I’ll be back

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Wed 1 Dec 2004 21:21

Plutôt demain, en fait. J’aborderai un sujet de conversation qui est revenu à plusieurs reprises dans des interviews, ces jours-ci et s’attache à la responsabilité de l’auteur par rapport à son texte et à son lectorat.

D’ici là, je dois quand même avouer que ces quelques jours sans écrit m’ont été profitables. J’ai travaillé, mais autour de mon activité principale. Il fallait que je règle quelques détails logistiques ou m’occupe d’un futur alternatif, peuplé de nouvelles têtes, de nouveaux partenaires de jeu potentiels. Et puis, j’avais besoin de marquer une pause avec le Réseau puisque, le week-end dernier, je me suis encore laissé surprendre par les côtés pervers de ce medium. Ce n’est pas la première fois qu’il m’arrive de constater qu’au lieu de rapprocher, en favorisant la communication, il créé une distance supplémentaire. Le clavier et l’écran déforment - pastichent même - la réalité. Ils permettent des comportements pour le moins outranciers, au sens premier du terme. Corollaire: certains trouvent du courage, cachés derrière leur moniteur. Cela peut être positif pour les natures timides… Ou très négatif, lorsque l’on tombe sur des lâches, qui l’ouvrent seulement lorsqu’ils sont bien à l’abri et se croient hors d’atteinte. Mais personne n’est hors d’atteinte. Second corollaire: les relations que l’on tisse sur la toile, neuves, fragiles, virtuelles et immatérielles n’ont souvent pas le temps du temps. Je navigue sur le Net depuis plus de dix ans maintenant et avant cela, sur les réseaux télématiques, et mon expérience m’a montré que les très rares contacts réussis sont ceux qui, d’une part, n’étaient pas souhaités et, d’autre part, ont su, rapidement, suivre le chemin du réel.

Le réel est l’un des thèmes abordés par l’envoûtant Ghost in the shell 2 : Innocence que j’ai vu aujourd’hui. Pour l’amateur averti de science-fiction, il n’y a dans ce film aucune thématique réellement originale, juste un éclairage nouveau qui remet, avec brio, certaines questions au goût du jour. C’est une très bonne synthèse, qui sonne parfois étonnement juste. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Blade Runner pendant la séance. Les clins d’oeil, tant au long métrage de Ridley Scott qu’au livre dont il est tiré - et aux autres ouvrages de K. Dick - sont nombreux et élégants. Seul petit bémol, la surabondance de citations dans les dialogues, qui rend le propos parfois presque prétentieux. A demain.

Rouge bonbon

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Thu 2 Dec 2004 18:42

Ces derniers jours, à l’occasion de conversations avec deux journalistes aux cultures très différentes, j’ai été amené à évoquer l’avenir de Priscille Mer et Marc Launay, les deux personnages-clés de La ligne de sang. J’ai ainsi expliqué à mes interlocuteurs que le choix de clôture du roman avait été conditionné par mon envie de retrouver ces policiers, que j’apprécie, dans des enquêtes plus classiques. Cependant, il est probable qu’ils n’apparaîtront pas avec les mêmes attributions de héros de premier plan.

En effet, parmi mes projets d’écriture, j’ai depuis longtemps en tête - c’est antérieur au début du travail avec Francis Renaud - une histoire dont la toile de fond serait la criminalité pédophile. Je souhaite l’aborder du point de vue de la justice - en tant que concept - par opposition à la loi. La pédophilie est un thème que j’effleure à peine dans le livre qui vient de paraître, laissant volontairement l’enquête de la brigade des Mineurs de Lyon en friche. C’est ainsi que je pense relier ces deux intrigues : le héros de ce nouveau roman y sera confronté, à un moment donné, à Priscille et Marc, parce qu’il remonte un réseau lié à celui abordé dans La ligne.

