Downtown

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sun 2 Jul 2006 7:30

Elle est là, enfin, la grande révélation des aventures de Lynx, lâchée à la toute fin de la seconde partie. Une bombe à contre-emploi, que j’espère inattendue. Elle concerne Lynx lui-même et intervient alors que les vies de tous mes personnages principaux prennent un virage serré. Pour la suite et la fin l’intrigue s’emballe, à la manière de celle de La ligne de sang, lorsque le rythme accélère et se précipite jusqu’à la suffocation. Je suis à la fois content et impatient de m’élancer dans cet ultime sprint. Soulagé aussi, l’accouchement aura été long et mouvementé. Pour terminer, hier soir, après un dîner sous les arbres avec Marie-A., j’ai réécouté en boucle une chanson de Lloyd Cole, Downtown, qui figure sur l’album intitulé Lloyd Cole ou encore The X album, sorti en février 1990. Elle avait été utilisée sur la bande originale de Bad Influence, un film méconnu de Curtis Hanson. Prince s’est également invité à cette petite fête, avec ce qui reste à ce jour l’une de ses meilleures créations: Sign O’ the times. J’en avais besoin pour me remettre dans l’ambiance particulière de l’un des passages qui conclut cette phase du roman. Il s’agissait de conjurer à nouveau des images, des sensations, pas véritablement douloureuses, juste un peu amères. De celles qui laissent leurs minuscules traces, juste assez rugueuses, sur des périodes qui seraient sans cela plutôt lisses et heureuses. Souvenirs de choses qui ne se sont pas passées exactement comme on l’aurait voulu. Celles que l’on souhaiterait immédiatement pouvoir refaire autrement. Ces petites défaites qui nous entament et nous façonnent. Dehors, la France s’excitait pour la coupe du monde mais j’étais parvenu à m’isoler dans ma bulle. J’y suis resté jusqu’au petit matin, retenu par ces regrets anciens qui, avec le temps, je m’en suis rendu compte cette nuit, sont presque devenus agréables. Je me suis finalement couché dans l’attente que tout passe, doucement. Je crois que l’on appelle cela la mélancolie.

Vendredi, j’ai passé l’après-midi avec un spécialiste de la criminalité chinoise à Paris. Nous avons évoqué le projet de long métrage, les pistes que je peux envisager pour construire le fond de mon roman et l’articuler. A la différence de l’intrigue de L’Année du dragon, je ne vais pas pouvoir utiliser le trafic de drogue comme fait criminel. Cela n’existe tout simplement pas à une échelle pertinente dans notre pays. Ici, les principales affaires relèvent de rackets à la petite semaine, de filières d’aide à l’entrée sur le territoire clandestines, de saucissonnages à domicile, de contrefaçon et s’il y a parfois organisation, cela reste limité. Il y a peu d’indices de constructions mafieuses type triades ou tongs. Peut-être existent-elles, mais elles sont pour le moment indécelables ici. Alors je crois que je vais tricher un peu et raconter une autre histoire, en fait, toujours avec le même cadre, toujours très noire. J’ai déjà quelques idées là-dessus. Et le soir, j’ai trop bu.

Il est l’heure du café, du journal et du marché, il fait beau. Dehors.

[EDIT: 10:46] Image parfaite, ce matin à la terrasse des Phares. Un soleil très vif et rasant, de face, dont la blancheur faisait mal aux yeux et noyait les tables. Pas grand monde, peu de voitures après la gueule de bois du quart de finale. Juste à côté de moi, il y avait ce couple, à peine deux silhouettes dans la lumière intense. Elle se reposait sur son épaule droite, les yeux fermés, apaisée. Il la couvait du regard. Il s’est rendu compte après un temps que je les observais derrière les verres miroir de mes lunettes. Il m’a souri. Quelqu’un est passé entre nous et le soleil, a projeté une ombre, j’ai tourné légèrement la tête pour revenir ensuite sur eux. L’image avait disparu.

Tora

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 3 Jul 2006 4:52

Il y a ce voile gris qui n’est pas tout à fait la lumière et déjà plus la nuit. La vie reprend ses droits, un oiseau chante dans les arbres du boulevard. Des voitures circulent. Elles ne rentrent pas, elles s’en vont. Dans peu de temps, l’éclairage urbain s’éteindra. Evidemment, il est quatre heures cinquante et une, Paris s’éveille marche moins bien que la même, neuf minutes plus tard. N’est pas feu Jacques Lanzman qui veut.

