Tranches d’octobre

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 3 Jan 2005 6:44

Pour en finir avec 2004 et, alors que commence une nouvelle année, me tourner pleinement vers mon prochain roman, je me permets de poster ici un dernier article publié dans le cadre de la promo presse de La ligne de sang. Celui du magazine Figures (#4 décembre 2004), pour lequel on m’avait demandé d’écrire ou de décrire une de mes journées du mois d’octobre.

Mon existence est, à l’heure actuelle et depuis presque deux ans, entièrement organisée en fonction d’un acte devenu vital : l’écriture. Ce n’est pas une occupation douloureuse, qui m’obsède et me torture, bien qu’elle soit parfois difficile et me laisse en proie au doute et à l’angoisse du vide. En revanche, chez moi, c’est une activité laborieuse, qui prend sa source dans un programme soutenu composé de lectures, de réflexion et de remplissage de pages, sous forme de notes ou d’essais stylistiques divers, avant de passer au cœur du processus : la rédaction d’un roman. Ainsi, de l’extérieur, ma pratique quotidienne de l’écriture peut sembler très ennuyeuse. Dès lors, j’ai décidé de recréer artificiellement une journée à partir de différentes tranches horaires un peu particulières que j’ai pu vivre au mois d’octobre.

4h15, le 1er octobre 2004. Je me réveille, tôt. Trop tôt, même pour moi qui ne suis pas un gros dormeur. Cela m’arrive assez régulièrement. Avec le temps, je finis par apprécier ces nuits grises où je peux goûter la ville et son silence. Généralement, je profite de ce temps gagné sur la petite mort pour lire puis, vers 6h00, aller courir dans les rues encore calmes de la capitale. Homme d’habitudes, mon parcours commence par l’avenue Ledru-Rollin et va jusqu’à la Seine, sur le pont d’Austerlitz, jusqu’au Jardin des Plantes. Ensuite, je descends sur les quais, à la hauteur des barges de la Brigade Fluviale. Puis c’est tout droit jusqu’au Louvre - les jours de petite forme, je m’arrête à l’Ile de la Cité - avant le retour jusqu’à la Bastille, à travers les rues étroites du Marais. Ce jour-là, nous sommes un vendredi et il n’y a pas de marché boulevard Richard Lenoir. Juste des éboueurs.

8h21, le 12 octobre 2004. Le rituel du matin, le café, au Divan, pas très loin de chez moi. J’y retrouve, comme tous les jours ou presque, quelques habitués du quartier, comme Fred, rencontré avec sa femme il y a un peu plus de six mois. Une des bonnes surprises de l’année 2004. Longtemps directeur d’une galerie d’art contemporain, il est à présent indépendant. Je suis très curieux de son univers professionnel, que je découvre peu à peu. Ses trois allongés et mes trois express’ plus tard, je le quitte pour me rendre dans les locaux d’un laboratoire d’analyses médicales du boulevard Voltaire. J’ai besoin de passer un test HIV, triste et nécessaire rituel moderne. Que notre mode de vie présente des risques ou que nos circonstances personnelles évoluent, nous avons tous, un jour ou l’autre, de bonnes raisons de subir ce dépistage. Si cette formalité ne m’inquiète en rien et s’il est inutile de gloser plus avant sur ma vie privée, je me permettrai juste de déplorer qu’il nous faille envisager de débuter toute construction amoureuse par un acte médical, révélateur d’une maladive méfiance vis-à-vis de l’autre.

11h00, le 4 octobre 2004. Je me trouve place d’Italie, dans le 13ème arrondissement, chez mon éditeur, le Fleuve Noir. Estelle, l’attachée de presse, m’a invité à venir signer quelques exemplaires définitifs de mon livre à paraître bientôt, La ligne de sang. Alors que je me creuse la tête pour trouver des formules de dédicace originales, destinées parfois à des gens que je ne connais pas, je m’interroge sur la portée réelle de cette séance. J’arrive en effet juste après une rentrée littéraire chargée. Mes petites attentions impertinentes toucheront-elles leurs destinataires ? Ou bien vais-je être placé sur une pile qui va accumuler la poussière ou combler des amis en manque de lecture ? L’exercice est nécessaire, mais est-il suffisant ? Il ne s’agit pas tellement de rechercher une quelconque complaisance, plutôt d’attirer les regards vers un travail de huit mois que je juge, bien évidemment, le meilleur du monde. Quand on écrit, lorsque l’on prend la peine de matérialiser des pensées que rien n’empêche de demeurer intimes, sur un support que d’autres peuvent découvrir, c’est que l’on cherche un peu, beaucoup, à être lu. A défaut d’être entendu. Rien n’est donc pire pour un romancier que de passer inaperçu.

