J’accuse!

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Fri 25 Mar 2005 11:17

EDIT

A la suite d’échanges de commentaires nouveaux avec un contradicteur, j’ai décidé de faire remonter ce texte, écrit en novembre dernier.

PAWNEE, MON AMI, MON FRERE.

Par DOA, le 03/11/04.

Pawnee: nom désignant le loup, pour la tribu des indiens Pawnee.

Je suis écrivain, pas écologiste ni végétarien. Et je n’ai rien contre la chasse, bien au contraire. Ce texte est un coup de gueule contre le sort réservé au loup dans notre pays, révélateur de toutes les indigences de la société française. Là, c’est le loup. Et avant, après, c’est l’ours. Mais ce ne sont que des symboles. Bientôt, ce sera nous. En fait, c’est déjà nous. Je sais qu’aujourd’hui les Etats-Unis auront probablement élu un nouvel ancien président et que le monde sera un peu plus dangereux pour cela. Cependant, qui sommes-nous pour râler après les américains quand nous tolérons toutes sortes de dérives et d’hypocrisies chez nous, même pour des choses aussi insignifiantes que le loup ? Alors, si vous vous sentez un tant soit peu concernés, lisez ce texte, linkez-le, copiez-le, mailez-le, mais faites-le passer.

Hiver 1954. Rude, froid. Des milliers de gens ont besoin d’aide. L’abbé Pierre lance son appel, il est entendu. Un peu. A la même époque, la « Toussaint Rouge » algérienne commence avec quelques jets de pierres et puis un mort. Et puis trois morts. Et puis dix morts, et c’est la guerre, celle qui ne dit pas son nom. Plus discrètement, cette année-là, à Vinay, en Isère, le dernier loup français disparaît. Non. Soyons plus précis : le dernier loup français est éradiqué. Dans le cadre d’une politique d’élimination orchestrée depuis plusieurs siècles par nos autorités, qui veulent faire disparaître cet encombrant hôte de nos forêts. Tantôt au nom de Dieu, tantôt au nom de la raison économique et alimentaire de notre pays. Toujours avec la même méthode : l’obscurantisme. Terrible hiver ’54.

Hiver 2004. Cinquante ans plus tard, il y a toujours plus de pauvres. Et dans le pays des Droits de l’Homme, ce pays où a été proclamée la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal, le 15 octobre 1978, l’Etat a, une nouvelle fois, exécuté deux loups. Le 21, puis le 27 octobre 2004, dans des circonstances qui ne respectent ni le droit européen - Convention de Berne de 1979, directive Habitat de 1992 -, ni les conditions présentées par le plan qui prévoyait ce que l’on a pudiquement appelé des « prélèvements ». Tout cela pour rien, puisque, tant du point de vue des éleveurs, qui veulent l’élimination totale de l’animal, que de celui des défenseurs du loup, ces meurtres ne résolvent pas le problème. Dès lors, ce ne sont pas à des tirs de régulation auxquels nous avons assisté, mais à des tirs de représailles.

Pourtant, notre Président s’était prononcé, pour soigner son image internationale sans doute, en faveur de la mise en place d’une Charte de l’Environnement. Nouvelle dérobade ? A-t-on retiré tous les miroirs de l’Elysée ? Peut-être le temps est-il venu pour lui de rappeler les ministres de son gouvernement à l’ordre. A commencer par Hervé Gaymard, Ministre de l’Agriculture à qui l’on doit cette déclaration, d’une rare intelligence, rapportée dans le Dauphiné Libéré du 07/12/03 : « à titre personnel, ma position sur le loup, c’est de tous les tuer ». Et puis, pour continuer, il pourra s’occuper de Serge Lepeltier, l’amnésique Ministre de l’Environnement. Son « Plan d’Action 2004 - 2008 » (discours du 19/07/04) ne prévoyait des tirs que dans la partie sud de l’arc alpin. Plus encore, ceux-ci ne devaient intervenir que si des attaques se produisaient de façon récurrente ET lorsque toutes les mesures de protection des troupeaux avaient été prises. Etrangement, les deux loups tués l’ont été dans le NORD des Alpes, dans des régions où aucune attaque n’avait eu lieu depuis plusieurs semaines (pour une raison très simple : les bêtes étaient rentrées des estives). Enfin, contrairement à ce que l’on a pu lire, aucun effort particulier n’avait été consenti par les éleveurs de Bouvante (première victime) et du Massif du Taillefer (seconde victime) pour protéger leurs moutons du loup.