Tora (II)

Blogged by DOA as Anti-Personnel, MiAPED, Lynx — DOA Tue 4 Jul 2006 4:10

Je me suis réveillé avec ce noeud au ventre impossible à chasser. L’instant d’avant je rêvais que je fonçais à moto sur une autoroute et celui d’après, j’avais les yeux ouverts face au mur de ma chambre, comme ça. Et il faisait trop chaud. Et je ne me souvenais plus de la fin de cet épisode onirique, que je devine funeste. Je sais que la première chose à laquelle j’ai pensé a été mon roman, pour la similitude de certaines situations - réveils nocturnes soudains - et parce qu’il occupe l’essentiel de mon temps d’éveil, et la seconde, ce coup de téléphone que je voulais passer, hier, dans la journée. J’ai eu envie d’un message d’encouragement, juste avant l’heure. Et puis j’ai envisagé un débriefing, ensuite. Mais je ne n’ai rien fait. On se Je me retrouve parfois empêtré dans des logiques incompréhensibles qui m’éloignent de ce que je désire et gâchent les jolies choses. Plutôt que d’éprouver la solidité de mon poignet, les soirs d’abus de single malt, je ferais mieux, parfois, de tester celle de ma tête. Contre les murs. Je me demande d’ailleurs si je ne vais pas essayer tout de suite.

Redémarrage difficile pour Lynx, en ce début de troisième et dernière partie. La chaleur n’aide pas. La fatigue psychologique non plus. Le moment d’euphorie du week-end est passé, il faut maintenant s’accrocher jusqu’à la fin. J’ai eu l’impression de perdre mon temps ce lundi, même si le bilan est quantitativement positif. Dans quelques heures, il faudra relire les 5 pages écrites et j’appréhende ce moment. Je me vois déjà décider que le meilleur à faire est encore de jeter. Toujours ce réflexe de rejet. Surtout, je sais que je vais me retrouver confronté à un phénomène ressenti à la remise du roman précédent, la lassitude. Je ne pourrai plus, pendant un moment, supporter mes personnages. A trop les avoir côtoyés, en particulier Amel… Je plaisante. A peine. Cette lassitude est bien réelle. Je commence seulement depuis quelques mois à avoir véritablement envie de retrouver Markus et sa bande. Priscille et Marc font également un retour timide dans mon esprit.

Quelques rendez-vous sont tombés hier, pour la télé, ce qui me semble particulièrement étonnant pour un début juillet. J’ai toujours constaté un net ralentissement de l’activité parisienne en été. Mais cette année, les choses semblent différentes. J’ai même croisé Olivier et Catherine Marchal à la terrasse d’un café, hier soir, en rentrant du cinéma. Personne n’est parti ou quoi? Habituellement, les parisiens n’aiment pas leur ville à cette période. Moi si, on y respire mieux, aussi surprenant que cela puisse paraître, et on y travaille bien. Je verrai donc un producteur et un autre scénariste en début de semaine prochaine. Ils souhaitent concevoir une série policière pour l’une des chaînes privées du PAF et j’aurais le rôle de l’outsider non déformé par la culture de la fiction française. Je connais ça, j’ai eu droit à la même sur Engrenages.

Ce soir, j’assiste à un café littéraire, une première, près de la Bastille. Nous sommes le 4 juillet.

Tora (pas)

Blogged by DOA as Anti-Personnel, Lynx — DOA Thu 6 Jul 2006 7:55

The nightmares have left me. Peut-on regretter ce qui n’a pas été? Cette phrase, je l’ai écrite hier dans mon roman, sous une forme légèrement différente, en écoutant les paroles de la chanson Sea Song des Doves (preview sur leur site, menu downloads, album Lost Souls). L’explication en fin de journée, avec quelques nouvelles.

En attendant, 5 ou 6 morts hier soir, pour une victoire en demi-finale de Coupe du Monde, je trouve cela, comment dire? Stupide, idiot, débile, dommage, surréaliste, délirant, etc.

[EDIT : fin de journée]

La fameuse phrase mentionnée ci-dessus, ou plutôt sa forme finale dans le texte - On ne pouvait pas regretter les choses qui n’avaient pas été - est apparue dans mon roman hier en début de soirée. A la fin de la seconde partie. Oui, la fin de la seconde partie. Mercredi matin, après trois jours de chaleur et de psycho dégoulinante, j’ai pris la décision de jeter les vingt pages que j’avais écrites depuis vendredi dernier. Purement et simplement. Plus je les relisais, plus je les trouvais nulles, mais nulles. Super nulles. Et je n’arrivais pas à les corriger. Il me fallait donc les éliminer. Redémarrer à partir de là n’a pas été chose aisée. Je restais avec des bouts de phrases pré-mâchés en tête et il a fallu que je me secoue pour recommencer à neuf. Heureusement, un déjeuner revigorant, hier, avec mon éditeur m’a aidé à relancer la machine. Dans l’après-midi, j’ai pu réécrire une large part de ce que j’avais éliminé et j’ai achevé de combler mon retard aujourd’hui. Je suis donc à nouveau en piste pour le troisième acte. Pfiooouuu…

