsi qu’à l’instar de mes deux personnages principaux, je suis retourné flâner, de cliché en cliché, en bas de la pieuse Fourvière, dans le Vieux Lyon (Saint-Georges, Saint-Jean, Saint-Paul).

Historiquement, c’est au sommet de cette colline qui prie que se sont établis les premiers habitants de la ville, avant de descendre vers la Saône. Le surnom de l’endroit est aussi révélateur de ce qui fut, à toutes les époques, sa vocation première : le centre de la croyance, ou plutôt des différentes croyances qui se sont succédées à Lyon. Fourvière et le Vieux Lyon sont donc des lieux mystiques. Encore aujourd’hui, malgré les côtés un peu touristiques de ces quartiers - qui sont administrativement regroupés dans le 5ème arrondissement de la ville - on ressent de façon aiguë le poids de l’histoire spirituelle de Lyon. L’architecture médiévale, qui a été remarquablement restaurée et conservée dans cette partie de la cité, accentue cette impression. Les ruelles sont étroites, piétonnes, pavées. Les façades presque florentines, percées de fenêtres hautes et étroites. Les portes des immeubles s’ouvrent sur de longs couloirs sombres et humides…

… Qui mènent à d’étranges labyrinthes d’escaliers de pierre tarabiscotés, de cours cachées et de terrasses à l’abri des regards. Dans ce dédale minéral, il semble possible de disparaître sans laisser de trace voire de mettre à jour des trésors… Ou des horreurs. Il y a longtemps, j’ai habité un appartement dans l’ensemble d’immeubles où j’ai choisi de situer une autre partie de l’intrigue du livre. Trois bâtiments, situés entre des jardins de ville, organisés autour d’un atrium intérieur, construit au-dessus du niveau de la rue, et desservis par plusieurs escaliers. On ne peut y accéder qu’en empruntant un long tunnel voûté qui rejoint la rue du Bœuf.

Le traitement est un document en général imposant. Celui de La ligne de sang comptait 97 pages A4 en simple interligne avec une police en corps 12 (à titre indicatif, le roman terminé, avec la même mise en page, en totalisait 317). Une fois rédigé, les risques d’erreur ou de panne d’inspiration sont limités. Et s’il est bien fait, on peut quasiment écrire le livre dans le désordre.

J-5 - Making of La ligne de sang - Quatrième partie

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Sat 9 Oct 2004 0:01

Quand j’ai abordé la phase de rédaction proprement dite de La ligne de sang, cela faisait déjà presque un an que j’étais impliqué sur ce projet (un peu moins à temps plein, environ six mois). J’ai commencé par prendre une semaine de repos, ce qui allait suivre promettant d’être particulièrement éprouvant. En effet, je me soumets à une discipline assez stricte lorsque je me mets à écrire. Je consacre environ sept à huit heures par jour à cette activité et je sors peu, afin d’éviter toute fatigue qui risquerait de m’embrouiller l’esprit. Mes seuls loisirs extraprofessionnels sont alors le sport et le cinéma, un peu de lecture aussi. Le cigare. Et les femmes… Ahem.

Au début de ce cycle, toutes ces heures ne sont pas forcément très productives. Il me faut un certain temps pour amorcer ma pompe à paroles et, en général, une à trois semaines pour parvenir à l’état d’esprit que je recherche : penser à l’histoire et au livre durant toutes mes heures d’éveil. M’arrêter, m’arracher chaque soir à l’écran de l’ordinateur doit devenir très pénible tant mon esprit et mes doigts trépignent de poursuivre… Quand j’atteinds enfin les conditions de travail optimales, j’arrive à écrire efficacement entre cinq et six heures par jour et je consacre les heures restantes à la relecture du texte déjà rédigé.

