Epître à Jean. C’est de circonstance…

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Tue 5 Apr 2005 18:55

Je replace dans une nouvelle note la suite - et la fin, en ce qui me concerne - de ma conversation avec Jean. Principalement pour des questions de lisibilité, dans la mesure où ma réponse est assez longue et que la fenêtre des commentaires se prête mal à une telle lecture. Désolé, Jean, mais j’aurais un certain avantage sur vous sur ce point.

Mes croyances et mon idéologie constituent, avec la mise en avant de votre expérience personnelle de terrain - sur laquelle j’ai exprimé quelques doutes dans mon dernier commentaire, sur la note précédente - les principaux arguments qui vous servent, Jean, depuis le début de vos interventions, à démonter mes prises de position. Vous avez attaqué très fort par des sous-entendus opposant l’artiste déconnecté que je suis au travailleur que vous êtes. Puis, vous maintenez, parce qu’elle vous arrange en vous conférant la position de victime désignée, l’opposition ville-campagne. Enfin, je ne vais citer, pour achever de vous convaincre, que cette phrase, tirée de votre dernier commentaire : Quant au romantisme écologique, vous pouvez vous en défendre, mais cependant je maintiens cette appréciation. Si vous trouvez les termes méprisants, disons idéologie écologiste. C’est donc sur ce plan que je vais d’abord me défendre, en vous exposant ce qui, pour moi, relève de ma croyance, de mon idéologie d’urbain déconnecté.

Je crois, d’une part, que vous n’avez pas bien lu ma note originale qui, si elle constitue une défense de principe du retour du loup, n’appelle pas à la disparition du pastoralisme, comme vous semblez le sous-entendre dans toutes vos interventions en vous mettant en position d’espèce menacée par le loup et les écolos. Elle attaque avant tout l’hypocrisie de ce gouvernement - comme celle de ceux qui l’ont précédé - qui dit tout et son contraire, celle des syndicats, qui n’hésitent pas à mentir et à se dédire pour conserver leur base d’influence, et celle des éleveurs eux-mêmes, qui sont capables de monter en épingle le problème du loup… Alors qu’il n’est que peu de chose par rapport à l’ensemble des problèmes auxquels vous êtes confrontés et qui vont, si vous continuez à vous focaliser sur ce seul bouc émissaire trop pratique - parce que n’ayant pas voix au chapitre - vous condamner bien plus sûrement que la perte de 3000 bêtes par an (chiffre sur lequel nous reviendrons plus bas). Relisez-la donc bien, notamment ce passage, motivation initiale de ladite note : Et puis, pour continuer, il pourra s’occuper de Serge Lepeltier, l’amnésique Ministre de l’Environnement. Son « Plan d’Action 2004 – 2008 » (discours du 19/07/04) ne prévoyait des tirs que dans la partie sud de l’arc alpin. Plus encore, ceux-ci ne devaient intervenir que si des attaques se produisaient de façon récurrente ET lorsque toutes les mesures de protection des troupeaux avaient été prises. Etrangement, les deux loups tués l’ont été dans le NORD des Alpes, dans des régions où aucune attaque n’avait eu lieu depuis plusieurs semaines (pour une raison très simple : les bêtes étaient rentrées des estives). Enfin, contrairement à ce que l’on a pu lire, aucun effort particulier n’avait été consenti par les éleveurs de Bouvante (première victime) et du Massif du Taillefer (seconde victime) pour protéger leurs moutons du loup.