Cette thématique a fait réagir mes interviewers. Le premier s’est d’abord posé la question de savoir si je ne prenais pas un risque psychologique en me plongeant ainsi dans une atmosphère aussi sordide. Puis, à l’instar du second, il a tiqué lorsque j’ai évoqué ma volonté d’aller assez loin dans les détails descriptifs. Je veux raconter un viol d’enfant. En fait, je vais raconter un viol d’enfant, avec tout le dégoût qu’il peut susciter.

Leurs premières réflexions tournaient autour du procès en publicité que l’on ne manquera pas de me faire. Selon eux - et je les crois volontiers - le risque existe que l’on ne voie dans ce genre de scène qu’une volonté de choquer pour attirer l’attention. Ensuite, le deuxième journaliste a évoqué ma responsabilité d’auteur face à des lecteurs qui pourraient réagir de multiples façons voire, pour certains, se trouver excités par de telles descriptions. Enfin, tous deux n’ont pas manqué de m’interroger sur mes motivations.

Je fais œuvre de fiction, mais de fiction réaliste. Si je n’ai pas de leçon à donner à qui que ce soit, je peux, en revanche, aborder des sujets qui m’interpellent. La pédophilie en fait partie. Un aspect de ce thème me choque tout particulièrement : l’utilisation qui en faite par les médias. Par exemple, je lis la presse écrite tous les matins et je peux, sans trop me tromper, prétendre qu’il ne se passe pas une journée sans qu’un article à thématique pédophile ne figure dans l’un des quotidiens nationaux ou l’un de nos principaux magazines d’actualités. C’est presque devenu une sous rubrique de la rubrique faits-divers. Dans ce brouhaha où se mêlent sans discernement omertas administratives, incestes, viols, vies brisées, réseaux réels et fantasmés, accusations calomnieuses et /ou passées sous silence, le vocabulaire est toujours choisi pour ne pas choquer : attouchements sexuels, viol par personne majeure exerçant l’autorité, fellation, sodomie, etc. Tout se banalise, tout s’anodinise.

Si je crois que trop de bruit tue le bruit et, au risque de provoquer un scandale, je vais utiliser ma plume pour essayer de rendre compte, sans faux-semblant, de la misère et de l’horreur de cette criminalité tant pour les violeurs, que pour les victimes et les proches des uns et des autres. Et aussi de la terrible réalité des gens qui sont chargés de réparer ce qui peut l’être. Cela implique, en premier lieu, de repartir de l’acte lui-même. Un très mauvais et très long moment à passer. Chaque mot comme une seconde, chaque page comme une minute, chaque chapitre comme une heure volée. Violée. Trop long, un viol?

Message à caractère informatif

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Fri 10 Dec 2004 10:04

A signaler, aujourd’hui, la parution du numéro 4 du magazine Figures. A l’intérieur, un article de moi sur moi, intitulé Tranches d’Octobre. Je suis même en photo (© David Sala) sur la couv’. Oui je m’aime, et alors? Aïe! Non, pas la tête…

Montigny-Les Cormeilles

Blogged by DOA as Markus Freys, Ligne de Sang — DOA Wed 8 Dec 2004 0:00

Samedi, il y avait un camion de déménagement devant l’immeuble du rendez-vous. Dimanche, c’étaient des éboueurs qui chassaient, à grands coups de karcher, les feuilles des trottoirs . Deux matins gris et froids - une météo fort à propos - où je devais retrouver Lalie Walker, une collègue, et son éditeur, Philippe Olivier, de la maison Hors Commerce, pour me rendre au Salon du polar de Montigny-les-Cormeilles.

C’était mon quatrième salon et je me dois, une fois de plus, de féliciter et remercier l’équipe organisatrice, qui a tout fait pour choyer les auteurs. Et les visiteurs. Le libraire de la manifestation - le Presse-Papier, Argenteuil - s’est lui aussi, démené pour nous. Seul petit bémol, mon premier roman, Les fous d’Avril, n’était pas disponible. Cafouillage entre l’organisation et mon éditeur ? Colis égaré ? Je n’ai pu, au final, signer que des exemplaires de La ligne de sang.

