Green Park
Il y avait, dans le sous-sol du ground floor flat du 13 Bolton Street, une pièce qui servait de bureau et s’ouvrait sur une courette. Il s’en rappelait très bien de cette pièce, avec ses murs et sa moquette bleu roi, sa table de verre dépoli supportée par deux tréteaux en bois, son ordinateur, toujours branché sur un vaste monde virtuel… Et factice. Sa vieille lampe industrielle. Il en gardait une image très nette, forte, presque vivante tant elle était présente. C’est là qu’ils s’étaient dit au revoir pour de bon. Lui fuyait Londres le lendemain, pour trois semaines. De travail. Une excuse opportune. Véra, elle, restait. Pour partir en silence, tranquillement, après l’avoir finalement repoussé dans ses derniers retranchements. La fois de trop, la goutte qui fait, ce genre de choses. Et, alors qu’enfin apaisée – soulagée ? – elle était encore là, assise comme à son habitude sur ses genoux, devant leur fenêtre sur cour rien qu’à eux, il avait pris conscience que l’odeur familière et adorée qui emplissait ses narines allait sous peu échapper à sa réalité. Que la caresse de ses doigts sur la laine blanche recouvrant les bras de celle qui, pour quelques heures encore, partageait sa vie, quitterait bientôt le domaine des sensations pour pénétrer celui des souvenirs. Que les larmes silencieuses sur leurs joues étaient les dernières. Il avait alors posé ses lèvres sur l’épaule de la jeune femme, l’avait embrassée à travers le col roulé – un baiser asséché – puis, l’ayant invitée à se lever, il était parti dans leur chambre, qui ne serait plus à son retour qu’une chambre, pour boucler sa valise. Et leur histoire. Aujourd’hui, quelques mois plus tard, assis à cette même table, face à une fenêtre qui s’ouvrait sur la rue encore inconnue d’une autre capitale, il se laissait aller à goûter quelques instants la plainte aiguë de cette vieille compagne, la solitude.
