Ken B.
Verre avec Ken Bruen hier soir, dans un pub écossais proche de Saint-Paul. Aurélien est présent, évidemment, c’est aussi son éditeur, ainsi que Christine, notre attachée de presse, et quelques journalistes dont Delphine Peras, avec qui j’avais croisé le verbe cet été sur le blog de Guy Birenbaum, et Gaël Golhen. Le temps passe et Bruen, fort accaparé, me laisse, au détour d’une ou deux confidences, entrevoir quelques aspects de son histoire personnelle riche en anecdotes de toutes sortes. Je saisis un peu mieux l’origine de la noirceur brute de son oeuvre, dont je n’ai lu que deux extraits, Toxic Blues et Delirium Tremens. Cette brève rencontre est une vraie révélation, qui m’a donné envie de rattraper le temps perdu à ne pas le lire.
Plus tôt dans la journée, je planchais sur les corrections des aventures de Lynx. Au cours des deux dernières semaines, j’ai reçu l’essentiel des comptes rendus de lecture que j’attendais et eu le temps de digérer les remarques qui m’ont été faites. Le récit est dense, choral, aborde des sujets pointus dans lesquels on peut facilement se perdre lorsqu’on n’est pas spécialiste. Il me faudra donc surtout ajouter des éclaircissements, principalement dans la première partie du roman, intitulée Primo : Alpha. En commençant à me replonger dans le texte, cette semaine, j’ai eu l’impression de ne pas avoir pu souffler, que j’avais à peine lâché mon clavier la veille. Cela fait presque un mois pourtant mais entre-temps, il y a eu le nettoyage de La ligne de sang en vue de sa sortie en poche, en Février 2007, et la rédaction de ce projet de série TV noire avec cet autre scénariste, Michaël Souhaité. Nous devons remanier notre boulot pour une nouvelle présentation la semaine prochaine. Nous avons convenu d’une réunion d’écriture lundi après-midi.
J’ai peur de ne pas être au bout de mes peines avec la télévision. Chaque projet est une nouvelle bataille à l’issue incertaine mais pour de mauvaises raisons. Nous nous démenons pour imposer des sujets et des traitements sur la base de documents textuels souvent limités - au mieux des bibles - qui sont immédiatement comparés à des produits finis, en général américains. Les producteurs et les diffuseurs rêvent tous d’Experts et de FBI : portés disparus à la française. Les plus avisés fantasment sur The Wire, Sur écoute, l’un des meilleurs feuilletons policiers jamais écrits, si ce n’est le meilleur. Ils ne nous accordent en revanche pas le temps ni les moyens, tant financiers que documentaires, d’approfondir correctement les concepts de nos séries. L’analyse qu’ils font de ces succès US est souvent assez limitée, superficielle et ils peinent à définir ce qu’ils recherchent avec précision. Ils n’admettent pas non plus qu’une grande partie de la valeur de ces produits tient au talent de leurs acteurs - une chose qui fait cruellement défaut à la majorité des fictions TV nationales - et à leur qualité visuelle, un aspect souvent négligé en France. Il y a, comme on dit, beaucoup d’argent à l’image. Croyez-moi, les Experts réalisés à la sauce RIS deviennent tout de suite, à scénario égal, beaucoup moins intéressants. Quant à l’audace des Yankees que tout le monde encense, il faut l’oublier chez nous, elle est interdite. Les yeux des payeurs restent rivés sur l’audimat et il faut nous faut donc éviter de faire trop de vagues pour rester, dès le début du processus d’écriture, sur un terrain balisé. Mais je ne désespère pas, Michaël et moi travaillons sur une idée solide.
Le reste de mon boulot n’avance guère. J’ai du mal à me mobiliser sur le pitch du long-métrage, alors même que l’idée est assez claire dans ma tête, et j’ai pour le moment un canevas très flou pour la nouvelle que je dois rendre à Aurélien avant la fin du mois d’Octobre. Je crois que je suis un peu sec, j’ai besoin de vacances. Voilà plus d’un an que je bosse presque non-stop, en particulier sur l’histoire de Lynx, et mon imagination comme ma concentration et mon énergie commencent à montrer des signes de faiblesses. La preuve, je n’arrive même plus à venir raconter mes conneries sur ce blog et je ne m’énerve pas sur les inepties que je peux constater tous les jours lorsque, entre deux sessions de correction ou d’écriture, j’ai le malheur de m’attarder sur mes congénères. Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent, en ce moment.