De ce point de vue, je repasse sans cesse sur mes mots, pour en lisser les saillies. Ainsi, en début de semaine, je reprends le travail effectué la semaine précédente, pour me remettre dans le bain et retrouver le style en cours d’élaboration. Puis, chaque matin, je relis le texte écrit la veille avec un peu de recul et je le modifie, si nécessaire, avant de poursuivre sur les pages à écrire dans la journée. Le week-end, sauf inspiration fulgurante, j’essaye de me détendre. Cependant, si je suis dans la configuration mentale idéale, je ne peux me soustraire totalement au travail. Dès lors, je relis encore et toujours mes lignes. A tel point qu’au bout d’un certain temps, avec toutes ces relectures, je finis par avoir une connaissance très approfondie de mon récit et je sais quasiment à la page près où j’ai écrit quoi.

Ce travail est exaltant. Après de longs mois d’attente, enfin, l’histoire prend forme. Il se peut néanmoins que celle-ci diffère quelque peu de celle initialement imaginée et relatée dans le traitement. Ce fut le cas pour ce roman, pour trois raisons principales. La première, c’est que j’avais volontairement laissé la psychologie des personnages de côté au stade de la conception. Il ne s’agissait alors que d’équilibrer des évènements et des rebondissements. Les protagonistes de l’histoire n’étaient que des fonctions dans cette construction. J’avais couché quelques grands traits de caractère sur le papier, mais je souhaitais me laisser la possibilité de ressentir leurs humeurs et leurs réactions au fur et à mesure que j’explicitais les faits et leurs conséquences.

Ce qui me conduit à la seconde raison: Priscille Mer. Cette jeune femme a pris de l’importance dans l’histoire à mesure que le récit progressait. Au départ, du point de vue de la résolution des problèmes, il était prévu qu’elle soit très en retrait de son collègue, Marc. Elle devait suivre et subir l’action. Mais lors d’une première scène en Chartreuse, juste après l’évocation du Pont du Grand Logis - voir ci-dessus - j’ai aimé ses réactions et j’ai commencé à m’attacher plus à elle. Dès lors, presque de sa propre initiative, elle s’est impliquée dans l’affaire, en volant des répliques et des scènes à Marc. Et j’ai laissé faire, agréablement surpris.

Enfin, comme souvent, parce que j’avais le nez plongé en permanence dans mon texte, j’ai fini par concevoir des solutions plus élégantes pour présenter certains éléments de l’intrigue, solutions qui ont quelque peu altéré la structure première du récit. Je me suis aussi laissé reprendre par les ambiances des lieux visités par les personnages, que j’avais pu perdre de vue durant les phases précédentes. Ainsi, grâce aux photos que j’avais prises en février 2003, j’ai retrouvé l’atmosphère si particulière qui règne dans cette zone située à la frontière de l’Isère et de la Savoie : le massif de la Chartreuse.

L’histoire de cette région est dominée par celle de l’ordre monastique qui lui a donné son nom. Elle est profondément marquée par la spiritualité mais aussi, par la superstition. L’hérésie vaudoise, qui s’est portée depuis Lyon vers les Alpes, a aussi touché cet endroit. Et les vagues successives d’immigrants, comme celle des bûcherons bergamasques, venus vendre leur savoir-faire depuis l’Italie toute proche, ont souvent, elles aussi, permis l’éclosion de croyances nouvelles. Région magnifique lorsqu’elle est baignée par le soleil, la Chartreuse peut rapidement devenir lugubre lorsque ses villages de maisons basses et grises, ses forêts et ses vallées sont obscurcis par les colères régulières du ciel.

Sachant que le document de travail final de La ligne de sang compte un peu plus de 300 pages et que la phase de rédaction a duré un peu plus de trois mois, on peut estimer que ma moyenne de production journalière est d’environ 5 pages (pour mémoire: A4, simple interligne, police corps 12). Ramenée à la mise en page définitive du livre, cela représente entre 7 et 10 pages par jour.

J-2 - Making of La ligne de sang - Cinquième partie

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Tue 12 Oct 2004 0:01

Bien que cela m’arrive pour la seconde fois, je trouve toujours aussi particulier de mettre le point final à un travail d’écriture qui aura occupé l’essentiel de mes journées pendant plusieurs mois (un peu plus de huit à temps plein pour La ligne de sang). Pour être tout à fait honnête, j’avais hâte de conclure la version initiale du livre. Quand je suis arrivé dans les tous derniers jours d’écriture, je n’en pouvais plus de Marc, Priscille, Paul et Madeleine, et de l’atmosphère pesante dans laquelle ils évoluaient. J’ai donc un peu précipité ma première fin.

