Green Park

Blogged by DOA as Lynx — DOA Mon 7 Feb 2005 18:23

Il y avait, dans le sous-sol du ground floor flat du 13 Bolton Street, une pièce qui servait de bureau et s’ouvrait sur une courette. Il s’en rappelait très bien de cette pièce, avec ses murs et sa moquette bleu roi, sa table de verre dépoli supportée par deux tréteaux en bois, son ordinateur, toujours branché sur un vaste monde virtuel… Et factice. Sa vieille lampe industrielle. Il en gardait une image très nette, forte, presque vivante tant elle était présente. C’est là qu’ils s’étaient dit au revoir pour de bon. Lui fuyait Londres le lendemain, pour trois semaines. De travail. Une excuse opportune. Véra, elle, restait. Pour partir en silence, tranquillement, après l’avoir finalement repoussé dans ses derniers retranchements. La fois de trop, la goutte qui fait, ce genre de choses. Et, alors qu’enfin apaisée – soulagée ? – elle était encore là, assise comme à son habitude sur ses genoux, devant leur fenêtre sur cour rien qu’à eux, il avait pris conscience que l’odeur familière et adorée qui emplissait ses narines allait sous peu échapper à sa réalité. Que la caresse de ses doigts sur la laine blanche recouvrant les bras de celle qui, pour quelques heures encore, partageait sa vie, quitterait bientôt le domaine des sensations pour pénétrer celui des souvenirs. Que les larmes silencieuses sur leurs joues étaient les dernières. Il avait alors posé ses lèvres sur l’épaule de la jeune femme, l’avait embrassée à travers le col roulé – un baiser asséché – puis, l’ayant invitée à se lever, il était parti dans leur chambre, qui ne serait plus à son retour qu’une chambre, pour boucler sa valise. Et leur histoire. Aujourd’hui, quelques mois plus tard, assis à cette même table, face à une fenêtre qui s’ouvrait sur la rue encore inconnue d’une autre capitale, il se laissait aller à goûter quelques instants la plainte aiguë de cette vieille compagne, la solitude.

Liberté, liberté chérie

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Fri 11 Feb 2005 9:51

Il n’y a pas de liberté sans liberté d’informer.

Bien que parfaitement conscient du contexte dans lequel s’inscrit ce slogan, je le trouve dangereux. Il cautionne cette tendance très répandue chez les journalistes à mettre leur nez partout, au mépris très souvent de toute décence et / ou du concept de vie privée. Il n’y a pas de liberté sans liberté individuelle, et celle-ci ne peut s’exercer si quelque pouvoir que ce soit, presse incluse, s’estime fondé à contrôler toute action, toute parole et tout mouvement des individus. Dans le cadre d’un soutien à des journalistes disparus en effectuant leur travail dans une zone de conflit - dangereuse et étrangère à toute morale par essence - il apparaît donc légèrement hors de propos et surtout de proportion.

Histoire sans parole

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 14 Feb 2005 16:50

Les soirs de dérive, quand se succèdent les appels dans le néant, c’est à l’aune du temps que se calcule la distance. Quelle mesure de sablier pour ceux que l’on oublie ? Quelle clepsydre chrono-métrique pour ceux dont on ne veut plus ? Tous ces spectres dont les noms et les visages reviennent à la surface lorsque la détresse passagère l’emporte sur l’usure de la mémoire, ou celle de la conviction, quand subitement la compromission se pare des atours d’une plus douce punition, ils sont devenus… Sans moi. Le réflexe premier consiste à se précipiter. Rassurer. Accompagner. Amours, amitiés. Légers. Frelatés. Négligés. Oubliés. Ne pas oublier. Pourquoi. Puis le vide, angoissant en surface, redevient soulagement. Combien résistent aux heures, aux mois, aux années et, franchissant enfin la barrière du temps, s’approchent assez pour compter ? Réellement, spirituellement ? Charnellement. Ces multiples destinées croisées n’ont guère plus de signification - réciproque - que les passants, solitaires, par deux, par grappes, effleurés dans ces rues trop parcourues que le vent balaie parfois, pour en chasser les relents d’amertume. Comme jeudi dernier alors que, par des chemins de traverse, je rentrais d’un rendez-vous tardif. Dans mon oreille, la musique d’un triste désert bleu. Douce. Plus que les bips fatals de ce mobile impuissant à rompre l’isolement. J’ai souri de douleur en enfonçant les écouteurs plus profond. Très profond. Quitte à rentrer, seul, autant le faire en bonne compagnie.