Comme je suis un petit nouveau dans le milieu, Lalie m’a cornaqué pendant toute la durée du salon. Nous étions assis à la même table, en compagnie d’une autre découverte du week-end, Jérôme Bucy. Inutile de reproduire ici la liste de tous les présents, ils figurent sur le site du festival. Je tiens quand même à saluer Ayerdhal, avec qui j’ai enfin pu discuter plus longuement. Ce n’est pas la première fois que nous nous croisons sur une manifestation mais, jusqu’ici, nous n’avions pas eu l’occasion de parler. Petit aparté à destination de l’ infâme Jean-Hugues Oppel, qui décidément ne fait rien qu’à m’embêter chaque fois que nous nous retrouvons quelque part : cette fois-ci, il m’a piqué mon tampon patte-de-loup pour le copier. Tu ne perds rien pour attendre, JHO!

Je trouve encore un peu étrange de me retrouver de l’autre côté de la barrière. Ce n’est pas la première fois que j’en parle ici, même si l’effet s’estompe peu à peu et que ces rencontres finissent par devenir presque normales. Peut-être est-ce dommage. Je trouve maintenant plus stimulant de rencontrer des lecteurs même si je dois avouer que je reste, encore aujourd’hui, un parfait inconnu. Personne n’est venu me parler de mes livres, à l’exception de Michaël Espinosa, un journaliste qui m’avait interviewé pour Les fous. Profil public encore très limité, en dépit des efforts des uns et des autres. Peu de gens ont entendu parler de mon actualité littéraire ou de moi, malgré deux livres sortis en grand format la même année.

Ce qui ne veut pas dire que mon bilan, à l’issue de ces deux jours, soit mauvais. J’ai vendu un peu plus d’une vingtaine d’exemplaires de La ligne, ce qui n’est pas si mal au regard des performances, à peu près similaires, de la plupart des autres auteurs, plus connus que moi, du salon. J’attends à présent les retours de ceux - ou plutôt celles, puisque la majorité de mes acheteurs ont été des acheteuses - qui ont tenté le coup. Dans les dédicaces, j’ai systématiquement indiqué l’adresse de ce site pour qu’ils viennent me donner leur avis. Wait and see, donc.

Qui ne dit mot consent?

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Tue 14 Dec 2004 15:30

A plusieurs reprises, la journée d’hier a été marquée par la problématique de l’application des règles et, plus généralement, de la tolérance de comportements extrêmes au sein d’un groupe social donné. Dans la matinée, le cas s’est présenté sur un forum en ligne que j’ai brièvement fréquenté et que je me contente à présent de lire, lassé du ton stupidement agressif de certains intervenants de celui-ci. Il semble qu’un autre membre de cet espace de discussion, plus ancien, ait lui aussi atteint son seuil de tolérance maximum pour les mêmes raisons que moi. A l’occasion de plusieurs incidents, la question de la modération des propos des uns et des autres s’est présentée aux responsables de ce forum. Aucun d’entre eux n’a voulu entreprendre la moindre action. Pourtant, à en croire les messages de soutien, publics, reçus par la personne qui est partie hier, tous déplorent qu’elle s’en aille. Y compris lesdits responsables. Trop tard?

Autre cas, au déjeuner. J’évoquais, avec un autre blogueur que je fréquente à présent assez régulièrement, un incident ayant eu lieu il y a quelques mois sur la plateforme 20six, où les débordements d’une personne ont provoqué des échanges assez vifs à propos des règles de modération et de leur application. Là encore, les responsables du serveur ont eu du mal à trancher et à s’opposer aux arguments de ceux qui, systématiquement, rejettent toute forme de règlement et d’autorité. A tel point qu’ils ont même proposé aux membres de 20six de voter pour ou contre l’usage des règles de modération dans ce cas précis. Personne ne souhaitait être vu comme celui qui sanctionne.