12h37, le 24 octobre 2004. C’est dimanche, je reçois des amis à la maison. Fred et sa femme, Carole, une éditrice de livres d’art, Manue et Christophe, un couple de restaurateurs, et Alex, le boss du Divan. Elle est là, elle aussi, pour le week-end. J’aime cuisiner. Cela me vient d’un goût pour le travail manuel limité, en ville, par le manque d’espace. Travailler de mes mains libère mon esprit quotidiennement à l’œuvre. Au menu, une Caesar salad maison avec émincés de poulet et croûtons frais à base de pain aux olives et de cumin, un poulet au cidre accompagné du premier gratin dauphinois de la saison - la vraie recette, sans le gruyère sacrilège - un plateau de fromages qui met l’accent sur les spécialités de chèvre et une tarte Tatin, à ma façon. Professionnellement isolé et d’un naturel solitaire, j’apprécie à sa juste valeur la convivialité d’un bon repas partagé avec des proches. Le vrai déjeuner s’est éternisé. Nous avons refait le monde, comme le font tous les amis, dans les volutes de Punch et les vapeurs de Mortlach, compagnons de choix des longs dimanches après-midi automnaux.

15h22, le 20 octobre 2004. Fred et moi arrivons à la FIAC, pour le vernissage professionnel de cette foire artistique - voilà bien une association de mots qui prête à sourire - pour profiter d’une journée encore calme et explorer à notre rythme les deux halls et leurs multiples allées. Les espaces d’expositions des galeries se succèdent, majoritairement blancs et garnis de tableaux. Quelques sculptures viennent, par endroits, donner du relief aux peintures et plus rares photos. Après deux heures de déambulation, les noms étrangers et parfois même étranges, les teintes, les matières et les formes commencent à se mélanger devant mes yeux. Malgré mon guide, attentionné et très au fait des us et coutumes de ce milieu, je finis par perdre le fil des choses dans ce grand magma multicolore. Mon esprit décolle des murs, se raccroche au spectacle des travées, reconnaît certaines têtes - pas difficile, elles sont, justement, connues - s’amuse des conversations, capte les mouvements d’une foule qui gonfle à mesure que s’approche l’heure du champagne. Gratuit. Dans l’espace VIP où j’attends qu’une pluie battante cesse, tout le monde toise tout le monde, il n’y a pas assez de sièges et on ne sert que de l’eau. Outrageous ! Un directeur artistique suédois, mandaté par une riche famille italienne - l’Europe en marche - s’exaspère de ce manque de goût et d’organisation. Il cite Londres et la Frieze Art Fair de la semaine précédente, bien plus respectueuse de ses invités de marque. Tant pis pour l’averse, je dois partir d’ici, l’heure approche. Fidèles compagnons de mes périples urbains, les écouteurs de mon baladeur MP3 mettent opportunément en musique mon trajet jusqu’à l’entrée du métro. D’un seul coup, la rumeur de la ville perd de sa consistance et c’est sur les accords suaves du groupe Slow Train que je descends sous terre, en route pour l’ultime rendez-vous de ce jour improbable.

19h07, le 25 octobre 2004. Quelques instants chez moi. Courriel de loup.org , une association qui milite pour la préservation du loup en France. Rappel aux abonnés de la newsletter qu’une manif’ est organisée le 6 novembre, pour protester contre les actions gouvernementales qui menacent la pérennité de ce prédateur. Entre autres, la mise à mort d’une jeune louve dans la Drôme, quatre jours plus tôt, dans des conditions irrespectueuses de celles prévues par le plan d’abattage annoncé par le Ministère de l’Ecologie cet été. Je réfléchis un moment et décide de ne pas aller à ce rassemblement. Je n’aime pas les meutes, fussent-elles pro-loup. En revanche, je continuerai, sur mon blog , à dénoncer les silences du gouvernement et des différents partis, Verts inclus - ainsi que la superficialité avec laquelle les médias traitent le sujet - dans cette affaire, qui semblent tous agir pour protéger des intérêts catégoriels en pensant élections plutôt qu’environnement et avenir.

