Citation du 1er Mai
Dans tes romans, c’est moins basé directement sur des émotions directes… L’intéressée se reconnaîtra.
Dans tes romans, c’est moins basé directement sur des émotions directes… L’intéressée se reconnaîtra.
L’une des difficultés majeures de l’écriture fictionnelle est de parvenir à s’éloigner de soi pour construire une personnalité autre. Un exemple qui vient immédiatement à l’esprit : créer et faire vivre une femme de façon crédible quand on est un homme. Dans le roman sur lequel je travaille en ce moment, codename Lynx, j’ai décidé de me compliquer encore plus l’existence : deux de mes trois personnages principaux sont issus de différentes cultures du Maghreb. Tous les deux français de confession musulmane, l’une est fille d’immigrés marocains, l’autre d’immigrés algériens, harkis de surcroît. Il est évident que plusieurs facteurs conditionnent la réussite de ces personnages. D’une part, bien définir leurs rôles respectifs à l’intérieur même de mon intrigue. A ce stade, ils sont principalement les rouages d’une mécanique plus vaste, des fonctions dans l’histoire. Néanmoins, cette construction peut-être amenée à évoluer en fonction de l’étape numéro deux : la documentation. Celle-ci prend différentes formes. Livresque, par exemple sur la problématique des harkis, dont j’ai essayé d’aborder le parcours tant du côté des vainqueurs que de celui des vaincus. Mais aussi, s’inspirant du travail journalistique, par la recherche des témoignages d’individus dont les profils se rapprochent le plus possible de ceux de mes personnages. Je n’hésite d’ailleurs pas à voler des anecdotes ou des tranches d’histoires personnelles pour mieux donner corps à mes héros. C’est ainsi qu’aujourd’hui, j’ai déjeuné avec S. une amie de culture franco-marocaine. J’utilise une telle expression parce que si cette jeune femme est une française parfaitement à l’aise dans ses baskets ici, dans son pays, elle évolue dans un environnement où la culture marocaine et, de façon plus générale, l’héritage cultuel musulman, sont encore très présents. Et importants. Elle n’est pas la première avec qui je m’entretiens pour essayer de saisir comment elle se perçoit dans son cercle familial, personnel et dans celui, plus vaste, de la société française contemporaine. Encore une ou deux entrevues de cet ordre et j’aurais enfin une assez bonne idée de la psychologie du personnage d’Amel, l’héroïne de mon prochain roman. Malgré tout, il me faudra combler de nombreux blancs et l’exercice restera délicat, sur le fil. Bien que je fasse une différence très nette entre ce que je pense et ce qu’expriment mes personnages, le sujet est suffisamment délicat pour m’attirer de violentes critiques. Je sais qu’il y en aura quoi que je fasse mais autant éviter de trop prêter le flanc aux attaques… Même si j’écris de la fiction et que l’exercice est théoriquement libre.

P.S.: La liberté théorique de l’exercice de création de fiction m’amène à une petite digression. J’ai lu aujourd’hui sur un forum de discussion, à propos de la saga Star Wars, qui va bientôt faire son dernier grand retour sur nos écrans, la question suivante: Pour ou contre Star Wars… Star Wars a-t-il selon (vous) fait du bien ou du mal (comme le pense Moorcock) à la sf ? Celui qui pose la question en ces termes est évidemment contre. Moi, libellée ainsi, elle me gêne. Je trouve les mots employés très violents, surtout quand il s’agit de qualifier un film de divertissement grand public: pour, contre, bien, mal. Cette façon d’aborder la création tend à se généraliser, notamment dans l’exercice de la critique. Elle découle d’une forme de bien-pensance intello qui se répand et fait le lit de la censure, puisqu’elle nie la liberté de l’artiste à s’exprimer comme il le souhaite, dès lors que certains critères de réflexion, fluctuants, ne sont pas présents. Une oeuvre, quelle qu’elle soit, n’est pas un ennemi, mais l’expression d’une sensibilité. On y est réceptif ou pas, mais comment prendre son parti ou s’y opposer?