Je crois, d’autre part, que la cohabitation est possible : elle fonctionne en Italie, en Espagne - où la vocation de l’élevage se rapproche de celle de l’élevage extensif pratiqué en France, malgré une population plus importante de loups (100 fois plus que chez nous) - et à présent dans les premières régions colonisées du Sud des Alpes. Et plus encore, cette cohabitation, je crois qu’elle est souhaitable : alors que les Parcs Nationaux représentent à peine 0,6% du territoire français, ce qui est ridicule, il ne semble pas évident à tout le monde, et en particulier aux éleveurs, que ceux-ci ont d’abord pour vocation de préserver la faune et la flore sauvages ! Un objectif que, tout en n’étant pas un extrémiste de l’écologie, je trouve digne d’être défendu. Cette cohabitation réclame évidemment un effort que seuls les éleveurs et les pouvoirs publics peuvent consentir, sauf à considérer que ces deux groupes de personnes ont le même niveau d’inadaptation qu’un animal sauvage. Ce que, personnellement, je refuse d’admettre. Ai-je tort ? Cet effort a été grandement accompagné et financé jusqu’ici, même si toutes les mesures prises ne sont pas satisfaisantes et qu’un taux de protection de 100% n’est pas possible (personne, d’ailleurs, ne l’a prétendu). Ce n’est pas le cas en Italie, par exemple, où, malgré une population lupine là encore plus importante que chez nous (18 fois plus de loups), aucune mort causée par le loup n’est remboursée, pas plus que ne sont facilités l’achat et l’entretien des chiens, des enclos, des filets ou des cabanes de bergers. Ce qui est le cas ici. Cela donne quand même l’impression qu’en France on fait quasiment un drame national d’un problème qui reste, dans l’ensemble, plutôt mineur et ne constitue pas, comme les représentants des éleveurs le crient sur tous les toits, la menace ultime pesant sur la filière ovine.

Cette croyance, cette idéologie de la cohabitation, me distingue, je pense, de la grande majorité de vos collègues, qui militent pour l’éradication totale du prédateur et excluent donc d’office toute évolution de leur activité. Eux-mêmes se fondent pour cela sur plusieurs croyances ou en tous cas mensonges et/ou approximations:

- Le loup présent dans les Alpes a été réintroduit artificiellement en France ce qui, comme vous nous l’avez rappelé dans votre message précédent, justifierait son élimination, puisqu’une espèce non revenue à l’état naturel ne peut être considérée comme protégée. Ces accusations fusent depuis les premières observations consécutives aux retours de 1992. Mais ce ne sont que des accusations sans preuve. Or, en France, nous vivons selon un système juridique où l’accusation doit faire la démonstration de ce qu’elle avance pour avoir gain de cause. Ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. Vous accusez, alors prouvez ! Cela va être difficile, quand tout milite dans le sens du retour naturel, comme vous nous l’avez aussi fait remarquer (notamment, les traces génétiques laissées par les loups observés en France, qui les relient, sans l’ombre d’un doute, aux loups Italiens, qui ont commencé à recoloniser les Alpes sur l’autre versant du Mercantour). Il y a eu des lâchers, certes. Mais en fait, le seul vrai lâcher à vocation de recolonisation concerne un couple de loups, dans les années ‘70, si je ne m’abuse. Et il n’a pas fonctionné. Ce n’était d’ailleurs pas une expérience mise en place par les pouvoirs publics, mais une initiative privée et stupide. Les deux autres cas considérés comme des lâchers de canis lupus - puisque l’on n’en a recensé que trois et pas quarante-deux comme la tournure de votre précédent commentaire pouvait le laisser croire - correspondent, pour le premier, à un animal échappé d’un élevage clandestin de chiens - destiné à donner naissance des animaux croisés plus agressifs - situé de l’autre côté de la frontière, en Italie, et un autre, retrouvé mort dans les Landes et qui serait venu d’Espagne. L’appellation lâchers leur a été attribuée du fait de la subjectivité des rapporteurs dépêchés pour rendre compte des faits. D’autres auraient sûrement conclu autrement. La subjectivité, toujours, comme vous me l’avez suffisamment reproché dans vos commentaires. Je me dois cependant d’être honnête à présent. A l’heure qu’il est, d’autres initiatives privées de lâchers, avec des loups polonais, sont en cours, notamment dans les Vosges. Je sais aussi que des réintroductions illégales sont prévues en Lozère. Personnellement, je trouve ces initiatives stupides et dangereuses, parce qu’elles ne font que brouiller le message et décrédibilisent les efforts des personnes qui oeuvrent dans le sens d’une meilleure cohabitation et d’une préservation de la nature. Elles, participent d’un romantisme écologique… Mais aussi de la frustration de voir nos gouvernants faire fi, sous la pression du lobby agricole, des règles ou directives, européennes comme françaises, et, alors que les conditions justifiant une régulation ne sont pas réunies, organiser l’abattage d’animaux sauvages protégés, sur la base d’estimations de population optimistes (qui ne prennent d’ailleurs pas en compte les pertes subies par ces mêmes populations du fait du braconnage et des empoisonnements orchestrés par vos collègues. Eux aussi sont illégaux et ont d’ailleurs fait l’objet de quelques condamnations).