Cette nuit enfin, alors que j’avais du mal à dormir, j’ai terminé le livre de Caroline Fourest intitulé Frère Tariq, qui propose de démonter la machine politique Tariq Ramadan et le fait avec un certain talent. Et beaucoup de rigueur. Je m’intéresse depuis quelques temps au thème de l’intégrisme islamiste, dans le cadre d’un roman d’espionnage que je vais écrire l’an prochain. L’ouvrage de Caroline Fourest se situe à la périphérie de mes recherches documentaires. Il démontre à quel point nous sommes parfois culpabilisés, désarmés, impuissants à contrer les discours intégristes chez ceux que nous considérons, encore inconsciemment, comme appartenant à une minorité historiquement opprimée - ce qui, de fait, maintient cette partie de la population française dans cette position inconfortable - alors que nous ne les tolérerions pas s’ils étaient proférés par des intégristes de confession chrétienne ou même juive - et d’ailleurs, nous ne les tolérons pas. Ici encore, la règle qui prévaut pour l’ensemble de la communauté a du mal à être appliquée parce que personne ne veut prendre la responsabilité de passer pour le méchant autoritaire, raciste - ou plutôt islamophobe, l’appellation qu’il revêt en ce XXIème siècle spirituel dans lequel nous semblons être entrés de plain-pied - et néo-colonisateur - autre grand mot que l’on nous sert en ce moment à toutes les sauces, sans jamais vraiment prendre la peine d’en définir les contours.

Il est difficile de prendre la décision de recadrer un individu quand il sort des limites et il semble que le principe de la sanction soit de moins en moins accepté et même acceptable. On peut trouver de nombreuses raisons à ce phénomène, certaines positives, comme la progression des idées de tolérance et d’acceptation, et d’autres moins, comme la perte de repères, la perte de sens, l’absence d’exemplarité chez les représentants de l’autorité, les passe-droit et autres petites compromissions à tous les niveaux, le manque de courage individuel, l’envie d’être populaire, aimé, etc. Peut-être un peu d’égoïsme aussi, qui fait que tant qu’un problème ne nous touche pas en direct, on refuse de le considérer comme une réalité. Toutes ces explications ne doivent pas, à mon sens, masquer un fait : sans règle et, dans la mesure où l’homme ne montre toujours pas un degré de sagesse individuelle plus élevé, la vie en communauté est impossible. Or les règles seules ne suffisent pas. Les règles sont des limites, il faut des murs, solides, pour les matérialiser. Et des gens qui acceptent de construire et entretenir ces murs.

La tolérance semble porter en son sein les germes de sa propre fin. Quand on se penche sur l’histoire des systèmes politiques, y compris les utopies, on se rend compte que tout le monde a buté sur le même problème : à moins que l’individu ne grandisse en sagesse à un niveau tel qu’il n’a plus besoin d’une régulation externe, il faut toujours mettre en place un système d’autorité, qui agit avec plus ou moins de rigueur suivant les idéaux suivis, pour faire appliquer une règle censée permettre à la communauté d’évoluer. Comment dès lors, garantir d’atteindre le bon niveau de sagesse? Quel est-il? Personne ne semble avoir réussi à dépasser cet horizon.

P.S. : disponible depuis hier sur le site officiel, la nouvelle bande-annonce de Batman Begins, un film qui se propose de relancer ce héros, malmené par les psychédélismes successifs de Tim Burton et Joel Schumacher. Apparemment, c’est un retour aux sources, vers un Batman plus inspiré par la noirceur du personnage original et l’éclairage qui en avait été fait par Frank Miller - l’auteur du dessin ci-dessus - dans The Dark Knight returns et Batman : Year One. Mis en perspective avec mon propos du jour, ce dernier point pourrait en faire sourire certains et faire grincer les dents à d’autres.

Spirituel mais pas vraiment drôle

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 20 Dec 2004 8:40

De retour à Lyon pour les fêtes. Plus une tradition, une occasion familiale, qu’un événement religieux. Chez nous, le religieux se conjugue au pluriel et les influences, multiples, ont fini par se neutraliser les unes les autres. Je ne crois pas mais, en fait, je devrais dire je ne sais pas. Tout ce qui m’entoure correspond à une énigme dont je ne possède pas plus que mon voisin la clé. Dans le doute, je m’abstiens donc de formuler la moindre hypothèse péremptoire. Et je suis relativement satisfait de pouvoir exprimer cette (non-)opinion personnelle. Pour combien de temps ?