Un des privilèges de mon récent statut de professionnel de la profession, comme on dit, est de me voir régulièrement gratifié de tout un tas de petits cadeaux. Hier par exemple, j’ai reçu un exemplaire de DGSE : Service Action. Un agent sort de l’ombre. Oui, c’est le fameux bouquin qui a tant fait couler d’encre en révélant que la direction de Canal + espionnait certains de ses employés. Je l’ai lu dans la journée. Non que cette histoire de gros sous et de people TV me passionne - elle ne s’étale du reste que sur une quarantaine de pages (sur 400), à la fin du bouquin et la presse a déjà tout répété, voire en a révélé plus que dans le document original - mais plutôt je cherchais à confirmer ou infirmer certaines choses que je savais déjà sur la DGSE. Cela me semblait plutôt pertinent, compte tenu du thème sur lequel je travaille actuellement. La vie militaire de Pierre Martinet, l’agent qui est dehors donc, occupe l’essentiel de l’ouvrage. Il y a des anecdotes intéressantes mais rien de véritablement révolutionnaire ou particulièrement neuf. Quelques petites incohérences aussi, surtout dans les dates, qui me font douter non de l’appartenance passée de Pierre Martinet à la DGSE, mais de la durée de sa carrière. Et de la réussite de celle-ci. L’essentiel des sujets abordés est déjà à la disposition de tous, sous une forme ou une autre, sur Google et je crois que, l’histoire Canal mise à part, ce livre ne motivera pas grand monde. Tout est trop abscons, éloigné des préoccupations quotidiennes de monsieur tout le monde et, finalement, pas assez glamour pour stimuler la curiosité ou la fibre aventureuse des lecteurs français. Et puis, notre armée ne nous fait pas rêver. Nos agents secrets et nos espions non plus, affublés qu’ils sont d’un sobriquet ridicule : les barbouzes . Nous ne retenons d’eux que leurs échecs les plus cuisants - Satanic aka l’opération Greenpeace / Rainbow Warrior - oubliant le plus souvent que les conditions dans lesquelles s’effectuent leurs actions sont dictées par le politique, qui impose des contraintes qui défient parfois la logique tactique la plus élémentaire. Par ailleurs, la nature même de l’activité, qui doit rester secrète, impose que l’on ne se vante pas de ses succès sur tous les toits. Mais là n’est pas le propos. Le livre a fait parler de lui parce que ses éditeurs - Pierre-Louis Rozynès et Guy Birenbaum, chez Privé - sont malins comme des singes. Ils s’étaient déjà fait connaître en publiant le fameux pamphlet anonyme - signé Monsieur X, un nom digne des grandes heures de Signé Furax, ce qui ne nous rajeunit pas vraiment - qui attaquait le retour de Lionel Jospin en politique. Pamphlet anonyme, l’expression a de quoi faire rire quand on sait que l’un des deux compères, Guy Birenbaum, avait attiré l’attention en sortant un essai intitulé Nos délits d’initiés, qui attaquait justement les collusions entre la presse et les puissants - politiques, entrepreneurs, stars - qui brouillent les pistes et empêchent les simples quidams que nous sommes, pardon, que vous êtes - j’oublie souvent que je suis suspect, à présent, puisque de l’autre côté d’une barrière invisible - d’accéder à la vérité vraie et nue. Monsieur Guy - décidément membre de ce nouveau club en pleine expansion des faites ce que je dis mais pas ce que je fais - avait également récemment ouvert un blog à cette adresse, mais il ne marche déjà plus. Sûrement un coup des barbouzes informaticiennes de la base de Domme, notre Echelon national. Au moins, à défaut d’un beau coup de vérité, Privé a réussi un beau coup de pub en articulant sa com’ autour de Gaccio & Co. Bon, c’est pas le tout mais je dois retourner à mon Steve Hodel, moi.
But once it was actually going on, things were different. You were just like everyone else, you could no more blink than spit. It came back the same way every time, dreaded and welcome, balls and bowels turning over together, your senses working like strobes, freefalling all the way down to the essences and then flying again in a rush to focus… And every time you were so weary afterwards, so empty of everything but being alive that you couldn’t recall any of it, except to know that it was like something else you had felt once before.