- Autre fantasme/approximation : l’élevage ovin est bon pour la montagne. Vous avez tenté, dans votre dernier message, de démonter mes références à Farid Benhamou, qui a, dans de nombreuses publications comme celle-ci, fait part des résultats de ses recherches sur ce sujet et cherché à démontrer que cette affirmation est en grande partie fausse. D’une part, le fait est que je trouve l’usage de on-dits, de rumeurs et d’accusations sans preuve - à propos de son envie, supposée, de sur-médiatisation personnelle - particulièrement surprenant de la part de quelqu’un qui se pose en victime de ces mêmes pratiques. D’autre part, Benhamou n’est pas le seul à remettre en cause l’impact soi-disant positif et écologique de l’élevage extensif tel qu’il est pratiqué dans les Alpes. En France, l’ancien directeur du parc du Mercatour, Pierre Pfeffer, l’a lui-même rapporté dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire que vous avez, à deux reprises déjà, mise en avant. Je le cite : Or, voilà que ce parc est envahi chaque année par des populations de moutons excessives. Lorsque je siégeais au comité scientifique, le problème était soulevé chaque année. Quand plus de 100.000 moutons sont lâchés en estive du 1er juin à la fin septembre, les pelouses alpines sont rasées début octobre. Et, finalement les mouflons, les bouquetins, les chamois qui ont un hiver difficile à passer n’ont plus grand-chose à manger, d’où une malnutrition et une mortalité naturelle excessive au détriment même des chasseurs qui, en zones périphériques, chassent les mêmes animaux, sans compter les maladies introduites par les moutons : le piétin, la brucellose, etc. Il n’est pas le seul à apporter de l’eau au moulin de Farid Benhamou. Citons, entre autres, cet article de la publication suisse Magazine Environnement de 1999, intitulé : Le mouton est un loup pour la végétation. Parlant, non ? Je vais me permettre, à ce propos, une petite remarque : Farid Benhamou travaille, me semble-t-il, avec FERUS, l’une des associations bête-noire des éleveurs les plus réactionnaires. De là à voir une raison de le salir pour mieux le décrédibiliser, il n’y a qu’un pas aisément franchissable. Finalement, comme pour toute chose, tout n’est pas blanc ou noir. Le fait est que l’élevage aide effectivement pour partie à la conservation et à l’entretien des paysages de montagne. Encore faut-il que les troupeaux soient clairement dirigés par des hommes et non livrés à eux-mêmes, comme c’est encore trop souvent le cas. Il faudrait aussi que les bergers s’engagent à respecter leur part du contrat et pas juste à recevoir de l’argent sans contrôle des contreparties qu’ils sont censés fournir.