A commencé ensuite un processus qui s’est déroulé en deux phases. Tout d’abord, il a fallu que je prenne du recul par rapport au texte. Trois mois passés le nez dans mes mots m’empêchaient d’être totalement objectif avec mon travail. Cela m’arrangeait puisque j’ai profité de cette période d’éloignement salutaire pour faire lire le texte à une sélection de lecteurs de divers horizons.

En premier lieu, les techniciens. En effet, j’ai reçu l’aide (fort appréciable) de plusieurs professionnels pour ce roman : un commissaire divisionnaire et un commandant de la Police technique et scientifique, le directeur de l’Institut médico-légal de Lyon (voir ci-dessus), qui est aussi patron des urgences de l’hôpital Edouard Herriot, un médecin urgentiste australien actuellement en poste à Médecins Sans Frontière, un chercheur du Musée dauphinois et, last but not least, mon ami Frank Mancuso, cet officier de police devenu scénariste que j’ai déjà mentionné à une ou deux reprises dans ce journal. Tous m’avaient initié aux rudiments de leurs spécialités respectives et il me fallait m’assurer que j’avais bien retenu leurs leçons en leur faisant relire mon texte.

Ensuite, mon assistante éditoriale préférée, AFH, qui me suit de près - et me fouette au besoin - depuis que je suis entré au Fleuve Noir, attendait de pouvoir lire ma prose et donner son avis d’experte. Enfin, parmi mes amis, je me suis permis de solliciter un panel d’une dizaine de personnes aux goûts variés, afin qu’elles me donnent leurs impressions sur le récit.

Après trois à quatre semaines, grâce à toutes leurs remarques, objectives et subjectives, je fus à même de me rendre compte de ce qui fonctionnait - ou pas - dans mon roman. Dès lors, l’esprit reposé et rafraîchi, je pus me replonger dans ses pages pour lui apporter les modifications nécessaires et livrer la version finale. D’une façon générale, je me fie à mon instinct pour décider de ce qui doit ou non rester dans le texte. Cependant, si un passage ou un aspect de l’histoire reviennent un peu trop systématiquement dans des commentaires négatifs, je n’hésite pas à le reprendre complètement.

Une fois la dernière version du texte validée, celui-ci fut envoyé chez l’éditeur, pour une relecture finale d’ordre technique et linguistique. Même si je m’efforce de rendre un document aussi propre que possible, je suis toujours surpris du nombre d’erreurs que je laisse traîner. Permettez-moi ici de remercier la correctrice qui a eu la patience de me relire. Pendant cette ultime vérification, et comme je l’avais déjà évoqué cet été, il a fallu régler les problèmes de couverture et de quatrième de couverture (le texte qui doit figurer au dos du livre final et qui constitue le premier message de la rubrique Ligne de sang).

Le choix du titre final s’est aussi effectué durant cette période. Il a donné lieu à quelques débats puisque j’étais, au départ, partisan de garder Samhain. Je trouvais le mot mystérieux et élégant, avec la symétrie organisée autour de son H central. De plus, il correspondait parfaitement à l’intrigue du roman et à son dénouement, qui vient répondre à toutes les questions posées. Cependant, ce terme un peu abscons n’avait pas l’heur de plaire à mon éditeur, qui le trouvait un peu trop hermétique et difficile à prononcer (phonétiquement, il faut dire SO-WIN, étrange, non ?).

Nous avons donc dû réfléchir à d’autres suggestions, à la fois racoleuses et intrigantes. Pendant quelques temps, nous avons envisagé d’appeler le livre Le sang est plus épais que l’eau, qui est la traduction littérale d’une expression idiomatique anglo-saxonne : blood is thicker than water (qui illustre l’idée que les liens familiaux sont toujours plus forts que tous les autres). Ce titre collait bien avec le roman et se situait dans la logique des Fous d’avril , celui de mon premier polar, version francisée de april’s fools (poisson d’avril en anglais, intitulé – erroné – du premier chapitre de l’adaptation française de l’American Psycho de Bret Easton Ellis, un de mes romans fétiches). Malheureusement, ce titre était déjà utilisé par un roman de Frédéric Dard. Finalement, JYP, lecteur et critique de la première heure, me suggéra de reprendre une expression tirée du roman lui-même : la ligne de sang. Et voilà!