Toute cette histoire n’est qu’un jeu de dupes qui, autour d’un sujet encore aujourd’hui fantasmatique, illustre parfaitement toute l’hypocrisie et la bassesse dont l’homme est capable lorsqu’il s’agit de défendre ses mesquins intérêts particuliers. Alors, pour continuer dans le sensationnalisme bas de gamme instauré par les pourfendeurs du loup, je vais, moi aussi, entrer dans la danse et lancer mon « J’accuse ! ».

J’accuse les partis politiques de tous bords de manquer de recul et surtout de courage face aux lobbies agricoles. Pour continuer à goûter leur soupe infâme, ils sont prêts à vendre leurs âmes ou renoncer à la moindre raison. Aujourd’hui, la droite se déjuge et baisse son froc en remettant au goût du jour, dans une nouvelle proposition d’amendement, ce qu’hier, Lionel Jospin et son gouvernement, déjà, proposaient. L’instauration de « zones d’exclusion » dans les Alpes, où le loup n’aurait pas droit de cité. Malgré toute la fulgurance de cette idée, aucun politicien n’a pu expliquer comment on allait faire comprendre à un animal sauvage qu’il n’a pas le droit de fréquenter certaines vallées, certains thalwegs, certains bois. Pas même la très en verve Henriette Martinez, députée UMP des Hautes-Alpes, qui ne pense qu’à fustiger les écolos « parisiens ». Dites-moi, madame la démagogue, dans quelques années, lorsque le loup ne sera plus, à qui vous en prendrez-vous pour expliquer à vos éleveurs administrés qu’ils sont voués à disparaître eux aussi ? Mais ce n’est pas tout, à gauche, après le PS et ses plans fumeux, j’accuse aussi les Verts, nos écologistes « officiels », de trahison. Depuis le 26 juillet dernier et un tiède communiqué de presse, on ne les entend plus sur le sujet. Auraient-ils, eux aussi, besoin de caresser le monde paysan dans le sens du poil ? Il est vrai que, pour préparer les prochaines échéances électorales, la diabolisation sans discernement des OGM et les mariages homosexuels sont plus médiatiques que le loup qui ne vote pas, lui.

J’accuse la grande majorité des éleveurs d’ovins des Alpes d’avoir une mémoire sélective. Celle-ci les a d’abord conduit à oublier le fait suivant : alors qu’il est revenu naturellement dans nos montagnes, le loup n’en avait pas disparu sans l’« aide » de l’homme. Par ailleurs, cette défaillance mémorielle les empêche aussi de se souvenir des chiffres réels des différentes calamités qui frappent leurs troupeaux. Ainsi, si le loup est au centre de tous les débats, ses attaques, à en croire les statistiques « officielles » d’indemnisations en 2003, ont tué un peu moins de 3000 ovins, en recul par rapport aux années précédentes. Par comparaison, les maladies, les chiens errants (dont les dégâts ne sont indemnisés que si une assurance a été souscrite par l’éleveur) et les dérochements accidentels (fréquents quand les troupeaux ne sont pas regroupés et surveillés) tuent chaque année plus de 400 000 moutons. Mais personne ne semble s’en émouvoir. Cette faillible mémoire conduit à beaucoup de mauvaise volonté. S’il faut saluer les efforts de quelques bergers qui, avec l’aide financière de l’état et de l’Europe (et beaucoup de diplomatie et d’énergie de la part des associations écologistes : FERUS, FNE et WWF), se sont organisés pour mieux garder leurs troupeaux, la plupart des éleveurs refusent d’évoluer vers des méthodes de travail qui ont fait leurs preuves chez nos deux voisins méditerranéens, où les loups, beaucoup plus nombreux que chez nous (il y en a 100 fois plus en Espagne, par exemple), côtoient depuis toujours les moutons sans difficultés majeures. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : quand un troupeau est protégé, même en zone de grande prédation, les pertes dues aux attaques chutent de 80%.