- Le loup menace le pastoralisme. Faux. Le loup pose problème par rapport au type d’élevage extensif pratiqué par la filière ovine française depuis une trentaine d’années et qui ne s’inscrit nullement dans une tradition pastorale. Il s’agit plutôt d’une évolution résultant d’un encouragement systématique et pratique de la PAC, politique financière du moindre effort qui ne nécessitait, jusqu’à la réapparition du loup, que peu d’attention des pouvoirs publics, des syndicats agricoles - plus intéressés par les éleveurs de bovins et les céréaliers - et des éleveurs ovins. Politique dont la logique est très libérale, entre nous. Cette tendance a vu la disparition progressive des autres formes d’élevages ovin - notamment pour le lait - et bovin de montagne, devenus moins rentables (curieux comme la question de la rentabilité n’intéresse les éleveurs que lorsqu’elle va vers leur portefeuille). Dans l’ensemble, on a donc plutôt assisté - sans que le loup ait grand-chose à y voir - à un appauvrissement des activités du pastoralisme sur les trois ou quatre dernières décennies. La pratique pastorale actuelle est donc en fait très récente et se réclamer d’une longue tradition, comme le font de nombreux bergers pour justifier leur maintien en l’état, relève tout simplement de l’escroquerie. Aujourd’hui, il est malheureusement dommage que le pastoralisme se réduise au seul élevage extensif pour la viande, élevage qui s’est développé assez librement, sans contrôle ni prédateur - ou presque. Si vous avez rapidement tenté d’évacué les chiens errants, ils existent et depuis longtemps - donc au détriment de méthodes de travail ancestrales qui tenaient compte de ces derniers (et qui sont, comme par hasard, toujours en vigueur chez nos voisins, qui cohabitent mieux que nous avec le loup, dans des conditions plus adverses). Par ailleurs, rappelons-le encore une fois, l’élevage ovin extensif est surtout menacé par la concurrence de pays comme la Nouvelle-Zélande qui produisent plus à des coûts inférieurs.

- Il faut maintenir l’activité d’élevage telle quelle à n’importe quel prix. Je dirais, pour ma part, que cette affirmation relève, elle, de l’idéologie. L’impact écologique, dans des zones territoriales théoriquement protégées, n’est pas si positif qu’on veut bien nous le faire croire. La situation économique de cette filière n’est pas bonne et se dégrade d’année en année, coûtant de plus en plus cher à la communauté. Le développement de ces pratiques d’élevage a entraîné un appauvrissement global des traditions pastorales. Qu’est-ce qui, finalement, milite pour ce maintien ?

Vous le voyez, on peut trouver de l’idéologie partout.

De la même manière, vous avez contesté mes chiffres et les avez réinterprétés à votre sauce. Alors, reprenons depuis le début et regardons-les d’un peu plus près, ces chiffres, ainsi que les tendances qu’ils suggèrent, notamment celles que je citais dans ma note et que vous avez, jusqu’ici, occultées (surtout dans votre dernière liste de données). Effectivement, si l’on suit vos statistiques, jusqu’en 2001 - année où bizarrement, vous arrêtez votre observation - le nombre d’attaques et de victimes du loup est en augmentation. En 2002, le chiffre se stabilise. Et en 2003, il régresse, comme on pourra aller le vérifier . Apparemment, en 2004, la tendance à la diminution semble se confirmer mais nous devrons, pour cela, attendre les rapports finaux. Je trouve étrange que, dans votre propension démonstratrice, vous n’ayez pas mentionné ces petits détails. Il se trouve que dans le même temps, la population lupine des Alpes a augmenté, d’en moyenne 20% par an pour atteindre, aujourd’hui, une population officiellement estimée à 40 individus (Cf. le Plan Loup Lepeltier 2004 – 2008). Donc que voit-on ? Plus de loups, plus de victimes ovines jusqu’en 2001. Ensuite toujours plus de loups, mais stabilisation puis diminution des victimes. Que s’est-il donc passé ? Serait-ce que la mise en place de mesures de protections efficaces - présence systématique du trio homme-chien-enclos - sur les premiers territoires colonisés aurait enrayé le phénomène ? Oui, en grande partie si l’on en croit les rapports des membres du programme Life-Loup (dont mes fameux 80% sont tirés). En particulier dans le sud des Alpes où, historiquement, les premières meutes se sont installées et où la pression de prédation était la plus forte (vallées de la Tinée et de la Vésubie, encore). Là-bas, on a constaté que lorsque la protection était correctement utilisée, le nombre d’attaques sur les troupeaux considérés baissait de 80 %. Contrairement à ce que vous m’avez reproché, je n’ai jamais écrit que le nombre de moutons victimes avait baissé de 80 %, mais que le nombre d’attaques sur les troupeaux efficacement protégés baissait dans de telles proportions. Par exemple, en Savoie, 72 % des brebis dont la mort est attribuée au loup sont issues de troupeaux non ou mal protégés, 4 % seulement sont issues de troupeaux bien protégés (DDAF 2004).