Que reste-t-il à dire ? Pas grand-chose. Si ce n’est que la couverture, magnifique, de mon ami David SALA fit, elle aussi, l’objet d’âpres discussions. Mais de forts soutiens internes et beaucoup d’obstination nous permirent de la faire accepter par la direction du groupe Univers Poche, partie prenante systématique du choix des illustrations de tous les livres qu’elle publie. A mon avis, ils ne regretteront pas ce choix. J’ai la chance de posséder quelques exemplaires finaux du livre depuis quelques jours et je pense pouvoir dire que le travail de David fera date.

J’ai choisi d’illustrer ce dernier texte de mon mini making-of maison avec quelques clichés de travail choisis en vrac parmi ceux qui m’ont servis pour l’écriture du livre. J’y ai aussi glissé une photo qui m’a été prêtée par le commissaire Dominique Gaillardon, de la sous-direction de la police technique et scientifique d’Ecully, dans le Rhône. J’espère que ces images - ainsi que les précédentes - vous auront aidé à mieux visualiser les différents lieux dans lesquels se déroule l’intrigue de La ligne de sang.

Jour J

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Thu 14 Oct 2004 0:01

Il sort aujourd’hui:

Une petite avant-première, pour les quelques égarés qui lisent ce journal, le Prologue du livre tel que l’a reçu mon éditeur la première fois (fautes et coquilles éventuelles incluses). Bonne lecture.