22h34, le 14 octobre 2004. Mon second roman est sorti aujourd’hui. Ce matin, comme la première fois, j’ai fait le tour des librairies pour le voir. Superstitieux, j’en ai même acheté un exemplaire. Ce soir, dans un bar du 1er arrondissement, j’ai convié des amis à venir fêter l’évènement autour d’un verre. Une célébration informelle, où vont se retrouver des gens aux profils différents, souvent atypiques, croisés au fil des ans et dont j’ai, pour des raisons parfois surprenantes, croisé la route. Alors que la soirée commence à s’animer, je m’isole mentalement et regarde la petite assemblée d’une cinquantaine de personnes qui se mélange sous mes yeux. Un ancien du RAID qui taille une bavette avec un médecin australien, chef de desk à Médecins Sans Frontières, devant un vieux copain de Lyon, devenu décorateur de cinéma, qui partage une bière avec eux. Des libraires et une ancienne employée du Seuil, qui rient avec Lalie Walker et Jako, deux auteurs des éditions Hors Commerce. Une artiste plasticienne et son compagnon, en pleine conversation avec un rédacteur financier, sa fiancée et un musicien. Des gens de télé et des oiseaux de nuit. Des amis de la Crim’, qui racontent leur quotidien à deux ex-collègues de ma période roi du jeu vidéo. Il a fallu briser la glace et passer des uns aux autres, au risque de ne pas accorder assez de temps à chacun, avant qu’enfin le soufflé prenne forme, tout doucement, malgré les réticences initiales et les divergences personnelles. Quand plus tard, beaucoup plus tard, à pied, je rentre chez moi, avec les Variations Goldberg dans les oreilles, je suis satisfait que mon livre ait finalement servi de prétexte à quelques rencontres inédites et originales.

Rébus

Blogged by DOA as MiAPED — DOA Thu 6 Jan 2005 11:56

Do you know what Nemesis means? A righteous infliction of retribution manifested by an appropriate agent. Personified in this case by a horrible cunt. Me. Bricktop, Snatch.

Symboliquement, Némésis représente la vengeance. A l’origine, celle des dieux, en punition de toutes les mauvaises actions. Par extension, elle est devenue l’ennemi juré et personnel de l’individu bafoué. Mais dans la mythologie grecque, Némésis est aussi une déesse aimée de Zeus, à qui elle tenta d’échapper sous la forme d’une oie sauvage. En vain. Le maître de l’Olympe la rattrapa en se métamorphosant en cygne. Après leur union, elle pondit un œuf . De celui-ci sortirent Pollux et sa sœur… Hélène. Celle-la même dont la beauté infinie causa la guerre de Troie. Une des premières femmes fatales de l’histoire.

Némésis est la fille de Nyx, la nuit.

Nos amis les bêtes

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sat 8 Jan 2005 15:19

Hier soir, vendredi soir, c’était LE soir des couples… Sympas. Sacrifiant à la tradition, mon amie H., journaliste célibataire de son état, et moi-même, presque tout pareil, sommes allés dîner au Livingstone. Assis à la table 104, la meilleure lorsque l’on est deux et que l’on recherche discrétion et point de vue, nous venions de prendre la commande et glosions sympathiquement à propos d’une galerie de portraits féminins au vitriol dont H. vient d’entreprendre la rédaction, quand la scène suivante, que je vais écrire façon cinéma, se produisit.

INT. SOIR – RESTAURANT CHICO-TENDANCE :

La salle principale, au décor baroco-ethnique, est plongée dans une semi-pénombre intimiste. Le personnel de service, élégant et professionnel, navigue entre les tables sur fond de lounge music. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté (© Charles Baudelaire).