Repartons maintenant sur les différentes causes de mortalité et les chiffres qui les pondèrent. Vous avancez le chiffre global de 23 000 morts dans les Alpes. Dont 3000 (un peu moins en fait) causées par le loup, soit 13% du total selon vous. Curieusement, vous occultez complètement les morts provoquées par les chiens errants. Or, certaines publications (Science et Vie, Monde Sauvage, etc.), relayant la parole d’observateurs de terrain, de responsables de parcs naturels, régionaux et nationaux, de zoologistes, les mentionnent avec récurrence, allant même jusqu’à avancer le chiffre de 500 000 moutons victimes des chiens chaque année, sur l’ensemble du territoire français. L’antenne grenobloise de l’INRA, si je me souviens bien - j’ai perdu les références de cette étude, pardon - avait, dans les années ‘70, mené une étude départementale, dont l’extrapolation à l’ensemble du territoire national conduisait au chiffre annuel d’au moins 200 000 ovins morts du seul fait des chiens. Jusqu’ici, nous avons considéré que le cheptel de l’arc alpin représentait 10% du cheptel national. Cela représenterait donc une perte de 20 000 moutons par an pour cette seule zone. Non indemnisée. Il est évident qu’il vaut mieux crier au loup. Au moins, dans son cas, les bêtes sont remboursées. Par ailleurs, il est étonnant que ce phénomène, qui a été bien documenté en Italie ne fasse pas l’objet d’une étude sérieuse en France. Les chercheurs italiens ont ainsi constaté que sur les territoires de montagne, la densité de chiens errants était 25 fois supérieure à celle des loups, pourtant plus nombreux que chez nous. Si j’en crois ce que j’ai lu ici et là, cela les a d’ailleurs conduit à privilégier le remboursement des attaques de chiens plutôt que celles des loups. Chez nous, ce doit être comme pour le nuage de Tchernobyl, tout s’est arrêté à la frontière. Personne ne déclare rien et on fait comme si cela n’existait pas. Cette prise en compte permettrait de revoir à la baisse vos 13 %. Mais elle ne serait pas la seule. Dans l’une de vos premières interventions, vous mentionniez 700 000 morts néonatales pour l’ensemble du cheptel national. Ce qui nous donne, en gros, 70 000 morts de ce type pour le seul arc alpin. Que sont devenues ces pertes parmi les 23 000 victimes auxquelles vous vous accrochez ? Si on les ajoute au total - hors chiens - cela nous donne 93 000 morts dans les seules Alpes. Le poids de la mortalité due au loup baisse à 3,2%. Voire 2,6%, si l’on intègre les estimations - basses - des pertes liées aux chiens.

On pourrait même aller encore plus loin en regardant la réalité des attaques qui ont fait l’objet de rapports dans le but d’obtenir une indemnisation. Selon l’ONCFS, dans 20% des cas, le loup est clairement coupable. Pour les 20% suivants, sa responsabilité est exclue sans l’ombre d’un doute. Dans les 60% restants, on ne peut pas se prononcer. Mais le doute bénéficiant systématiquement à l’éleveur, on attribue l’attaque au loup. Cela signifie que si l’on voulait être vraiment de mauvaise foi, on pourrait se poser des questions sur la validité de 75 % des remboursements et donc des victimes supposées du loup. Ainsi, dans un but d’accablement des éleveurs, on pourrait refuser de les indemniser dans les circonstances en question. De même, les statistiques officielles tomberaient de 3000 bêtes tuées en 2003 à tout juste 750. Ce qui ne représenterait plus que 3,2% de vos 23 000 pertes annuelles. Et encore moins si l’on prend tous les chiffres mentionnés ci-dessus en compte. Donc vous avez raison, on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres. Revenons donc deux secondes à la raison et considérons les seules statistiques clairement arrêtées : 3000 moutons sont morts en 2003 du fait du loup sur un cheptel de 1 000 000 de têtes dans les Alpes, ce qui nous donne 0,3% du total, en recul par rapport aux années précédentes.