C’était la fin du mois de septembre…

C’était la fin du mois de septembre. La température était douce. L’été refusait de partir. Madeleine Castinel émergea lentement de la station de métro. Elle se retrouva sur la grande place, au centre du Plateau, comme on appelle à Lyon le sommet de la colline de la Croix-Rousse. Presque dix-neuf heures trente et, autour d’elle, les gens prenaient le temps de flâner encore quelques minutes avant de rentrer chez eux. Madeleine, elle, ne traînait pas vraiment. Seule la fatigue rythmait ses pas.
Ainsi, c’est à une cadence involontairement nonchalante qu’elle remonta le boulevard, comme ensuquée. Elle longea lentement la terrasse surpeuplée du Chantecler, le bar à bobos local, consciente des nombreux regards masculins qui suivaient les ondulations légères de sa robe d’été, et ne put s’empêcher d’esquisser un sourire triste.
Arrivée à la hauteur de la mairie d’arrondissement, elle bifurqua vers son vidéo-club, en quête d’un divertissement propre à meubler la soirée solitaire à venir. Parvenue devant la vitrine, à la hauteur du distributeur automatique, elle inséra sa carte de membre dans la machine et s’attarda un instant sur les jaquettes des nouveaux DVD. Elle les avait déjà tous vus.
Son reflet se matérialisa devant ses yeux, dans les chromes bleutés de la machine. Les néons colorés qui illuminaient la devanture du magasin renforçaient la pâleur de son visage et creusaient ses traits. Des larmes lui montèrent aux yeux. Elle les refoula en inspirant avec force. Elle portait les stigmates des deux derniers mois. Deux mois éprouvants, tendus, inquiets. Deux mois d’une longue et violente rupture. Deux mois pendant lesquels elle avait cherché à s’éloigner physiquement de Paul, sans parvenir à occulter complètement sa présence, à le repousser tout à fait.
Soudain aux aguets, Madeleine profita de la vitrine pour jeter un œil sur le trottoir, derrière elle, comme si elle s’attendait presque à le découvrir là, dans son dos, son regard intense posé sur elle, accusateur.
Paul l’avait déjà surprise de la sorte, en plusieurs occasions. Il refusait cette distance qu’elle cherchait à mettre entre eux. Chaque fois, il était venu ivre et avait tenu des propos incohérents. Et quand, par faiblesse, elle l’avait laissé pénétrer à nouveau dans son appartement, il n’avait su que lui proposer de l’accompagner dans son délire éthylique. On aurait dit qu’il souhaitait la faire participer à sa déchéance. Lors d’une dispute finale, il y a deux semaines, il avait été un peu trop loin et elle l’avait définitivement chassé de sa vie.
Il conservait cependant un jeu de clés, et oui, elle s’en voulait. C’est elle qui le lui avait donné. C’était si naturel sur le moment. Alors qu’aujourd’hui… Comment était-ce arrivé ? Comment avait-elle pu se tromper à ce point ?
Madeleine secoua la tête. Paul n’était pas là ce soir. Il ne serait sans doute plus jamais là. Il allait lui renvoyer ses clés par la poste puisqu’elle le lui avait demandé. Tout avait été réduit à néant si vite, si complètement. La vie était mal faite, tout ce qu’elle donnait, elle pouvait le reprendre à l’occasion d’une simple conversation qui dérape. Et, paradoxe ultime, toutes ces petites choses qui pouvaient vous attirer chez quelqu’un, devenaient des barrières insurmontables ou pire, des repoussoirs, quand le temps de la séparation arrivait.
A l’instar du regard de Paul, qui avait su la séduire le soir de leur rencontre. Aujourd’hui, son souvenir seul suffisait à l’inquiéter.
Madeleine renonça aux DVD, sans même entrer dans la boutique pour trouver ne serait-ce qu’un pis-aller déjà vu cent fois. Elle n’était plus d’humeur subitement.
Elle parcourut les quelques dizaines de pas qui la séparaient encore de chez elle au 3, place Tabareau, ouvrit la lourde porte extérieure en bois et passa devant sa boîte aux lettres sans même s’arrêter, trop absorbée par ses souvenirs pour se soucier de son courrier… ou remarquer la silhouette familière de la moto noire garée en face même de son entrée, près des toilettes publiques, derrière les voitures qui formaient une palissade de métal autour des platanes.
Elle entra dans l’ascenseur.
Madeleine fouillait encore dans son sac, pour vérifier qu’il lui restait des cigarettes, lorsque la cabine s’arrêta sur son palier. Elle fit quelques pas en avant et heurta doucement sa porte sans y prendre garde. Cela suffit pourtant à l’ouvrir. Surprise, elle interrompit ses recherches et releva le nez. Devant elle s’étendait le couloir d’accès qui desservait le reste de l’appartement. Son couloir. Il était illuminé. Maintenant inquiète, elle se demanda si on l’avait cambriolée. Etaient-ils encore là ? La serrure ne portait pourtant pas la moindre trace d’effraction. Que… Madeleine souffla, exaspérée. Sur une table basse, partiellement visible depuis l’endroit où elle se tenait, elle venait de repérer le casque intégral de Paul, jeté à la va-vite.
Il était ici.
Elle entra et referma la porte derrière elle. Avec des gestes lents, décomposés, comme pour repousser l’échéance et se préparer mentalement pour l’épreuve à venir, elle accrocha son sac et son manteau à une patère, dans le vestibule. Puis elle s’avança jusqu’au centre du salon.