Mauvaise mémoire, mauvaise volonté et surtout, tellement de mauvaise foi. Par exemple quand on évite de préciser que, dans les attaques indemnisées, on inclut certains dégâts causés par les chiens errants, pour calmer les ardeurs revanchardes. Ou lorsque l’on manifeste en accusant le loup - et ses 2 ou 3 millions d’euros de programme de soutien - de coûter trop cher au contribuable. Alors que les éleveurs français, dont les revenus proviennent pour moitié de subventions publiques, agonisent lentement mais sûrement sous une perfusion financière de l’Europe qui se chiffre en centaines de millions d’euros chaque année. La déliquescence de la filière ovine a commencé bien avant le retour du loup. Ce dernier n’est que le révélateur d’une détresse liée aux phénomènes de concurrence et de mondialisation. Et les déclarations populistes des représentants syndicaux du monde paysan n’y changeront rien. La FNSEA qui a, depuis des années, négligé l’élevage ovin au profit des grands céréaliers, tente à présent de faire oublier ses manquements passés en insistant sur le caractère « écologique » du pastoralisme montagnard. Alors que le loup est, lui, accusé de faire fuir les bergers et donc de désertifier les alpages. Or l’élevage ovin extensif destiné à la production de viande, tel qu’il est pratiqué dans les Alpes françaises, n’empêche pas la fermeture des paysages. Il est de surcroît problématique pour certains types de prairies. Enfin, il dérange les ongulés sauvages bien plus sûrement que n’importe quel grand prédateur (voir cet article de Farid Benhamou, géographe). Mais le syndicat majoritaire n’est pas le seul à manquer de « cohérence » dans ses propos. Ainsi la Confédération Paysanne, celle-la même qui prétend agir « en entretenant et préservant, pour les générations futures, les ressources naturelles et les paysages, la biodiversité, les terroirs et les savoirs-faire paysans », s’offusquait cet été du discours « opaque et démagogique » du Ministre de l’Environnement. Elle l’accusait d’être sous-tendu de « mythologie écologiste du loup » (communiqué de presse du 20/07/04). Dans le même texte, il était également précisé que le loup « ne présente en réalité aucun enjeu écologique ». Qui êtes-vous donc, messieurs les confédérateurs, pour juger, de façon aussi partisane, de la validité de tel ou tel « enjeu écologique » ? A ce propos, les 4 millions de moutons qui seront cette année encore, conduits à l’abattoir, serrés dans des camions aveugles, pour y être exécutés dans des conditions de stress intense, parfois sans le moindre contrôle sanitaire, constituent-ils, eux aussi, un « enjeu écologique » ? Surtout, il ne faudrait pas que le loup les approche, il pourrait leur faire peur !

J’accuse enfin les médias, et en particulier la télévision, de négliger de faire correctement leur travail en se contentant d’un traitement sensationnaliste du problème du loup. Rares sont les occasions où j’ai pu obtenir, de façon précise, des informations réelles et fouillées sur le sujet. Plus souvent, je ne vois que des images choc et indécentes de cadavres de moutons ou, plus récemment, de loups. A quoi servent ces exhibitions malsaines ? Font-elles avancer le débat ? Le fait d’associer systématiquement des images de bergers en détresse, blâmant encore et toujours le loup, et de dérochements massifs, dont les causes peuvent être multiples, sert-il l’ « information » ? Ou aide-t-il juste à créer des liens virtuels entre un prédateur maudit et des moutons qu’il est accusé, trop souvent un peu vite, d’avoir tués ? C’est pourtant ce que TF1 et France 2 ont fait, à partir de la mi-juillet, quand la saga de l’été à la mode, celle du loup, volait la vedette aux « Zodiaque » et autres « Miroir de l’eau ».

Officiellement, une trentaine de loups ont été observés en France. Le Ministère de l’Environnement, toujours optimiste, estime que la population totale de notre pays se situe aux environs de soixante prédateurs. C’est à partir de cette donnée, non vérifiée, que nos chers technocrates ont jugé que l’on pouvait prélever quatre individus sans mettre en danger cette espèce. Or, selon l’IUCN, une ONG Suisse qui œuvre pour la conservation de la nature, le seuil de viabilité du canis lupus commence à 120 individus sur un territoire de 2000 km². Nous sommes encore très loin du compte. Pourtant, nous en avons déjà tué deux. Et si nous les éliminons tous, nous n’aurons pas pour autant résolu les problèmes de l’élevage. Plusieurs centaines de milliers de moutons mourront toujours chaque année et personne n’en remboursera plus un seul. L’Europe finira quoi qu’il advienne par verrouiller ses subventions et beaucoup de bergers disparaîtront, comme cet animal qu’ils détestent tant.

En 2000, une nuit, dans le Parc du Mercantour, j’ai entendu l’appel du loup. C’était magnifique. Rien avant ou depuis n’a égalé ce bref moment de communion avec la nature. Et personne ne pourra me convaincre de renoncer à hurler à mon tour pour défendre cette petite étincelle de monde sauvage qui survit péniblement dans notre pays. L’homo sapiens sapiens est un animal conscient. Il est en mesure de se projeter dans l’avenir et de modeler son destin. Mais il est aussi capable du pire pour ses propres congénères et son environnement. Le canis lupus quant à lui, est inconscient des enjeux du monde qui l’entoure. Il ne chasse cependant que pour survivre et respecte les siens. Alors entre le loup, que l’on réduit trop fréquemment à sa condition de « prédateur », et l’homme, qui se pose toujours en victime, sans hésiter, je choisis le loup.