Un couple se lève, prêt à partir. Il faut payer. Le garçon, beau gosse habillé comme un 2B3 sur le retour (© H.), fonce vers le bar, sûr de son fait, laissant sa compagne, comprimée sur sa banquette par une table étroite et rebelle, se débrouiller pour essayer de se lever dignement. Elle lutte pour maintenir une allure qui sied à sa tenue de VIP de soirée Club Med (© H.)… Puis finit par réussir à rejoindre son compagnon. Celui-ci parachève de ranger sa Visa Premier (© je ne sais pas qui, mais il la montre bien, parce qu’il la vaut bien, © L’Oréal), sans prendre la peine d’aider sa petite-amie, à la forte poitrine opprimée par un pull taille fillette de couleur caca-d’oie, à s’habiller.

LUI (souriant et fier)

Ma chérie…

ELLE (gesticulante et contorsionnée)

On est quand même le couple le plus SYMPA du vendredi soir! (Elle l’embrasse)

Ils sortent, sous les yeux avides et curieux d’une assistance nombreuse… Et médusée. Applaudissements.

Enorme.

Nourriture de l’inspi.

Blogged by DOA as Lynx — DOA Mon 10 Jan 2005 5:59

Après la course du matin, un peu d’exercice cérébral. Mise en fiche d’une bibliographie partielle: R. Baer: La chute de la CIA - Or noir et Maison Blanche. P. Bouvet: Direct. M. Herr: Dispatches. C. Fourest: Frère Tarik. D. Kerchouche: Mon père, ce harki. G. Kepel: Jihad - Fitna - Musulmans dans la société française (avec R. Leveau). P. Krop: Silence, on tue - DST: Police secrète (avec R. Faligot) - La piscine (avec R. Faligot). R. Labévière: Les coulisses de la terreur. J. Lartéguy: Les Centurions - Les Prétoriens. B. Moinet: Ahmed, connais pas. T. Todorov: Le nouveau désordre mondial. R. Trinquier: La guerre moderne. M. Vianès: Les islamistes en manoeuvre. Ca suffira pour la semaine. Aucun express ne m’emmènera vers la félicité, aucun tacot n’y accostera, aucun Concorde n’aura ton envergure, aucun navire n’y va, sinon toi. A. Bashung, Fantaisie Militaire, # 1 sur la tracklist de mon loup servier mélomane.

La chute

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Wed 12 Jan 2005 11:46

La semaine dernière, un article de Libération s’en prenait vertement à La chute, qui retrace les douze derniers jours d’Hitler dans son bunker, alimentant ainsi la polémique qui entoure la sortie de ce film.

J’ai vu ce film hier après-midi. Au-delà du sujet, le traitement d’un huis clos psychologique aussi long m’intéressait pour un autre projet sur lequel je bosse en ce moment. Je dois dire après cette séance que je comprends mal la critique haineuse de Libération. Le titre de l’article, déjà, cadre mal avec ma propre expérience : je ne me suis pas ennuyé pendant La chute, bien que le film dure presque deux heures et demie, et ne soit pas vraiment articulé autour d’une intrigue complexe et mouvementée - ce qui correspond en général plus à mes goûts cinématographiques.

Qu’est-ce que j’ai vu, moi ? Un casting bien construit d’acteurs qui convainquent dans leurs rôles respectifs et accompagnent dans son désastre un IIIème Reich historiquement plausible, à défaut d’être juste. Car c’est bien là tout le problème de cette polémique, qui attaque entre autres le manque de justesse. Mais c’est un film justement, que l’on nous propose, pas un documentaire. Je n’ai pas lu d’interview du producteur et/ou du réalisateur, je n’en ai pas trouvé (EDIT: il y en a une sur le site du film). Je ne sais donc rien de leurs intentions ou de leurs arguments. Mais après avoir vu ce long-métrage, je n’ai pas l’impression que l’on aie cherché à m’abuser en me vendant cette histoire comme l’Histoire. C’est plutôt une interprétation fictionnelle de l’histoire. Elle peut donc se contenter d’être simplement plausible. Etrange que l’on attaque cette Chute, qui se revendique long-métrage, alors que l’on encense Fahrenheit 9/11 comme un documentaire. Pourtant, selon moi, ce n’est qu’un film de propagande, qui a utilisé contre lui les mêmes armes que le clan Bush. Et qui est loin d’être aussi juste, voire plausible, que Le monde selon Bush, de William Karel. Passons.