Je pourrais encore continuer longtemps sur les chiffres mais je vais m’arrêter là et revenir, pour terminer, sur deux remarques de votre part concernant les Convention et Directive Européennes, d’une part, et le Ministère de l’Environnement pro-écolo, d’autre part. Les textes sont clairs et précisent que la régulation d’une espèce protégée ne peut se faire, dans un premier temps, que lorsque sa population est viable et stabilisée - ce qui n’est pas encore le cas en France - et, de surcroit, si celle-ci représente une menace grave pour les activités économiques et/ou les populations humaines. Ce qui n’est pas plus vrai. Effectivement, la France, l’Italie et l’Espagne ont demandé à pouvoir réguler les populations à la différence des autres signataires. Ce n’est guère surprenant, compte tenu de leurs situations respectives vis-à-vis de l’élevage ovin - nous sommes trois pays gros producteurs - ni même scandaleux… Sauf si les conditions de régulation ne sont pas réunies. Ce qui n’est, une fois de plus, pas le cas en France. Les arrêtés ministériels de l’an dernier ont d’ailleurs d’abord été annulés par les tribunaux administratifs avant d’être passés en force par le Ministère de l’Environnement, clairement cornaqué, en la matière, par le Ministère de l’Agriculture… Qui pousse encore à la roue aujourd’hui pour étendre le territoire de tir et convaincre le Conseil Constitutionnel - au mépris de tous les textes supranationaux et de la réalité du terrain - à donner raison à Serge Lepeltier dans ses délires régulateurs. En fait, dans cette histoire, le seul Ministère dont les intérêts sont écoutés est celui de l’Agriculture, et ses envies dirigent les actions de celui de l’Environnement. Ce n’est guère étonnant si l’on considère que, malgré ses beaux discours sur la nature, Jacques Chirac est avant tout un défenseur du monde paysan. Un monde dont les lobbies savent, depuis longtemps, faire valoir leurs intérêts ou faire oublier leurs dérives. Je peux vous garantir - pour faire, comme vous, des comparaisons fallacieuses - que si des écrivains allaient déposer et brûler des livres devant des sous-préfectures, puis casser tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin, ils ne s’en tireraient pas aussi facilement que les agriculteurs qui mènent régulièrement ce genre d’actions. Donc, prétendre que les écologistes sont favorisés par l’appareil d’état relève pour moi de l’hypocrisie la plus parfaite.

Pour conclure, je vais citer une phrase de votre meilleur ennemi, Farid Benhamou, qui milite pour un vrai retour à la raison : La stigmatisation du loup procède d’une réaction anti-environnementale, bien décryptée par Rowell (1996) et Mermet (2001), qui habille d’une rhétorique écologiste des intérêts qui font peu de cas de la préservation de l’environnement. Assimiler, à l’aide de raccourcis, la protection des grands prédateurs à une politique ayant des conséquences dramatiques sur les équilibres ” naturels ” créés par les hommes, permet de se donner une bonne conscience ” écologiquement correcte “. Cela évacue un certain nombre de questions comme l’avenir du pastoralisme ovin en grandes difficultés, la précarité de la main d’œuvre de l’élevage, la Politique agricole commune, la concurrence étrangère et l’usage des territoires de montagne marginalisés. Il serait alors nécessaire d’évaluer et d’aborder cette question à sa juste valeur, c’est-à-dire en ne surestimant ni sa menace comme le font les représentants agricoles dominants, ni son aspect crucial comme le font beaucoup d’écologistes. En terme de recherche et de débat, il paraît souhaitable de se garder de simplifications opposant des éleveurs anti-loup qui veulent une montagne vivante à des urbains idéalistes qui veulent une nature sauvage sans homme. L’étude des milieux agricoles et écologistes montre que cela est plus complexe et moins tranché (Benhammou, 2001). Faire des grands prédateurs la première menace du pastoralisme de montagne et des objets ” nuisibles ” anti-écologiques peut très bien déboucher sur des décisions politiques du plus haut niveau décidant de remettre sérieusement en cause le statut de ces espèces en situation biologique précaires en France. Le loup peut disparaître, les problèmes du pastoralisme n’en disparaîtront pas pour autant. Pire, ils pourraient retourner dans l’ombre. Il est important de replacer la question du pastoralisme et des grands prédateurs dans le cadre des évolutions politiques et économiques locales, nationales et internationales.