Scatter shot

Blogged by DOA as MiAPED — DOA Fri 18 Feb 2005 17:47

Courte semaine provinciale, nécessité fait loi. J’avais besoin de rencontrer un spécialiste pour mon prochain roman. Check. J’en ai aussi profité pour déjeuner avec deux journalistes qui avaient rédigé des articles sur La ligne de sang. Sandra Moisson, jeune rédactrice en chef de Lyon Femmes qui prête aussi sa plume à Lyon Mag, et Michel Bellaton, journaliste et chroniqueur de romans au Dauphiné Libéré. Deux parcours, deux profils très différents. Une façon intéressante de sortir de ma systématisation de la presse pour aller au devant de deux individualités. Check. Sur les autres fronts, tout avance à son rythme, doucement. Trop doucement. La ligne a suscité un peu de curiosité chez des gens de cinéma, certains plus puissants que d’autres. Il semblerait que l’évocation du livre sur LCI, à l’occasion de l’invitation faite au patron de la librairie Epigramme - NDA: il s’agit de Gérard Moreau, merci à lui et son équipe - de participer à l’émission Le coup de cœur des libraires, se soit avérée très efficace. L’écriture du long avec O. Megaton est au point mort, le producteur ayant décidé qu’il avait mieux à faire que de lire la dernière version du synopsis qu’Olivier lui a envoyé. Je vais peut-être aussi bientôt travailler avec un jeune réalisateur, Amaury Voslion, dont les courts-métrages sont visuellement assez percutants. Mais là encore, il faut aplanir quelques divergences d’ordre pratique avec la production. Et puis enfin, il y a Capa et ce dernier projet de série sur le monde du journalisme. Nous devions discuter de l’écriture d’un ou deux épisodes - sur huit - il y a déjà trois semaines… J’attends encore le coup fil. Pending. Tout ceci est très long. Et, de mon point de vue, un peu perturbant, puisque j’ai besoin de me focaliser correctement sur un sujet afin de bien avancer sur celui-ci. La multiplication des pistes de réflexion tend à empêcher ma concentration et donc mon inspiration. Finalement, seules les aventures de Lynx se précisent et je pense reprendre la rédaction du traitement très bientôt, avant la fin mars. Donc, romançons.

Argh Dieudonné !

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sat 19 Feb 2005 9:28

Ne serait-il pas en train de nous rejouer l’histoire d’Elijah Muhammad, Malcolm X et Abdul Aleem aka Louis Farrakhan ? Décidément, j’en ai un peu assez de cette importation tous azimuts de l’American Way of Life.

Chats et chiens

Blogged by DOA as Lynx — DOA Mon 21 Feb 2005 21:47

Lynx éteignit son ordinateur. Quand la lumière eut enfin quitté l’écran, il resta seul dans le noir et regarda dehors, de l’autre côté de la rue, les baies vitrées illuminées du bar d’en face. C’était calme à l’intérieur. Deux copains partageaient une bière, un couple terminait son dîner. La serveuse du soir passait entre les tables. Il vivait à côté de ces gens. Il posa ses coudes sur son bureau, son menton sur ses mains. Il vivait à côté de ce monde. Ce monde n’était rien, il n’avait aucun sens.

Fennec terminait lentement son thé à la menthe. Il laissa ses yeux passer par dessus le rebord de son verre pour observer alentour l’arrière-salle miteuse, bondée et enfumée du petit café du dix-neuvième arrondissement dans lequel il se trouvait. Il n’y avait que des hommes. Ils discutaient entre eux. L’avant-garde pathétique d’une ghazwa fantasmée, refaisant le monde, rêvant sa reconquista inversée. Il vivait à côté de ces guerriers divins et fous. Il était là mais il n’était plus rien, n’avait jamais rien été, dans ce monde idéal et pieux qui leur appartenait. Une coquille vide. Un leurre. Mais, et dehors ? Une excuse ?

Morning gambler

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Thu 24 Feb 2005 9:50

Jouer à la roulette russe avec une image cyrillique qui roule les r lorsqu’elle remercie timidement le petit café du matin, celui d’avant l’entretien, l’audition, le casting, juste offert pour le plaisir des yeux. Prendre ce risque, de la voir surgir là, devant soi, comme par magie, pour égayer le jour à venir… Et de la laisser repartir, sans rien lancer d’autre que ce bonne chance universel, good luck, dans la langue cosmopolite des capitales. Bonne chance. Risquer la chance, en appeler au sort pour décider si oui ou non, un autre jour, à l’autre bout du fil tendu, ténu, vite rompu, d’une rencontre de hasard, cette voix de l’est se fera à nouveau entendrrrrre.

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