Un autre reproche fait à La chute concerne le contexte global et en particulier militaire qui, selon certains, ne serait pas assez abordé. Personnellement, j’ai trouvé que les saynètes de batailles et de désespoir dans un Berlin assiégé suffisaient à illustrer le propos d’un film qui se concentre sur l’ambiance à l’intérieur du bunker. C’est un choix artistique et cinématographique, et j’ai du mal à saisir pourquoi on en attaque le bien-fondé. Un réalisateur et un scénariste ont quand même, jusqu’à nouvel ordre, le droit de décider ce qu’ils veulent raconter, non ? Surtout dans la mesure où l’on ne peut guère les soupçonner, lorsque l’on prend la peine de juger sur pièces, de complaisance et d’admiration malsaine ou ambiguë pour le personnage principal de leur long-métrage et ses théories.

Et c’est bien là que je m’inscris en faux sur la critique principale qui est adressée à ce film, en particulier par le journaliste de Libération, à savoir : Hitler apparaît comme un être humain, être humain pour lequel on pourrait être tenté de ressentir une certaine compassion. Je suis désolé d’enfoncer à présent une porte ouverte, mais je n’ai jamais pensé qu’Hitler n’était pas un être humain. Je ne me le suis jamais représenté comme un monstre cornu, armé de plusieurs rangées de dents pointues et crachant du feu. Hitler n’était qu’un homme et le rappeler ne me semble pas dénué d’intérêt, ne serait-ce que pour montrer aux uns et aux autres que la folie et le fanatisme sont plus proches de nous que nous le pensons. Si j’étais de mauvaise foi, je dirais que la virulence du critique de Libération en est une preuve supplémentaire. Mais je ne suis pas de mauvaise foi, n’est-ce pas, pas plus que Gérard Lefort, l’auteur de l’article libérateur.

Que penser de cet Hitler de cinéma quand on sort de ce film ? Que finalement le grand chef des Aryens, l’homme supérieur ultime qu’il symbolise, n’était qu’un vieux plouc dément et malade qui a fini comme un rat dans son trou ? Et comme il le méritait ? Oui. Est-ce qu’on le prend en pitié ? Non. On le voit paranoïaque et arrogant, incapable de remise en question, perdant tout sens des réalités - en a-t-il jamais eu ? - entouré d’une clique de profiteurs, de fanatiques, de croyants et d’hommes d’honneur qui se retrouvent tous déboussolés quand lui perd les pédales. Que ce grand Reich qui a terrorisé le monde était pourri de l’intérieur, pourriture que sa longue agonie ne fait que révéler. Croyez-moi, il n’y a là rien de plaisant et aucune matière à sympathie.

Dès lors, est-ce que j’ai aimé ce film ? Non. Je l’ai apprécié. Comme la vision artistique d’une décadence, qui demeure, probablement, encore très en dessous de la réalité.

Dernière petite remarque : Antoine de Baecque, lui-même critique à Libération, prenait ainsi la défense de Gérard Lefort, dans un entretien avec les internautes : J’estime que l’article de Lefort sur La Chute est juste, le film n’étant ni cinématographiquement, ni historiquement, ni même moralement, très défendable. Ensuite, le style du texte, extrêmement cinglant et drôle, parfois même pamphlétaire, appartient au critique de cinéma qu’est Gérard Lefort, et c’est tant mieux: il écrit comme ça et le fait bien, c’est incomparablement mieux qu’un style tiède et passe partout. Quand on écrit, comme M. Lefort l’a fait, dans un article : surtout Bruno Ganz qui joue à Hitler avec autant de conviction qu’un balai de chiottes, on ne recourre pas à un style drôle et pamphlétaire, mais à l’injure. Je crois, moi, qu’un journaliste, s’il est tout à fait fondé à ne pas apprécier la performance d’un artiste et à la critiquer en argumentant, doit conserver une certaine retenue dans son propos. Il n’est pas là pour insulter les gens mais pour rendre compte de la qualité de leur travail. Quant au reste de la réponse d’Antoine de Baecque, je vous invite à lire cet autre entretien avec un historien, plus nuancé et publié lui aussi dans Libération.

Spéciale dédicace pour T.