Le café littéraire de ce mardi, finalement, n’en était pas un. J’ai quand même pu croiser un éditeur de chez Plon, une chroniqueuse télé ou programmatrice sur Vol de nuit, je crois - en fait, je ne sais pas exactement ce qu’elle fait - plutôt charmante et pro, Hubert Artus, un journaliste du milieu du noir qu’on ne présente plus, animateur notamment de l’émission Enjoy Polar, et d’autres personnes qui avaient l’air plutôt sympas mais avec qui je n’ai pas eu le temps de vraiment parler, je suis parti tôt.

J’aimerais parler de foot - beurk - ou des conneries des écologistes de la mairie de Paris, qui ne perdent pas une occasion de se distinguer par leur dogmatisme de pacotille, mais ce soir, je manque d’énergie. Un autre jour, peut-être, si ces sujets ne m’échappent pas. Je reste cependant sur mon commentaire de ce matin, plusieurs morts – un seul est déjà de trop – pour fêter une victoire de l’équipe nationale en demi-finale de coupe du monde c’est franchement, mais franchement, mais alors franchement… Les mots me manquent pour exprimer ce que j’en pense. Mais ce n’est pas gentil.

La chaleur dissipée, le pathos envolé, on repart sur des bases saines. Pendant mes quelques jours de flottement, j’ai été bien soutenu par des copines, je devrais dire des amies, plus ou moins anciennes, qui ont encaissé mes humeurs capricieuses. Je tiens donc à les remercier une fois encore.

Anna qui chante

Blogged by DOA as Anti-Personnel, Lynx — DOA Sat 8 Jul 2006 13:31

Mon titre du jour est le nom d’un groupe qui donnait un concert hier soir au Zic Zinc, un caf’ conc’ musical du 11ème. Jolie prestation, jolie chanteuse, Anna donc, qui m’a été présentée par l’une de mes amies, H. Un album serait en préparation puisque toutes les chansons sont des créations originales. Une heure trente de sonorités singulièrement françaises dans un endroit agréable et plein de monde. Ensuite, dîner à deux dans une pizzeria voisine. On discute avec le cuistot, le vrai rital, on parle pizza, four et foot. Quelques textos bravaches échangés avec des amis de Bergame - voilà que je me pique de défendre les chances de notre équipe nationale, moi qui ne regarderait probablement même pas le match demain - concluent cette soirée idéale après les frustrations de la semaine.

Je suis à présent bien rentré dans la troisième partie de Lynx - Lynux, comme dirait certaine - les péripéties s’accélèrent et mon écriture aussi, à nouveau. La conclusion du second acte comportait une révélation et de nombreuses pistes très embrouillées. Je vais désormais affiner le propos et tout resserrer. C’est un moment délicat, il faut être clair même s’il reste de nombreuses informations à faire passer. Lorsque j’ai fait un bilan mercredi, je n’ai pu que constater que le suspense de l’intrigue ne se trouvait absolument pas là où l’on pouvait l’attendre dans ce type de roman, une chose qui m’avait un peu échappée jusqu’ici. Une telle construction m’aurait probablement fait ricaner si on me l’avait proposée au départ. Elle semble s’être imposée d’elle-même, résultante des contraintes d’exposition, de chronologie et de réalisme, j’imagine. Il ne me reste plus qu’à espérer que les lecteurs adhèrent.

Surprendre

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sun 9 Jul 2006 3:12

Une semaine où j’aurais aimé être surpris. Je n’ai eu droit qu’à l’obsession silencieuse de mes divagations nocturnes. Je me suis évidemment demandé jusqu’à quel point j’étais moi-même prêt à aller pour surprendre sans trouver de réponse qui ne soit pas égoïste. Malentendu, vanité ou tout simplement déni de réalité qui a fait sombrer un fait exceptionnel dans la vulgarité.

Le vulgaire ne connaît point de violentes douleurs, et les grandes passions ne germent guère chez les hommes faibles. JJ Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse.

Le sport national

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 10 Jul 2006 9:18

Ce qui est bien avec le commentaire sportif français, c’est que même lorsqu’on a perdu, on a gagné. Hier soir, nous avons assisté à une grande première: une victoire virtuelle en finale de la coupe du monde de football. P’tain, on est vraiment trop forts en France.

