Même pas mal

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sun 6 Nov 2005 15:10

Ce blog est en pause depuis quelques temps et va le rester encore quelques temps. Beaucoup de boulot et, par la force des choses, nécessité de procéder à une remise à niveau complète de la plateforme Wordpress et de la présentation générale. A bientôt. Ci-dessous, un nouvel extrait du traitement de Lynx.

Extrait du traitement Lynx-3

Blogged by DOA as Lynx — DOA Sun 6 Nov 2005 15:08

28 Novembre 2001 (Mercredi) – Paris (Météo : froide et humide)
Place des Ternes, 8ème – Ponsot et Magrella sont dans la voiture de ce dernier, garée en double file. Magrella prend connaissance de la retranscription d’une conversation téléphonique tenue la veille entre Mohammed Touati et un autre homme identifié comme « Nabil » (extrait à écrire). Il y est question des soupçons que le salaf commence à entretenir vis-à-vis d’un certain « Karim ». L’homme du 36 relève le nez et interroge Ponsot, est-il sûr que ce « Karim » est le même que celui que les gars de son groupe SAT ont vu rejoindre Nouari Messaoudi, hier soir ? Leur fameux « Superbe » ? L’officier des RG hoche la tête. Dès qu’ils pourront comparer leurs clichés ils en seront certains mais il pense ne pas se tromper. Il en profite pour féliciter son collègue, pister le mec jusqu’à chez lui constitue un sacré exploit, vu qu’il a échappé à ses propres hommes à plusieurs reprises. Magrella sourit et donne l’adresse de Karim Sayad, rue des Solitaires, à Ponsot, qui la note sur un carnet. Ensuite, il explique que le mec leur est complètement inconnu, peut-être que les RG eux…

Ils échangent ensuite quelques informations sur la soirée de la veille. Ponsot est un peu énervé par le peu de résultat de ses mecs. Ils se sont fait larguer par ce Karim Sayad, après avoir perdu la journaliste et son rendez-vous nocturne. Heureusement pour eux, ils n’ont pas dû aller bien loin parce que le type qui était avec Amel Rouvières-Balhimer, un certain Jean-Loup Servier, a été aperçu rentrant chez lui, seul, moins d’une heure plus tard. Il a dû raccompagner la jeune femme jusqu’à son domicile. Magrella demande à son collègue ce qu’il pense de lui. Ponsot balaye la question d’un geste de la main, il est sans importance. Celui qui l’intéresse c’est Karim Sayad. D’une part, il est très doué, « entraîné » même. Il n’y a qu’à voir comment il leur a glissé entre les doigts jusqu’à hier. D’autre part, les rapports de surveillance de ses équipes font état de la présence d’un « frère » à ses basques, « frère » identifié comme Nabil Boumessaoud, un proche de Mohamed Touati. Touati fait surveiller ce Sayad, ce qui est plutôt intéressant.

L’officier de la SAT demande pourquoi mais Ponsot ne répond que partiellement : Sayad fait partie du cercle de fous de dieu du 20ème. On l’a aperçu plusieurs fois à El Djazaïr ou à la mosquée Poincaré. On l’a vu avec Touati et ses sbires. Il traîne enfin avec Messaoudi, qui connaissait l’un des morts, Cécillon. Ce Sayad aide visiblement le dealer dans le cadre de son petit commerce. Il sert de passerelle entre l’univers de Nezza et celui des religieux. Pourtant ces derniers le surveillent. Comme le fait apparaître la retranscription qu’il a entre les mains, l’émir salafiste n’a plus confiance en lui. A tel point qu’il a changé l’endroit où il organise ses réunions clandestines sans en avertir le fameux Karim. Ponsot n’en dit pas plus pendant quelques secondes, avant de poser une question : quid de ses découvertes sur le lieu de l’accident des Harbaoui ?

Magrella explique que l’empreinte de pied partielle qu’il a découvert avec Meunier a très probablement été laissée par une botte de moto de taille 42 ou 43. Ils auront la marque bientôt. Compte tenu de la météo des jours qui ont précédé l’accident, elle a pu être faite à partir de vendredi. Par ailleurs, cet indice est intéressant au regard des traces de pneus de moto relevées sur le chemin du sous-bois voisin. Enfin, l’emplacement où il pense qu’un tireur se serait tenu pour attendre les deux frères ne leur a pas livré beaucoup d’informations, à part la taille probable du type. Si une personne s’est bien couchée là, comme semblent l’indiquer les herbes écrasées et les branches pliées ou cassées, elle devait mesurer entre 1m70 et 1m90. Mais comme il ou elle a probablement utilisé un isolant pour se protéger du sol, type carré mat de camping, les spécialistes de l’Identité Judiciaire n’ont pas trouvé grand-chose d’autre à se mettre sous la dent. Le seul problème avec la théorie de Ponsot, c’est que l’on n’a retrouvé aucun impact de balle sur les corps ou l’utilitaire, même après un second examen beaucoup plus minutieux. Pas plus que de résidus du moindre tir à l’endroit où le supposé sniper se serait couché. Donc les collègues de la PTS en sont revenus à leurs hypothèses premières : accident dû à la fatigue ou sabotage.