PS : Envoyez-moi votre vrai prénom par mail, que je sache qui chercher si je vous prends au mot et viens vous retrouver sur votre montagne d’estive pour poursuivre cette discussion de manière plus vivante et face à face.

Il a rit

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Thu 7 Apr 2005 23:00

Ecran blanc, jour noir. Quand je suis las de jouer avec moi, moi-même et je, ce sont les autres que je regarde, les autres et leurs cauchemars. Pas de pluie aujourd’hui, sauf après ce million de dollars, baby. Dix minutes de silence et une longue absence. Waking up with the sun high on Richard Lenoir, so white, so pale. So weak. Today was just another one of these days… Rien de drôle, vraiment.

Neuilly-Plaisance

Blogged by DOA as Markus Freys, Ligne de Sang — DOA Fri 8 Apr 2005 13:06

Petite piqûre de rappel: demain, 9 Avril, toute la journée, on pourra me trouver au 3ème Salon du livre policier de Neuilly-Plaisance, en région parisienne, en compagnie d’auteurs comme Jean-Hugues Oppel, Lalie Walker, Jean-Bernard Pouy, Jérôme Bucy, etc.

Quand, dans un festival…

Blogged by DOA as Markus Freys, Ligne de Sang — DOA Sun 10 Apr 2005 10:16

@ home in Lyon

Blogged by DOA as Markus Freys, Ligne de Sang — DOA Wed 13 Apr 2005 11:00

Je pars demain soir pour le festival Quais du Polar de Lyon. Ci-dessous, ceux que cela intéresse pourront trouver mon programme complet.

CONFERENCES
- Le vendredi 15, à 15h00 : POLAR ET SF avec Stéphanie Benson, Ayerdhal et Jérôme Leroy. Académie de Billard.
- Le dimanche 17, à 11h00 : DROIT DE VOTE ET BUSINESS CLASS, LE THRILLER POLITIQUE, avec Jean-Hugues Oppel. Académie de billard.
- Le dimanche 17, à 14h30: “TA VILLE DANS UN POLAR”: LA VILLE EST-ELLE LE PLUS BEAU PERSONNAGE DU ROMAN NOIR ?, avec Anne Barrière, Gilles Bornais, Ian Rankin, Pascal Dessaint et, last but not least, John Harvey himself! Salle Molière, Palais de Bondy.

SIGNATURES
Toutes mes séances de dédicace auront lieu dans l’espace réservé à la Librairie des Nouveautés, dans la galérie des Terreaux.
- Vendredi 15, de 16h30 à 18h00.
- Samedi 16, de 11h00 à 13h00 et de 15h00 à 17h00
- Dimanche 17, de 12h30 à 13h30 et de 16h30 à 18h30

Le 17, je serai enfin présent à 16h00, à l’Académie de billard de Lyon, pour la remise du Prix Agostino du meilleur polar urbain, puisque mon premier roman, Les fous d’Avril, a été présélectionné pour celui-ci avec cinq autres livres:
- Le corps noir, de Dominique Manotti - Excellent.
- La tribu des morts, de Laurent Martin - Pas lu.
- J’aime pas les types qui couchent avec maman, de Thierry Crifo - Pas lu.
- Ali casse les prix, de Gilles Bornais - Pas lu.
- Transparences, d’Ayerdhal - Très bon, lui aussi.