Le blouson de cuir de Paul était là lui aussi, roulé en boule sur le divan. Juste à côté, son ex avait posé une boîte noire, en bois précieux. D’une forme similaire à celle d’un emballage de camembert, elle était juste un peu plus grande. Encore un de ses trucs exotiques.
Madeleine allait appeler quand des râles lui parvinrent de la droite, du fond du second couloir. Paul était-il malade ? Ivre mort comme toutes les dernières fois? La jeune femme se rapprocha de la source des bruits, anxieuse.
Il n’y avait personne dans sa chambre plongée dans l’obscurité. Madeleine remarqua juste un trait de lumière sous la porte close de la salle de bains. Il devait s’y être enfermé. Comme pour confirmer cette hypothèse, de nouveaux échos de vomissements lui parvinrent. Paul se vidait les tripes.
Tendue, elle saisit la poignée et commença à la tourner, tout doucement. Le panneau de bois, enfin libéré, pivota légèrement sur ses gonds, d’un coup sec. Madeleine sursauta. Par l’entrebâillement, elle aperçut son ex, affalé par terre devant les toilettes, le visage au-dessus de la cuvette. Tout autour de lui, le carrelage portait les marques de son malaise. Il fut agité par un spasme violent et essaya de se vider à nouveau. Mais il n’expulsa rien d’autre qu’un vague résidu biliaire, qui lui dégoulina sur le menton.
Comme une digue qui cèderait soudain devant une montée trop brusque et trop forte des eaux, Madeleine explosa. Elle en avait assez de ce mec ! Regardez dans quel état il avait mis sa salle de bains. Regardez-le ! Qui était-il pour venir chez elle sans y être invité ? Surtout qu’elle l’avait déjà fichu dehors en lui disant de ne pas revenir.
Elle poussa brutalement la porte et s’approcha de Paul d’un pas vif, une main tendue en avant pour l’attraper par le col. « Qu’est-ce que tu fous là ! »
L’homme tourna la tête et leva le nez vers la furie qui fonçait sur lui. Un instant, il fut aveuglé par les lumières trop vives de la pièce et cligna des yeux pour mieux voir.
Madeleine s’avançait toujours. « Je croyais qu’on était d’accord ? Tu devais plus venir ! »
Paul mit une main sur le rebord de la cuvette et essaya de l’utiliser comme appui pour se relever. Mais il glissa et retomba lourdement sur le sol. Son bras dérapa dans la lunette des toilettes et plongea dans l’eau sale. « Puuutttaaaainnnnnn ! Meeerrrrdeeeuh ! » Fit-il d’une voix traînante devant le triste spectacle de sa main souillée.
La jeune femme s’était arrêtée à deux pas de lui, le visage fermé. Elle le regardait se remettre debout avec peine.
« Tu… Tu ne pourrais pas… Tu pourrais me… » Sa voix était hésitante, alcoolisée.
« Non. » Puis. « Casse-toi de chez moi ! »
Paul tituba et leva les mains en signe d’apaisement. Il esquissa un mouvement vers l’avant.
Madeleine recula, dégoûtée par le vomi et son odeur.
« Excuse-moi, Mad, je… J’aurais pas dû. Je suis si mal. » Il avala péniblement sa salive et inspira un grand coup, comme pour s’empêcher de rendre à nouveau. « Donne-moi une chance. » Les bras maintenant baissés et ballants, il fit un nouveau pas vers elle.
« C’est trop tard. »
« Non. Je veux le faire… Je veux bien. Je veux cet enfant. »
Madeleine, qui avait reculé jusqu’à la porte, heurta le chambranle avec son dos et se retrouva bloquée.
« Il faut que tu me donnes une autre chance. » Suppliant. « Je ne peux pas continuer seul. » Implorant. « J’ai besoin de toi. »
La jeune femme détourna les yeux vers le sol.
Paul se résigna au silence et observa son ex-compagne. Puis une ombre passa dans son regard. Madeleine l’aperçut et eut juste le temps de s’écarter avant qu’il ne cogne violemment le mur, juste à l’endroit où était sa tête l’instant d’avant.
Le poing de l’homme laissa une trace rouge orange sur le crépi du mur.
« Nom de Dieu, regarde-moi ! » Il lui saisit le menton avec violence. « J’en ai besoin tu comprends ! Je ne peux pas vivre sans ça ! » Leurs visages étaient à quelques centimètres à peine l’un de l’autre.
La jeune femme essaya de se dégager, de battre en retraite, mais il la dominait de tout son corps. Affolée, elle eut un réflexe malheureux et le gifla.
Il vacilla en arrière, s’immobilisa d’un coup et toucha son visage, comme s’il n’arrivait pas à croire qu’elle ait levé la main sur lui. Ses yeux noirs se posèrent sur Madeleine qui s’était libérée de son étreinte. « Ne refais plus jamais ça, sinon… »
« Sinon, quoi ? » Lança-t-elle d’un air de défi.
Sans prévenir, Paul lui asséna un puissant crochet en pleine face qui l’envoya s’écraser contre le pied du lit. Du sang se mit à couler du nez et du coin de la bouche de la jeune femme.
Il y eut plusieurs secondes de silence groggy.
« Salaud… » Voix faiblarde. Madeleine porta une main à sa lèvre et regarda la matière rouge qui maculait ses doigts, pleine de débris de nourriture mal digérés et poisseux. « Connard. » Elle renifla. « Tire-toi d’ici ! » Des larmes apparurent au coin de ses yeux, lentement. Une, puis deux. Enfin, elle hurla. « Tire-toi de chez moi ! » Elle pleurait franchement maintenant.
Paul, qui avait du mal à tenir debout, la dévisagea un instant, comme perdu dans les brumes de l’ivresse, puis, incertain et maladroit, se dirigea vers le salon.