Blogged by DOA as Lynx — DOA Thu 13 Jan 2005 0:00

Lorsque l’on cherche à rendre une arme silencieuse, en particulier un fusil ou un fusil d’assaut, on se heurte à deux problèmes principaux : le bruit produit par l’explosion des gaz en sortie du canon après la percussion et le bang que provoque l’ogive - la balle - lorsqu’elle franchit le mur du son. Le résultat obtenu est rarement parfait. S’il est alors difficile de localiser le point d’origine d’un tir - ce qu’un soldat aguerri peut néanmoins estimer, en se basant sur le temps écoulé entre la première détonation, le franchissement de la barrière sonore et le passage physique de la balle - celui-ci sera quand même perçu par tout observateur présent sur les lieux… Et renseignera donc sur l’existence d’un tireur.

Il faut donc réduire au maximum les bruits produits par la détonation et la signature de la balle dans l’air. C’est dans cette optique qu’a été développé, à la fin des années ’70, le fusil, d’origine russe, illustré ci-dessus et connu sous le nom de VSS Vintorez. VSS signifie Vinovka Snaiperskaja Spetsialnaya. Comme cela ne l’indique pas, il s’agit d’un fusil de tireur d’élite conçu pour être silencieux. Bien que destinée aux forces spéciales et largement employée en Tchétchénie depuis le début du conflit, la vocation tactique de cette arme n’est pas militaire mais civile : on l’utilise avant tout pour des assassinats urbains et périurbains. Ceci s’explique en partie par ses limitations. En effet, pour diminuer sa signature acoustique, on a dû accepter de réduire ses performances balistiques. Ainsi, on obtient une arme presque totalement discrète - à part les bruits mécaniques et métalliques des mouvements de culasse et de détente - mais qui peine à être plus efficace qu’un bon fusil d’assaut, sa distance de tir utile étant limitée à 400m. A noter que le Vintorez peut tirer en mode semi-auto et full auto.

Le lourd silencieux - servant aussi de cache-flammes - qui équipe le canon explique en partie ces limites. Pour le reste, elles proviennent du fait que le Vintorez utilise des munitions subsoniques, qui garantissent un usage encore plus silencieux mais handicapent sa portée pratique. Il s’agit des projectiles SP5 et SP6 - ce dernier étant chemisé semi-blindé, avec un noyau d’acier pour pénétrer les protections légères et les gilets pare-balles militaires modernes - chambrés avec des douilles de 7.62 équipées d’ogives de 9mm, un calibre plus communément utilisé pour les armes de poing. La structure de l’étui - la douille - est elle-même également particulière puisque, compartimentée, elle contribue déjà, à son niveau, à une meilleure dissipation des gaz à la percussion.

Bien que peu connu du grand public, on peut trouver des informations plus ou moins justes sur le Vintorez en cherchant sur Google. Il sera littérairement en usage dans un court passage des aventures de Lynx et, d’un point de vue ludique, bientôt présent à l’écran dans le jeu de GSC Gameworld intitulé Stalker, qui doit sortir en 2005.