La vraie Science-fiction…

Blogged by DOA as Markus Freys, Ligne de Sang — DOA Mon 18 Apr 2005 15:31

… Avec un grand S, ne consiste pas à triturer la réalité pour la projeter dans un futur plus ou moins probable. Ou plausible. Non, une telle science-fiction risque de passer souvent à côté de la vérité de l’Histoire, celle avec un grand H. La vraie Science-fiction, avec un grand S donc, c’est plutôt celle qui accepte de se laisser surprendre par les évènements, comme lorsqu’un roman étiqueté Anticipation reçoit le premier prix d’une nouvelle rencontre littéraire à vocation internationale - Coben, Harvey, Carlotto, Gimenez-Bartlett et Rankin étaient présents, après tout - dédiée au polar. Les fous d’Avril a gagné le prix Agostino du festival Quais du Polar, une éventualité sur laquelle je n’aurais pas moi-même parié, même par solidarité avec l’auteur. En plus, ce sont des lecteurs qui l’ont choisi, ce qui est finalement l’aspect le plus satisfaisant de ce résultat.

Le livre qui enseigne la liberté et la passion

Blogged by DOA as Lynx — DOA Thu 21 Apr 2005 3:44

Dans le métro, Lynx observe le groupe de jeunes étudiantes américaines assises autour de lui qui rentrent à leur hôtel. Elles ne font pas attention à lui. A cause de ses cheveux gras, de son treillis beige un peu dégueulasse et de son blouson en jeans légèrement odorant. Pas tout à fait clodo mais pas loin. Juste de quoi dissuader la curiosité. Le mec à qui l’on n’a pas envie de parler. Celui qu’on n’a pas envie de remarquer. L’animal des bas-fonds urbains. Il est tard, la ligne une est bien éclairée, mais elles ne peuvent s’empêcher de jeter des coups d’œil inquiets de droite et de gauche. Et de parler fort, à grands coups de Oh my God ! et autres onomatopées yankees. Avec aussi peu de discrétion qu’elles en sont capables. Elles parlent DU jour. Elles ont peur, depuis ce fameux matin new yorkais où leur monde est entré en collision avec celui de Lynx. Elles ont peur, ce nouveau territoire est obscur et dangereux. Mortel même. On y détruit ce qui ne peut être détruit, en utilisant des armes qui n’en sont pas. A leur décharge, personne ne semble rassuré dans la rame de métro. Tout le monde soupçonne tout le monde et en particulier le maghrébin, l’arabe, qui n’est plus le gentil beur mais un poseur de bombe en puissance. D’habitude, l’arabe, on essaie de ne pas le voir, mais là, le wagon entier le surveille de près. Paris a déjà connu ce phénomène. Plusieurs fois. Jusqu’à vingt-sept fois. Alors, depuis quelques semaines, tous les passagers de tous les métros ont la trouille. Lynx s’en fout. Depuis longtemps. Quand il doute, il se remémore une lecture de Mishima, plus jeune, Le Japon moderne et l’éthique samouraï, qui tente une analyse du Hagakuré. En particulier cette phrase : je découvris que la voie du samouraï, c’est la mort. Il ne l’a comprise que plus vieux, évidemment. Trois ans après avoir écrit cet essai, Mishima se suicida. Rituellement. Symboliquement. Comme lui, Lynx ne craint pas la mort. Non, pour être tout à fait exact, il ne la craint plus. Il l’attend, juste. Il guette son moment. Finalement, en regardant ses voisines d’outre-Atlantique, Lynx s’aperçoit qu’il n’a peur que d’une chose, ce monde rassurant dans lequel elles croient vivre, un monde sans mort. Et dans leur monde sans mort, lui n’existe pas.

Homo urbanis animal triste

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sat 30 Apr 2005 0:28

Vendredi soir, rue de la Roquette. Presque minuit. L’homme occupe un bout de trottoir, allongé sur le côté. Son ventre gras dépasse de sa chemise à fleurs. Il baigne dans la flaque de vomi étalée devant son visage anesthésié par l’alcool. Quels rêves agitent son sommeil éthylique? On s’en fout. Certains se moquent, d’autres ne voient même pas. Ou ne veulent pas voir. Retenir sa respiration en passant devant lui. La musique dans mes oreilles m’emporte vite, plus loin.

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