Une regrettable erreur humaine s’est glissée dans les crédits de la couverture du roman. Celle-ci a bien entendu été peinte par DAVID SALA et pas David Scala. Je le prie de bien vouloir accepter toutes mes excuses pour cette impardonnable coquille.

Talk-show

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Sat 16 Oct 2004 8:30

C’est aujourd’hui que je dois aller me faire mousser à la radio. Sur 89.4 Libertaire - RealPlayer obligatoire et non, on ne rigole pas, là-bas, au fond! - dans l’émission Bulles Noires, entre 17h00 et 19h00. Nous parlerons principalement de La ligne de sang, j’imagine, mais il est possible que nous abordions des sujets plus, hum, personnels. C’est pas gagné…

Quoi qu’il en soit, j’emporte avec moi mon fidèle iPod puisque le journaliste qui présente l’émission, Robert Detair, m’a demandé une sélection de mes musiques préférées. Je crois qu’on n’a pas fini de rire.

Très personnel

Blogged by DOA as MiAPED — DOA Mon 18 Oct 2004 18:37

Je viens de passer l’après-midi à relire le travail d’un autre auteur. D’une autre auteure, devrais-je dire, si j’aimais ce mot féminisé, auteure. Ce n’est pas le cas. Je suis cependant bluffé par tant de talent et de sensibilité. Et, pour être tout à fait honnête, il faudrait même que j’avoue que je suis envieux. D’aucuns pourront m’accuser de manquer d’objectivité en la matière. Possible, mais je ne le crois pas.

Par superstition, je ne vais pas parler de l’avenir que l’on pourrait prédire à cette jeune personne - et elle m’en voudrait de le faire aussi publiquement - mais je souhaite sincèrement au plus grand nombre de pouvoir un jour lire le texte que je viens de terminer. Il devrait en toucher plus d’un. Il m’a touché moi, quoi qu’il en soit.

Merci donc, demoiselle au nom de mec.

Gordon Freeman is back!

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Tue 19 Oct 2004 9:32

HL2 est officiellement gold depuis hier soir. Arrivée prévue sur nos machines à la mi-novembre. Les initiés me comprendront et apprécieront, comme moi, cette heureuse nouvelle. Faites péter les 6800, ça va saigner!

Grise

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Wed 20 Oct 2004 6:13

3h57. Les chiffres noirs s’affichent sur l’écran de mon réveil. Je viens d’ouvrir un oeil, l’esprit agité. Pendant un long moment, je reste immobile dans le noir, un peu surpris par le silence de la nuit, un luxe, dans le quartier où j’habite. Puis j’entends la pluie, les petits claquements des gouttes d’eau sur les vitres et les toits du voisinage. Une voiture passe, le ronflement de son moteur noyé dans l’humidité de sa trajectoire nocturne. Impatient, je repense au livre qui vient de sortir, qui m’échappe tout à fait à présent. Je réfléchis au suivant, sur lequel je n’ai que trop tergiversé, pour de mauvaises raisons, et à d’autres projets, qui refusent d’avancer. Impossible de retrouver le sommeil, j’allume ma lampe de chevet et reprends le John Harvey que je suis en train de lire où je l’ai laissé, il y a trois heures à peine.