Michael Herr, Dispatches.
Il y a des jours, aujourd’hui pour ne pas le citer, où je me demande ce qui me passe par la tête. Dans Lynx, mon troisième roman, il existe six lignes d’intrigue qui se suivent, se chevauchent et se croisent sur une période de plusieurs mois. Les trois principales concernent deux agents de services concurrents et un couple de journalistes. Les trois secondaires étant représentées par les supérieurs de ces deux agents, la police et un groupe de terroristes. Tout cela doit progresser de concert, dans une actualité imposée, tout en tenant compte du rythme et de l’intérêt de la narration… Tout en restant lisible et digeste. Evidemment, tous ces fils se recoupent dans le dénouement. Le plus difficile n’est pas tellement d’inventer toutes ces choses mais plutôt de les faire rentrer dans un calendrier plausible qui intègre les contraintes des uns et des autres. La journée qui s’achève a par exemple été passée à parachever la synchronisation des agendas de mes deux espions. Et quand je regarde le résultat, je me dis que je suis un grand malade… Si, si.
A history of violin is what our tale should have been.
A recount of violence, this way ended our romance.
Dramatic romance, romantic drama… Or was it just Karma?
Un concept élaboré à Harvard, à la fin des années soixante, selon lequel chacun d’entre nous serait relié à n’importe quelle autre personne du globe par un réseau comptant au plus six individus. Expérimenté hier puisque j’ai eu l’intéressante surprise de me retrouver chez Guy Birenbaum pour la soirée. Voici mon chemin critique : Moi - Francis Renaud - Claude Chelli - Olivier Megaton - Arnaud Février - Guy Birenbaum. Théorie validée. Nous ne sommes toujours pas d’accord sur certaines choses mais j’ai beaucoup apprécié ce moment. Un sixième degré, fort instructif, se matérialisa en la personne de Bastien François, ce professeur de la Sorbonne qui a répondu au message d’Etienne Chouard attaquant vivement le TCE, très largement diffusé sur Internet par les nonistes depuis quelque semaines.
P.S. : le lien vers le blog de Guy Birenbaum ne fonctionne toujours pas. Apparemment, il a vraiment été piraté après la publication du livre de Pierre Martinet. Marrant. Il y a des lois plus difficiles à briser que d’autres, celle du silence, par exemple.
C’est Cannes, au sud, qui récompense les frères Dardenne, de Belgique, au nord. C’est du cinéma de là-bas, un peu froid, un peu mou, pas très audacieux. L’enfant. Bof. Remarquez, ils aiment bien les enfants dans le nord. Ils jouent avec, ils boivent de la bière, puis ils jouent encore avec. Et quand ils ont fini, ils vont les enterrer au fond du jardin. Ca, c’est une conversation de comptoir captée pendant mon café. Quand on le boit seul, le matin, en lisant le journal, on entend mieux ce genre de choses. Youpi.
A mesure que les années passent, l’expérience me confirme la règle suivante: manifester sa satisfaction, même hypocrite, est hautement recommandé en toutes circonstances. Plus encore, on vous reprochera souvent de ne pas assez dire votre enthousiasme, même s’il n’a que peu de raison d’être. Par exemple, lorsqu’une personne fait ce que l’on attend d’elle, assez souvent, elle réclame un plébiscite de la part de ses interlocuteurs. En revanche, il est fortement déconseillé de manifester la moindre contrariété, même quand celle-ci est justifiée. Personne n’aime être pris en défaut… Sans parler d’assumer ses conneries. Nous vivons une époque de circonstances atténuantes, où tout un tas de motifs sont mobilisés en permanence pour dégager les uns et les autres de leurs responsabilités. Dès lors, ne vous mettez jamais en colère en société, même si les raisons de celle-ci sont réelles, au risque de passer pour le casse-couilles de service. Evidemment, si cela vous est totalement indifférent…