Quelques nouvelles du front

Blogged by DOA as Anti-Personnel, MiAPED, Lynx — DOA Thu 13 Jul 2006 19:04

Lynx se débat toujours et moi avec lui. On avance, on progresse, je modifie encore mon traitement en cours de route, je coupe des trucs, j’en rajoute d’autres. Aujourd’hui, au programme, agression physique et verbale de jeune journaliste, scène de ménage et séance de tir nocturne. A priori, rien à voir, je suis bien d’accord. Les journées sont assez lisses, avec la seconde vague de départs des juilletistes, les obligations professionnelles se raréfient . Les petits évènements dignes d’être commentés également. Tout mon temps est consacré au roman.

Tout mon temps?
Non.

J’ai appris cette semaine que j’allais faire mes débuts à l’écran. Je vais tourner dans un film, si si, le 26 Juillet très exactement. Non, on ne me verra probablement pas ou pas beaucoup dans le montage final, c’est juste une figuration au second plan. Mais l’idée me fait plutôt rire. C’est un clin d’oeil de Frank Mancuso, pour son polar. Sa responsable de casting m’a appelé lundi pour me demander si je pouvais en être et j’ai sauté sur l’occasion. Zéro texte et rôle statique, je devrais y arriver. Même pas besoin de me déguiser. Parfait.

Et là, je me défoule. Le coup de gueule de la semaine. Le ballon rond, perso, je sature. Arrêtez de nous les briser menu avec la footo-zizoumania. On a perdu, point. Quand on perd, on ne défile pas sur les Champs-Elysées, on ne reçoit pas de médaille et on me mérite pas de parader devant les foules place de la Concorde. Si l’un d’entre vous à une quelconque objection à propos de la victoire italienne, je vous invite à revoir le match contre les portugais. Eux aussi pourraient en avoir quelques-unes, des objections. Et puis, les états d’âme de Zidane, on s’en cogne. Il a eu un geste déplacé qui a obtenu la sanction qu’il méritait. Il aurait mieux fait de s’abstenir parce qu’il donne le mauvais exemple. Les provocations au football, ça n’est pas neuf. Materazzi est connu comme le loup blanc sur les terrains. Qu’il l’ait voulu ou non, ce brave Yazid, si discret, si effacé, sert de modèle à beaucoup de gens (je fais partie de ceux qui pensent qu’il l’a bien compris dans la mesure où il gère très bien sa com’. Un exemple? Son petit numéro télévisuel d’hier soir). Ce phénomène me désole mais c’est comme ça. Il a merdé, on a perdu - les deux ne sont pas forcément liés, d’ailleurs - admettons-le et passons à autre chose. Pour continuer sur cette lancée, ça me ferait du bien, à moi, que les minorités visibles, comme on dit en langage politiquement correct, soient un jour célébrées pour autre chose que leurs succès dans le rap ou le football. Un grand pas sera alors franchi dans le bon sens.

D’ici là, un peu de décence, cessons de nous apitoyer sur le sort de bourrins milliardaires en short.

Du terrorisme poétique

Blogged by DOA as Anti-Personnel, MiAPED, Lynx — DOA Fri 21 Jul 2006 12:41

Alors que le thème du jour, dans les pages de Lynx, est l’utopie pirate des Zones d’autonomie temporaire, je suis tombé, à l’occasion de mon café de midi, sur des représentants de la Carte en pleine activité. C’est la jeune femme que j’ai remarquée en premier. Elle avait une silhouette agréable et lorsqu’elle s’est arrêtée devant le Macassar, je n’ai pu m’empêcher de la regarder. Casquette US claire enfoncée sur la tête, lunettes de soleil, elle est restée debout un moment à attendre quelque chose en se regardant dans la vitre. J’ai fini par comprendre qu’elle guettait ce qui se passait derrière elle. Et puis elle a fait un tout petit signe de la main à un type qui se trouvait sur le trottoir d’en face et venait de descendre d’une voiture. Le geste qui signifie on arrête. Au haussement d’épaules qui a suivi, j’ai compris qu’elle interrogeait son distant compagnon. Celui-ci a fait non et la fille a repris sa veille dans les reflets. Et là, elle m’a aperçu en train de la regarder. Je ne voyais pas ses yeux mais elle a eu ce mouvement de la tête lorsqu’elle a réalisé que je l’observais en ricanant. Un épisode étrange, alors que je termine une longue scène de filature où toutes les forces en présence dans mon roman viennent se croiser et se renifler le cul.

Hier soir, verre avec mon agent, lionel, avant ses vacances. L’heure d’un petit bilan et d’un ajustement des priorités. Nous parlons du milieu, de quelques personnes que nous connaissons et de la difficulté d’établir des relations de confiance entre auteurs et producteurs. Ensuite, je dérive en moto dans Paris, en route pour aller voir une autre personne. Finalement, je renonce et je rentre. Plus d’envie de société. A la maison, ma boîte mail me réserve une émotion de courte durée. La surprise tourne court, seul mon anglais est sollicité.

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