Samedi soir, à l’occasion d’un repas entre amis, j’ai pu constater que la chose religieuse, chrétienne, faisait peu à peu son retour chez des gens qui, jusque là, n’avaient jamais fait état d’une croyance particulière. D’indices physiques - un livre de psaumes, négligemment posé parmi des revues de mode - à des discussions sur le baptême à venir ou tout juste passé des derniers nés, la présence d’une foi retrouvée s’affirme. On la sait déjà présente dans d’autres communautés. Jusque là, elle reculait dans la sphère de tradition chrétienne mais le mouvement semble s’inverser. Il y a cristallisation autour du fait divin, quelle que soit la confession - musulmane, judaïque, chrétienne, pour ne citer que les principales représentées en France - et personnellement cela m’interpelle. On peut se moquer des américains, mais je ne crois pas qu’il nous faille baisser la garde.

Notre modèle de laïcité est un gage de libre-pensée. C’est un modèle dit fermé, qui garantit à chacun la liberté de choix tant dans sa croyance que dans sa non-croyance. Il s’exprime principalement par le fait que la religion doit demeurer une affaire privée et être exclue de la sphère publique. Ce principe est aujourd’hui battu en brèche par les tenants les plus traditionalistes des différents courants religieux qui ont trouvé là, pour une fois, un terrain d’entente. Ils souhaitent que nous passions à un modèle dit ouvert, à l’américaine justement, où la laïcité ne devient plus qu’une garantie de pouvoir exprimer sa foi comme on l’entend. Celle-ci peut dès lors, s’afficher en public et se manifester dans les dépendances théoriquement neutres de l’état.

L’aspect le plus pernicieux de cette nouvelle tendance est que parmi les supporters de ce changement, on trouve des gens qui, théoriquement, devraient combattre de toutes leurs forces ce retour de la chose religieuse: des libertaires, des féministes, des intellectuels. Ils apportent ainsi une caution morale à cette redéfinition de la tolérance. Parce qu’au-delà du respect de la foi de l’autre, il ne faut pas perdre de vue ce qui apparaît rapidement dans les messages de toutes les grandes religions monothéistes : la différence de traitement entre l’homme et la femme, la condamnation de l’homosexualité, le refus aux femmes de disposer librement de leur corps - avortement, etc. - et d’une manière plus générale, la moralisation à outrance de la société.

P.S. : A. si tu lis ce post d’un endroit quelconque de Pau, prends-contact avec moi, j’aimerais bien avoir de tes nouvelles.

Must be expensive… Very!

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Wed 22 Dec 2004 10:46

J’ai vu, hier soir et ce matin, des images de pêcheurs jetant des centaines de poissons morts dans les rues, devant des bâtiments administratifs et à l’intérieur de ces mêmes bâtiments. Il semblerait que les discussions sur les quotas de pêche n’aient pas eu l’heur de plaire aux professionnels de la mer. Si je peux tout à fait comprendre la détresse de travailleurs qui voient leur activité se réduire au fil des ans - et donc courent le risque majeur de perdre leur emploi, leur unique source de revenus - je suis encore plus scandalisé du manque de respect pour la vie que révèlent ces images. Avons-nous donc perdu tout sens commun ?

Nous mangeons des animaux pour survivre. Soit, nous sommes des omnivores. Nos prélèvements sur la nature sont cependant de plus en plus lourds et ne s’effectuent pas toujours dans des conditions raisonnées. C’est pour cela que ces quotas de pêche sont importants. Nous sommes en train de vider les océans de certaines espèces. L’enjeu écologique est ici, malheureusement, plus important que l’enjeu humain ou économique. Et tout ce que je ressens, quand je vois de telles images, c’est du dégoût devant ce gaspillage de vie et de nature.

