Retard à l’allumage
En début de semaine, l’envie m’avait pris d’écrire un post sur les communautarismes. Outre un article sur les désormais célèbres caricatures de Mahomet, j’avais également découvert, quelques jours auparavant, une histoire sur les remous qui agitent la communauté virtuelle de World of Warcraft - un jeu de rôle massivement multijoueurs en ligne - à propos du bannissement temporaire de l’une de ses membres, accusée, par les responsables des serveurs de harcèlement sexuel. Elle avait en effet publiquement annoncé la création d’une guilde LGBT friendly - Lesbian Gay Bi Trans - sur les espaces de discussion du jeu, cette caractéristique explicite ayant été jugée déplacée et contraire au règlement de bonne conduite de WOW. Enfin, un ami m’avait fait part, dans un e-mail, de son inquiétude face au danger, perçu par lui comme grandissant, d’affrontements communautaires violents en Europe dans un avenir proche. Et puis j’ai renâclé, manquant d’énergie. Je ne vais pas m’apesantir sur le sujet aujourd’hui, tout juste livrer quelques réflexions personnelles à propos du cas particulier des caricatures.
D’une part, je m’interroge - rhétoriquement - à propos du temps qu’il a fallu pour que cette histoire prenne une telle ampleur: quatre mois. Publication originale des dessins, fin septembre 2005, début du cirque global, fin janvier 2006. Parmi les principaux agitateurs, côté musulman, on trouve le président iranien qui, comme par hasard, a récemment été mis en difficulté par la communauté internationale sur le délicat sujet du nucléaire. Lorsque l’on sait que les iraniens sont en majorité des chiites qui, si je ne m’abuse, n’interdisent pas spécifiquement, à la différence des sunnites, la représentation du prophète, il y a de quoi se poser des questions.
D’autre part, je me permets de faire humblement remarquer que les exécutions, lapidations, viols en réunion ordonnés par des tribunaux religieux et autres destructions de statues semblent moins gêner le monde musulman, même modéré, que quelques pauvres caricatures idiotes parues dans un quotidien danois.
Enfin, je m’étonne de la réaction de certains commentateurs français, qui trouvent des circonstances atténuantes aux manifestations très hostiles de ce même monde musulman - qui vont jusqu’à l’appel au meurtre, rappelons-le - alors qu’ils n’ont jamais de mots assez durs pour condamner les reproches que l’église catholique adresse parfois à ceux qui détournent, dénaturent et caricaturent, continuellement et sans le moindre remord, l’imagerie chrétienne. Parfois, ces reproches vont jusqu’à l’action en justice - méthode de règlement des litiges dans notre société - et souvent l’église perd. On m’objectera que La dernière tentation du Christ avait provoqué, en son temps, quelques scènes de violence et je répondrai qu’il y a longtemps que les agités de la soutane n’ont plus égorgé qui que ce soit en direct à la télévision pour blasphème. Deux poids deux mesures donc.
Les règles religieuses n’ont pas à s’immiscer dans le quotidien des pays laïcs. En revanche, je crois qu’il est temps que les laïcs que nous sommes commencent à respecter les croyants, de TOUTES les confessions. Respecter, cela ne veut pas dire accepter le diktat de la religion, qui doit rester hors de la sphère publique, mais plutôt admettre que sur certains sujets sensibles, tout ne peut pas être dit n’importe comment et n’importe quand. Cela heurte des gens. Pas besoin d’édicter des lois pour cela, il est juste question de faire appel à son intelligence et à sa sensibilité.
P.S.: inutile de trop commenter la re-publication récente et opportuniste des dessins en question par le quotidien France-Soir. J’ai juste du mal à comprendre le sens de cette démarche. La solidarité avec leurs confrères danois intervient là aussi, bien tard, et aurait sans doute pu prendre une autre forme que la simple reproduction à l’identique.