Ponsot ne dit plus rien. Il est sûr de ne pas se tromper, il reste persuadé que quelqu’un était là pour provoquer l’accident du véhicule des Harbaoui. Quelqu’un qui s’est posté, a préparé son action et ensuite attendu pour vérifier que celle-ci était réussie. Depuis quelques jours déjà, l’insaisissable Karim Sayad est devenu le candidat le plus probable pour endosser le rôle du mystérieux tueur qui semble décimer les rangs des islamistes. Celui qui a sans doute aidé Hammud à prendre un bain dans la Seine, avant de provoquer une bagarre entre Cécillon et les SDF du métro aérien et de s’en prendre à Fodil, sur son propre territoire. Pour parvenir à cela, il fallait quelqu’un de proche et d’insoupçonnable a priori. Quelqu’un dont on ne se méfiait pas. Un « frère », par exemple. Mais cela ne pouvait durer qu’un temps. Les autres ont fini par réagir. La mort de Cécillon leur avait déjà sans doute mis la puce à l’oreille. Hammud, ils n’en savent probablement rien. Ponsot est prêt à parier que celui-ci devait de toute façon quitter la France et disparaître une fois sa tâche remplie, qu’elle qu’ait été celle-ci. L’a-t-il remplie, d’ailleurs ? Mais les morts de Fodil et des Harbaoui ont fini par revenir aux oreilles de Touati. Ils le savent grâce aux interceptions. Et ce cher Mohammed a commencé à se méfier. Pour une raison ou une autre, il s’intéresse aux faits et gestes de Sayad. Ponsot se demande pourquoi, parce qu’il suit la journaliste ? Quoi qu’il en soit, la méfiance de Touati à l’égard de ce type ne fait que renforcer ses propres soupçons.

Le policier de la SAT interrompt les réflexions de son collègue, il sait à quoi il pense mais affirme qu’il se trompe. Ponsot va devoir vérifier ses propres rapports de surveillance mais, si la mémoire de Magrella est bonne, dans la nuit de vendredi à samedi, Karim Sayad a été aperçu par l’équipe collée aux basques de Messaoudi pour la dernière fois aux environs de deux heures quarante cinq du matin. Et ces deux-là ne se s’étaient pas quittés de la soirée. Il lui était donc impossible de se trouver vers trois heures du matin sur la N191 entre Alainville et Ablis. Mais, pour en avoir le cœur net, il enverra un de ses gars montrer un portrait de Sayad au gamin hospitalisé de Mantes. Ponsot hoche la tête sans desserrer les dents, agacé par l’argument de son collègue. Il sort de la voiture et, juste avant de prendre congé, se contente d’ajouter que la meilleure solution pour comprendre ce qui se passe est de découvrir ce qui agite les « barbus ». Ils sauront alors peut-être pourquoi certains d’entre eux sont frappés de mort subite. Et il referme la portière sur un Magrella dubitatif.

Gourmet des Ternes, 8ème – Ponsot entre dans le restaurant bondé et repère immédiatement l’homme qu’il est venu voir, Yazid Benyamina. Comme tous les mercredi, cet employé discret de l’ambassade algérienne est venu déjeuner seul dans ce bistrot réputé pour ses viandes… Et sa clientèle d’hommes d’affaires. Il ne s’attend pas vraiment à la visite de son « homologue » français. Ponsot prend place en face de lui sans attendre sa permission et commence par faire une remarque sur le ramadan que Yazid balaye d’un geste de la main, montrant tout le mépris qu’il a pour les choses religieuses, du moins en privé.

L’officier des RG enchaîne sur une réflexion sur l’absence de réactions de Benyamina à ses coups de téléphone. Ce dernier prétend avoir été très occupé. Ponsot secoue la tête, il sait ce que c’est… Raison pour laquelle il a pris la liberté de venir lui parler ici, mais il peut revenir plus tard, il sait après tout dans quels cercles évolue Yazid. Il lui sera facile de reprendre contact à un autre moment, plus ou moins opportun. L’algérien lève les mains en guise d’apaisement et s’excuse de ne pas avoir rappelé, il est inutile qu’ils se compliquent la vie mutuellement. Un serveur vient demander au policier s’il souhaite déjeuner et celui-ci répond qu’il ne reste pas.

L’algérien, conciliant, demande à Ponsot ce qu’il désire, une fois qu’ils sont à nouveau seuls. Existerait-il une bonne raison pour que leurs « meilleurs ennemis » s’agitent en ce moment ? Benyamina, penchant la tête, sourit avec condescendance, son « ami » plaisante-t-il ? En ce moment ? Mais tout le monde est agité, partout, en ce moment. Le policier se penche en avant et explique qu’il se fiche éperdument de ce qui se passe ailleurs sur cette « foutue planète ». Lui, ce qui le préoccupe, c’est ce qui se passe ici, en France. Alors il aimerait bien savoir si Yazid ou ses collègues, chez lui, ont la moindre idée de ce que « branle leur putain de GSPC ». Il attend des nouvelles, rapidement.
[…]

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