J’ai la manie de béer aux choses passées…

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Fri 14 Jan 2005 12:44

Le passé a toujours le chic pour s’inviter à la table de nos futurs possibles. Et en ce début 2005, les agapes sont particulièrement fastueuses. C’est peut-être la période qui veut cela mais, bien qu’amateur d’introspection, je ne fais pas partie du club des résolutions de fin/début d’année. En revanche, il est clair que l’exploration récente de mon carnet d’adresses électronique, en vue de savoir à qui j’allais adresser des vœux - et sous quelle forme - a déclenché chez moi une réflexion sur le passé, représenté ici par tous ces noms, avatars alphanumériques de gens que j’ai connus, appréciés ou non, continués à voir ou tout simplement laissés sur le bord de ma route. Je me suis interrogé sur ceux qui, finalement, se cantonnaient à leur rôle d’acronymes et sur les raisons qui les avaient fait tomber en désuétude… Et voués à disparaître cette année, ou la suivante. Ou la suivante, cela n’a plus guère d’importance, dès lors qu’ils disparaissent. Cette réflexion s’est aventurée loin sur les chemins de mon histoire personnelle et m’a même conduit à exhumer d’abord d’autres carnets d’adresses, plus anciens, puis quelques souvenirs matérialisés ici sous forme de mails et là de lettres ou même de photos. Finalement, tout y est passé, puisque je traverse par ailleurs une phase de remise en cause de mon intimité sentimentale, et j’ai fini par questionner mes choix et mon propre système de valeurs, confrontant ces deux ensembles pour tenter d’en tirer - sans grand succès pour le moment, je dois bien l’avouer - un schéma cohérent. Alors même que se poursuit ce processus, l’ancien a ressurgi dans l’aujourd’hui de manière beaucoup plus proche et physique. Bribes de mes hier professionnels - DB, par exemple, qui continue à m’adresser ses vœux, alors que, de tous, il est l’un de ceux avec lesquels l’espace-temps travail à été le plus réduit, même si nous avons, un jour de détente, fait semblant, ensemble, de jouer de la guitare… Surtout moi, en fait. Lui sait - et personnels, dont les apparitions, bien que de moins en moins fréquentes, se débrouillent toujours pour survenir au moment d’un changement d’état, d’un pas vers un nouveau demain. Ainsi, le futur se réduit un instant à une mise en abîme du passé. Il y a dix jours, j’ai eu J., mon meilleur ami, au téléphone. Il venait de rentrer à Johannesburg, après avoir passé le nouvel an à Punta, au Mozambique, en famille. Nous avons, comme chaque fois ou presque, évoqué nos vies et, sous les couches d’évènements et de décisions, parlé de ces cœurs qui les animent. Lui comme moi, spectateurs circonstanciels, à différentes époques et sous différentes latitudes, du théâtre de la mort, savons à quel point le référent est tout. Il est le fruit de l’Histoire et de nos histoires, celui qui guide nos actes… Qui, à leur tour, renseignent le monde extérieur sur notre référent. Il y a quelques années, alors que nous nous étions arrêtés sur une aire d’autoroute portugaise, de retour de Castel Rodrigo, où s’élève sa demeure ancestrale, J. m’avait lancé : each man is a prisonner of his own experiences, what he does is but a reflection of what he has been through. Cette phrase, il me l’a répétée l’autre jour. J’ai acquiescé, en silence, puis raccroché. Le passé a toujours le chic pour s’inviter à la table de nos futurs possibles…

Merci à Chateaubriand pour le titre.

Adrift

Blogged by DOA as Lynx — DOA Sun 16 Jan 2005 20:16

Poser un instant ce sac rempli de doutes. Dans la foule des samedis après-midi d’hiver, repérer un sourire, un seul, et se laisser guider plutôt que, de froid, remonter épaules et col, pour se fermer un peu plus au monde extérieur. Arrêter la musique languide, castratrice, qui génère l’isolement. Il faut lutter. Repousser les questions. Renoncer à la tentation du miroir pensé puis écrit. Celui qui déforme toujours un peu. Pas difficile avec ce dégoût de l’interrogation, de l’interrogatoire… Mais aussi, plus forte encore, avec cette angoisse de se trahir en n’osant pas aller jusqu’au bout de l’introspection. Existe-t-il plus haute trahison que celle que l’on peut se servir à soi-même ? Après cela, quelle morale, quel code peut rester ? Et sans code, plus rien n’est possible. Les autres riraient, s’ils savaient. Les autres, tous ceux qui sont restés sur le bord de la vie. Reprendre conscience de la réalité. Pourquoi s’être arrêté ici, maintenant, au milieu de rien, au milieu des gens ? Il faut continuer cette marche co urbaine, succédané de fantaisie militaire, pâle réminiscence d’un temps où il était confortable de ne plus trop penser. Ne plus trop hésiter. Juste… Assez. Défier à nouveau l’air glacé en tendant le cou. Enfoncer les écouteurs dans les oreilles. Rajuster les sangles de l’Eastpak noir chargé de ses kilos de fonte. De sa tonne de souvenirs coupables. De fantômes. Puis, d’un pas rapide, souple, félin et manoeuvrier, plonger entre les familles en direction du fleuve. L’oubli est le compagnon de la douleur et de la fatigue. Trois heures jusqu’à Balard et retour. Cinq heures avant la nuit. Dix heures avant le sommeil et la délivrance de l’inconscient rêvé. Ou du cauchemar. Tout vaut mieux que cette incertitude, qui suis-je, qu’aurais-je été ?