En 1968, l’année de ma naissance, Philip K. Dick, un auteur américain, publia un livre intitulé, dans sa version française, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, qui fut plus tard adapté au cinéma sous le titre Blade Runner. Il y décrit un monde pollué et mourant, dans lequel presque tous les animaux naturels ont disparu. Ils ont été remplacés par des simulacres artificiels. L’humanité a été tellement traumatisée par cette extinction qu’elle a développé une empathie particulière à l’égard des quelques vrais animaux encore vivants et les a presque sacralisés.

Dans cet univers en perdition, l’homme a aussi réussi à reproduire des êtres à son image : les répliquants. L’existence de ces derniers est strictement contrôlée et ils sont interdits de séjour sur Terre, les créateurs craignant de voir leurs créations les supplanter. Comme ces répliquants sont presque parfaitement identiques aux humains, ils sont très difficiles à repérer. Il n’existe qu’un seul moyen de le faire : le test de Voight-Kampff, qui analyse les réactions rétiniennes des sujets qui y sont soumis. En effet, ces êtres artificiels ne sont pas capables de manifester la moindre empathie envers les animaux. En posant des questions uniquement sur ceux-ci et d’éventuels mauvais traitements qu’ils auraient à subir, les policiers - autrement connus sous le nom de Blade-runner - chargés de traquer les gueules d’humains - l’expression argotique désignant les répliquants - peuvent les identifier et les retirer de la circulation.

Quand je constate à quel point la vie des animaux ne semble plus avoir d’autre valeur à nos yeux que celle de simples marchandises consommables à exploiter, que ce soit pour notre survie ou notre divertissement – Cf. par exemple, les loups récemment réintroduits dans les Alpes, dans un parc clos, après en avoir tué deux, qui déambulaient naturellement, au nom d’un intérêt économique qui reste à démontrer – je me dit que le monde très sombre que décrit Dick n’est finalement plus très éloigné du nôtre.

Pour plus d’information, les anglophones peuvent aller lire ce très intéressant essai sur le sujet.

Avant l’heure

Blogged by DOA as Lynx — DOA Sun 26 Dec 2004 15:12

Le moment le plus pénible c’est toujours juste avant. Ca monte, doucement, par vagues, depuis les tripes, et ça finit par envahir la tête. Quelques secondes, quelques minutes, peut-être une heure. Avant. Après, c’est parti. On est dans le truc, on avance. On ne pense plus. On se contente de réagir, de reproduire. On n’a plus peur. Mais juste avant, c’est le pire. On a beau se répéter tous les trucs idiots qu’on nous a enfoncé de force dans le crâne, pour se rassurer, de génération en génération, de promo en promo, de stage en stage, des trucs comme la peur n’empêche pas le danger ou d’autres conneries du même niveau, pendant les quelques instants qui précèdent le début des choses, on se donnerait des baffes, tellement on a peur. Ou alors c’est qu’on est fou, cassé, définitivement barré. Prêt à la mort.

Lynx n’avait pas peur. Seulement froid. Surtout au ventre. C’était normal après avoir rampé plus de deux heures sur le sol mouillé, entre les troncs, sous ce qui ressemblait à une version locale des fougères. Centimètre par centimètre. Jusqu’à sa position actuelle. Maintenant qu’il avait fini de se rapprocher, qu’il était prêt à, en mesure de, il trouvait qu’il avait le bide un peu trop au frais à son goût. Le froid, c’est un état d’esprit. Encore une autre connerie, en général suivie de l’immanquable ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. N’empêche qu’après trois jours de pluie - pays de merde - il était trempé jusqu’aux os. L’équipement russe, malgré la superposition de couches, ne valait pas le leur. Et sous son ghillie, la parka camouflée avait commencé à laisser passer l’eau depuis la veille. Ainsi Lynx était frigorifié, mais il n’avait pas peur. Et il n’était pas fou… Ca venait de commencer.

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