Infos pratiques

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Thu 3 Mar 2005 0:00

Je signerai au Salon du Livre de Paris, le 19 mars 2005 à partir de 15h00 et ce jusqu’à 17h00, sur le stand du Fleuve Noir. Je serai également présent au Salon du livre policier de Neuilly-Plaisance, le 9 avril 2005 toute la journée, et au festival Quais du Polar, organisé par l’association éponyme, en partenariat avec la ville de Lyon, du 14 au 17 avril 2005. Là-bas, je dois notamment prendre part à trois conférences dont les détails sont indiqués ci-après:
- Le vendredi 15, à 15h00 : POLAR ET SF avec Stéphanie Benson, Ayerdhal et Doug Headline.
- Le dimanche 17, à 11h00 : DROIT DE VOTE ET BUSINESS CLASS, LE THRILLER POLITIQUE, avec Jean-Hugues Oppel.
- Le dimanche 17, à 14h30: “TA VILLE DANS UN POLAR”: LA VILLE EST-ELLE LE PLUS BEAU PERSONNAGE DU ROMAN NOIR ?, avec Gilles Bornais, Ian Rankin, Pascal Dessaint, John Harvey (grand moment!), Marc Villard et Jean-Noël Blanc.

Where is my mind

Blogged by DOA as Lynx — DOA Mon 7 Mar 2005 11:37

With your feet in the air and your head on the ground
Try this trick and spin it, yeah
Your head will collapse
But there’s nothing in it
And you’ll ask yourself

Where is my mind [6x]

Way out in the water
See it swimmin’

I was swimmin’ in the Carribean
Animals were hiding behind the rock
Except for one little fish
But they told me, he swears
Tryin’ to talk to me to me to me

Where is my mind [5x]

Way out in the water
See it swimmin’ ?

With your feet in the air and your head on the ground
Try this trick and spin it, yeah
Your head will collapse
If there’s nothing in it
And you’ll ask yourself

Where is my mind [4x]

Way out in the water
See it swimmin’ ?

Frank Black - Frank Black Francis (version demo, de loin la plus belle de toutes).

Nouvelles neuves du monde…

Blogged by DOA as MiAPED — DOA Thu 10 Mar 2005 10:30

… Du mien, quoi qu’il en soit. Ce mois-ci, ma tronche dans l’Echo des Savanes, ce magazine que l’on achète quand on voyage. Une citation qui pourrait bien aller avec leur article serait la valeur n’attend pas le nombre des années. Un peu prétentieuse, peut-être, mais je crois que je vais la conserver. Je vous laisse retrouver son auteur. Pour le reste, trois petits tours et puis s’en vont : Amaury Voslion disparaît du radar ainsi que le projet en collaboration avec Olivier Megaton. Dans ce dernier cas, il s’agit principalement d’un pétage de plombs du producteur qui, au passage, n’a pas payé le travail qu’il avait commandé et que nous lui avons livré. Non que cela représente une somme phénoménale, c’est juste une question de principe. Bienvenue dans la jungle du cinéma français. Quelqu’un m’a dit un jour qu’il fallait travailler sur dix projets à la fois pour y arriver. Je commence à comprendre. Je saisis surtout d’où vient l’impression de médiocrité crasse ou ce sentiment que les choses auraient pu être mieux qui entachent l’essentiel des productions audiovisuelles nationales, celles que l’on peut voir au cinéma comme celles que l’on subit chez soi, confortablement assis dans son canapé (ce qui rattrape un peu la chose… A peine). Un chouïa supplémentaire de concentration sur un ou deux sujets ne nuirait sans doute pas à la qualité de l’ensemble. Sinon, Capa est toujours dans la course. Un peu de retard à l’allumage, même si ce n’est plus un mais deux projets qui se profilent à l’horizon. Des projets bien cadrés, comme je les aime. Ah, et puis j’ai commencé à rédiger le traitement des aventures de Lynx, depuis deux jours. Là, il est au Kosovo et il joue aux cowboys et aux indiens avec son Vintorez.

PS: je suis habité, ces derniers temps, par le sentiment d’avoir perdu quelque chose. Personne d’autre que moi ne semble être en mesure, cependant, de m’aider à retrouver ce dont il s’agit.

All your pics are belong to us

Blogged by DOA as Ligne de Sang — DOA Fri 18 Mar 2005 11:18

Photo amusante en page 26 du Figaro du jour. C’était quoi, le slogan, déjà? Ah oui, No Raffaran! J’y travaille, j’y travaille… Et puis, vous pouvez toujours venir me voir demain, au Salon du livre, sur le stand Fleuve Noir / Univers Poche, de 15h00 à 17h00.

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