5h34. Je referme le roman. Finis les Derniers Sacrements. Adieu Resnick? Je me lève et je te bouscule, tu ne te réveilles pas, comme… Non. Sourire. J’ai dormi seul. Je vais dans le salon et referme la fenêtre, ouverte hier soir après le Partagas - Série du Connaisseur N°2, voir - que je me suis accordé devant un film qui supporte mal les visionnages multiples, puis au téléphone, avec elle. Il fait frais et donc je frissonne. Normal. Peut-être devrais-je mettre un pull ou au moins un T-shirt ? Je renonce, la chambre est trop loin et j’ai faim. Sur pilote automatique, jus de pomme, des médocs pour faire passer ma crève, bol, lait, petit-déjeuner équilibré. Dans le bureau, en mâchouillant, j’allume le PC, déjà, comme un drogué, lance iTunes, trouve Jean-Louis Murat qui sommeille, dans un train bleu… entre Lyon et Genève - pourquoi ai-je cette chanson en tête? - tour d’horizon sur mes mails, sur le net. Lecture embrumée, distanciée, impersonnelle. Anti-personnelle.

Hello. Nous sommes le 20 octobre 2004. Une nouvelle journée commence.

RIP

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Fri 22 Oct 2004 11:02

Hier matin, à 9h15, à Bouvante, dans la Drôme, des hommes de l’ONCFS ont tué une jeune louve solitaire. N’écoutant que leur courage, ils lui ont tiré dessus à une distance de 280 mètres, probablement avec un fusil à lunette. Cette exécution intervient dans le cadre du plan d’abattage de 4 loups mis en place par le Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, Serge Lepeltier, cet été.

Cependant, dans ce cas particulier, les conditions dans lesquelles aurait dû s’effectuer ce tir n’étaient pas réunies. La région n’a en effet pas connu d’attaques répétées du prédateur, les troupeaux étaient absents de la zone - les estives sont finies et les bêtes rentrées - et toutes les mesures de protection des moutons n’ont pas été mises en place - en fait, aucune mesure particulière n’a été mise en place. Une fois de plus, un gouvernement agit à l’encontre de son propre discours. Et ce sont des animaux sauvages qui en font les frais.

Dans le passé, la superstition religieuse a associé le loup au diable, pour justifier son éradication. Aujourd’hui, ces vieilles croyances ont la vie dure, même si cela peut paraître surprenant. Mais il ne faut pas se leurrer, le véritable enjeu est économique. Il est de l’intérêt de la filière ovine que personne ne vienne regarder de trop près sa manière de travailler, cela pourrait remettre en cause les subventions qui seules lui permettent de survivre. Je vous rappelle, à toutes fins utiles, que vos impôts, via la contribution de la France au budget de l’Europe, financent presque 60% du chiffre d’affaires - et donc des revenus - de ces braves obscurantistes qui hurlent au loup, dans les vallées et les thalwegs des Alpes, dès qu’ils ont un problème. Et qui préfèrent voir leurs bêtes crever plutôt que de prendre les mesures de protection qui s’imposent, comme nos voisins italiens et espagnols.

Je remarque au passage qu’aucun mouvement politique n’a protesté de manière vigoureuse contre ce déni de parole, pas même les Verts. A croire qu’il vaut mieux caresser l’électorat paysan dans le sens du poil.

Petits rappels statistiques

- Nombre de morts de moutons causées par le loup en 2003: environ 2800 (avec peu ou pas de dispositions de surveillance), en recul par rapport à l’année précédente. Toutes sont indemnisées.
- Nombre de morts de moutons causées par la maladie chaque année: entre 200 000 et 250 000. Pas d’indemnisation.
- Nombre de morts de moutons causées par les chiens errants chaque année: entre 200 000 et 250 000. Pas d’indemnisation.

De qui se moque-t-on, à votre avis?

Je me permets de citer à nouveau cette phrase d’Edouard Goldsmith, tirée de son livre, Le Tao de l’écologie: les animaux non-humains [doivent être regardés] comme des bêtes, des brutes sans aucun but, auxquelles l’on refuse des qualités telles que la créativité, l’intelligence, la conscience et toute espèce de morale ; leur comportement doit être considéré comme machinal et aveugle. Il est dès lors justifié de les exploiter et de les tuer pour satisfaire des intérêts économiques à court terme.

Merci de votre attention.

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