Je suis rentré aujourd’hui des Utopiales 2004 qui se tenaient à Nantes, dans la Cité des Congrès, un impressionnant bâtiment construit le long d’une artère moderne, à un jet de pierre de l’ancienne biscuiterie Lu et du château des Ducs de Bretagne. La manifestation s’est déroulée pendant quatre jours et doit se clôturer ce soir. Nombreux étaient les écrivains qui étaient invités et j’ai pu enfin mettre des visages sur les noms de certains de mes collègues des littératures de SF et de Fantasy. Mon premier roman noir se déroulant dans un contexte futuriste proche, il a été publié dans une collection d’anticipation, ce qui expliquait ma présence à ce festival.
Passer quatre jours dans la ville natale de Jules Verne m’a permis de faire quelques rencontres qui constituent à elles seules la raison d’être de ce type de manifestation. Ne serait-ce que pour cela, il m’apparaît souhaitable de féliciter et remercier les responsables des Utopiales pour tout les efforts et le travail accomplis. Pour l’auteur que je suis, l’accueil a été impeccable, les gens et les informations disponibles, et les évènements planifiés se sont déroulés sans accroc, dans de très bonnes conditions. Le lieu, vaste et aéré se prête parfaitement à ce genre d’organisation avec son foyer central, où se tenaient les principaux débats / conférences, et les ateliers, salles de projections et autres expositions qui gravitaient autour de l’atrium, sur plusieurs niveaux. Il est aussi assez remarquable de voir une ville soutenir avec autant de moyens des festivals qui ne touchent, au final, qu’un public restreint en France.
Parmi les rencontres marquantes donc, je dois en distinguer deux du côté professionnel : il s’agit de KW Jeter, un écrivain américain avec qui je suis rentré à Paris tout à l’heure, et surtout de Guillaume Sorel. Artiste talentueux et surtout véritable personnage, bon vivant, fort en gueule et rebelle, il fut, tout au long de ce séjour, suffisamment subtil pour foutre le dawa sans mettre véritablement le souk ! J’ai passé trois jours à rire de ses facéties qui hérissaient certains systèmes pileux un peu trop sensibles et conscients de leur importance. En particulier, ceux des artistes chargés avec lui de réaliser une fresque qu’il aurait aimé plus risquée et vivante, et qu’il a fini par envoyer paître en décidant de peindre, sur une suggestion de ma part, une chaise sur laquelle Michael Moorcock s’était assis. J’espère garder le contact avec lui pour partager, à l’occasion, un malt rare ou un cigare précieux. Côté amateur, j’ai apprécié de côtoyer un peu les membres de Noosfère, une association qui fédère plusieurs sites web dont une encyclopédie de la SF, et surtout de rencontrer certains de mes lecteurs, anciens ou nouveaux, avec qui j’ai eu quelques échanges fructueux lors de mes deux séances de dédicace. Le rythme de vente de mes livres étant ce qu’il est, j’ai eu amplement le temps de discuter avec eux. Il est assez étonnant de se retrouver face à sa propre vision interprétée par d’autres. Ou de découvrir à quel point une attitude telle que celle qui fût la mienne lors du débat organisé sur le thème du cyberpunk - blasée et endormie, tant le niveau général de la discussion, malgré le prestige de certains intervenants présents sur scène, était inadéquat - peut stimuler la curiosité et les interrogations des spectateurs.
Ces débats, qui se sont tenus tout au long du festival, sont pour moi l’un des deux points noirs de ces quelques jours. D’un point de vue formel, principalement. Trop courts, une heure en moyenne, ils mettaient en scène et sur scène trop d’intervenants, dont le placement, systématiquement en rang d’oignons en face et au-dessus du public, limitait toute possibilité de réelle discussion. Et, malgré tous les efforts des animateurs - souvent des auteurs ou des journalistes - peu rompus à ce genre d’exercice, ils ont, dans l’ensemble, été assez ennuyeux. Tant pour les débatteurs que pour le public, même si celui-ci, séduit par la présence d’écrivains assez réputés comme Poppy Z. Brite - qui dort très bien sur scène -, Norman Spinrad, Bruce Sterling, Walter Jon Williams ou encore Michael Moorcock, a été, je crois, très indulgent. Mais il faut se rendre à l’évidence, nous n’avons pas offert un spectacle bien intéressant. Je dirais même que l’impression globale qui se dégage de l’attitude de certains des auteurs présents à ce festival est semblable à celle que donneraient de grands enfants qui aspirent à la reconnaissance des adultes mais, se prenant trop à leur jeu, finissent surtout par démontrer qu’ils ne sont pas vraiment mûrs ni professionnels. Et puis, fondamentalement, il y avait un peu trop de chevilles enflées au mètre carré. Que de sérieux et d’ego pour des artistes oeuvrant dans le domaine des littératures dites de l’imaginaire. C’est là que se situait, pour moi, l’autre point noir du festival.
J’étais venu pour voir, m’approcher des auteurs et des lecteurs. Dans une certaine mesure, j’ai obtenu ce que je souhaitais. J’espérais aussi, il ne faut pas se leurrer, assurer la promotion de mes livres et je crois être passé complètement à côté de cet aspect de mon travail. Il est vrai que lorsque l’on débarque dans un milieu inconnu et que l’on n’a pas de guide, c’est un peu plus difficile. Par ailleurs, les débats auxquels j’ai participé ne m’ont pas permis de m’exprimer sur autre chose que sur des sujets triviaux. Enfin, bien que l’on m’ait signalé leur présence, je n’ai pu apercevoir - sans même parler de m’entretenir avec - aucun des journalistes de la presse grand public (le Monde, Libé, Ouest France, Europe 1, etc.) apparemment bien représentée. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas à quoi ils ressemblent ni s’ils existent vraiment. A la différence de David Vincent, je ne les ai pas vus. Pourtant, autour d’un verre, au bar, un soir, deux ou trois pigistes par qui j’ai déjà été interrogé il y a quelques mois me confièrent vouloir rencontrer un peu plus les auteurs, mais qu’il était difficile de nous joindre. Mon attachée de presse, présente elle aussi, m’affirme au contraire, depuis le début de notre collaboration, que les journalistes, un peu submergés par la quantité d’ouvrages et d’auteurs à traiter, sont difficiles à approcher. Qui croire ? Moi j’étais là, j’étais disponible et, en dépit de critiques toutes globalement positives à l’endroit de mon premier roman - et la sortie récente du second - je n’ai participé qu’à une seule interview, arrangée depuis Paris avec l’un des deux présentateurs de l’émission Salle 101, qui me suit et me soutient depuis mes débuts. J’imagine que je n’intéresse personne, à part mes quelques lecteurs, ou que, victime d’un effet Utopiales inconnu, je suis tombé dans une faille spatio-temporelle alternative qui m’a empêché de parler aux membres du quatrième pouvoir.