Ca s’écrit avec un e

Blogged by DOA as Lynx — DOA Tue 18 Jan 2005 18:30

Un visage aux iris sombres qui se reflète dans la vitre du métro. Des yeux attentifs qui pourtant n’ont pas envie, ce soir, d’affronter directement la foule qui s’entasse derrière elle dans la rame. Meute qui présente toujours le risque de regards hostiles ou concupiscents. La fatigue, l’angoisse d’avoir mal fait, le découragement peut-être ? Des lèvres fines qui s’entrouvrent et se contentent de souffler sur le verre, sans parvenir à produire la moindre buée. La jeune femme soupire en silence. Dans sa tête, elle repasse, mot après mot, toute sa conversation téléphonique avec Rougeard, le grand Rougeard. Le célèbre Rougeard. Et oublie l’essentiel, qu’il l’a appelée, elle. Sur recommandation du caricaturiste du canard, son parrain de stage. Elle ne s’arrête que sur une phrase, une seule, Amel, c’est Amel, pas Amal… Nerveuse. Ca s’écrit avec un e… A fleur de peau. Il s’était trompé deux fois, et alors ? C’est bien elle qui prie tous les jours pour sortir de cette rédac’ de féministes bourgeoises et avachies qui, à la moindre occasion lui font payer sa trop jolie gueule, non ? Tu es sûre que tu ne veux pas passer sur la couv’ plutôt, tu es si belle ma chérie… Oui, elle, qui trouve intelligent de faire une remarque agacée à l’un des journalistes les plus réputés de la place. Alors qu’il a pris la peine de la contacter pour un papier. Juste parce qu’il a abîmé son prénom, son prénom d’écorchée vive. Ca s’écrit avec un e…C’est sûr, Fred allait bien rigoler quand elle lui raconterait cette histoire, tout à l’heure, à la maison. Lui qui ne les prend pas, elle et son job, très au sérieux. Lui qui, depuis presque six mois qu’ils sont mariés, a presque oublié tous leurs projets de déménagement, de dépaysement, de voyage… D’aventure. Lui qui, déjà, la voit plus comme une mère que comme une maîtresse. C’est tôt. Elle n’a que vingt-quatre ans et des rêves de grands reportages plein la tête. Trop tôt. A quoi bon échapper aux parents et à leurs lubies d’un autre âge si c’est pour reproduire le même schéma ailleurs ? Amel, c’est Amel, pas Amal… Evidemment, si elle ne se débrouille pas rapidement pour trouver mieux à écrire que les quelques pauvres piges insipides, psycho-tests et autres enquêtes à la con, qu’elle grappille dans son mensuel féminin, elle va avoir du mal à rejeter encore bien longtemps les demandes de son mari. A trente-cinq ans, Fred se montre subitement pressé de faire la même chose que ses amis, tous dans la finance comme lui. Se marier donc avoir des enfants. Amel, c’est Amel, pas Amal… Peut-être aurait-il fallu qu’elle évite de prendre à rebrousse-poil le premier mec qui pouvait, enfin, lui proposer de travailler sur d’autres sujets. De vrais sujets. Je vous rappellerai. Et Rougeard avait raccroché.

Il en va des héroïnes comme de certaines drogues. A trop les approcher, on finit par se piquer au jeu.

Giro-diversité

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 24 Jan 2005 9:41

Notre cher président va inaugurer aujourd’hui un nouveau machin, une conférence sur la biodiveristé qu’il avait appelée de ses voeux en 2003. Pour mémoire, Jacques Chirecolo a aussi lancé l’idée d’une Charte de l’Environnement. Il est également le maître à penser d’un gouvernement dont le Ministre de l’Ecologie, Serge Lepeltier, était aux ordres de l’ex de l’Agriculture, Hervé Gaymard - lui-même très proche de Jacquot 1er - pour lequel il avait autorisé, dans un grand élan de préservation de la biodiversité, le tir de quatre des trente ou quarante pauvres loups que nous comptons dans ce pays. Heureusement, ils n’en ont eu que deux. Pour le moment…

Trompez-moi bien, et je vous tiens quitte du reste. La vie est-elle autre chose qu’un mensonge? Chateaubriand.

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