Ken B.

Blogged by DOA as Ligne de Sang, MiAPED, Lynx — DOA Sat 16 Sep 2006 15:37

Verre avec Ken Bruen hier soir, dans un pub écossais proche de Saint-Paul. Aurélien est présent, évidemment, c’est aussi son éditeur, ainsi que Christine, notre attachée de presse, et quelques journalistes dont Delphine Peras, avec qui j’avais croisé le verbe cet été sur le blog de Guy Birenbaum, et Gaël Golhen. Le temps passe et Bruen, fort accaparé, me laisse, au détour d’une ou deux confidences, entrevoir quelques aspects de son histoire personnelle riche en anecdotes de toutes sortes. Je saisis un peu mieux l’origine de la noirceur brute de son oeuvre, dont je n’ai lu que deux extraits, Toxic Blues et Delirium Tremens. Cette brève rencontre est une vraie révélation, qui m’a donné envie de rattraper le temps perdu à ne pas le lire.

Plus tôt dans la journée, je planchais sur les corrections des aventures de Lynx. Au cours des deux dernières semaines, j’ai reçu l’essentiel des comptes rendus de lecture que j’attendais et eu le temps de digérer les remarques qui m’ont été faites. Le récit est dense, choral, aborde des sujets pointus dans lesquels on peut facilement se perdre lorsqu’on n’est pas spécialiste. Il me faudra donc surtout ajouter des éclaircissements, principalement dans la première partie du roman, intitulée Primo : Alpha. En commençant à me replonger dans le texte, cette semaine, j’ai eu l’impression de ne pas avoir pu souffler, que j’avais à peine lâché mon clavier la veille. Cela fait presque un mois pourtant mais entre-temps, il y a eu le nettoyage de La ligne de sang en vue de sa sortie en poche, en Février 2007, et la rédaction de ce projet de série TV noire avec cet autre scénariste, Michaël Souhaité. Nous devons remanier notre boulot pour une nouvelle présentation la semaine prochaine. Nous avons convenu d’une réunion d’écriture lundi après-midi.

J’ai peur de ne pas être au bout de mes peines avec la télévision. Chaque projet est une nouvelle bataille à l’issue incertaine mais pour de mauvaises raisons. Nous nous démenons pour imposer des sujets et des traitements sur la base de documents textuels souvent limités - au mieux des bibles - qui sont immédiatement comparés à des produits finis, en général américains. Les producteurs et les diffuseurs rêvent tous d’Experts et de FBI : portés disparus à la française. Les plus avisés fantasment sur The Wire, Sur écoute, l’un des meilleurs feuilletons policiers jamais écrits, si ce n’est le meilleur. Ils ne nous accordent en revanche pas le temps ni les moyens, tant financiers que documentaires, d’approfondir correctement les concepts de nos séries. L’analyse qu’ils font de ces succès US est souvent assez limitée, superficielle et ils peinent à définir ce qu’ils recherchent avec précision. Ils n’admettent pas non plus qu’une grande partie de la valeur de ces produits tient au talent de leurs acteurs - une chose qui fait cruellement défaut à la majorité des fictions TV nationales - et à leur qualité visuelle, un aspect souvent négligé en France. Il y a, comme on dit, beaucoup d’argent à l’image. Croyez-moi, les Experts réalisés à la sauce RIS deviennent tout de suite, à scénario égal, beaucoup moins intéressants. Quant à l’audace des Yankees que tout le monde encense, il faut l’oublier chez nous, elle est interdite. Les yeux des payeurs restent rivés sur l’audimat et il faut nous faut donc éviter de faire trop de vagues pour rester, dès le début du processus d’écriture, sur un terrain balisé. Mais je ne désespère pas, Michaël et moi travaillons sur une idée solide.

Le reste de mon boulot n’avance guère. J’ai du mal à me mobiliser sur le pitch du long-métrage, alors même que l’idée est assez claire dans ma tête, et j’ai pour le moment un canevas très flou pour la nouvelle que je dois rendre à Aurélien avant la fin du mois d’Octobre. Je crois que je suis un peu sec, j’ai besoin de vacances. Voilà plus d’un an que je bosse presque non-stop, en particulier sur l’histoire de Lynx, et mon imagination comme ma concentration et mon énergie commencent à montrer des signes de faiblesses. La preuve, je n’arrive même plus à venir raconter mes conneries sur ce blog et je ne m’énerve pas sur les inepties que je peux constater tous les jours lorsque, entre deux sessions de correction ou d’écriture, j’ai le malheur de m’attarder sur mes congénères. Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent, en ce moment.

Humour noir

Blogged by DOA as Ligne de Sang, Lynx — DOA Sun 24 Sep 2006 20:25

Deux choses plutôt amusantes, ce week-end. D’une part, le Ramadan a commencé le premier jour de l’automne. Un signe? D’autre part, j’ai appris que j’étais, pour la première fois, cité en exergue d’un manuscrit à paraître. Apparemment - et ce n’est pas la première fois qu’on me le dit - une réplique de La ligne de sang a marqué les esprits: L’expérience, c’est l’intelligence des cons. Rendons à César ce qui lui appartient, je n’ai pas inventé cette phrase. C’est un vieux reste d’armée, l’une des sentences favorites de l’adjudant qui nous a formés, quelques EOR et moi, à l’Ecole d’application de l’infanterie de Montpellier, durant les premiers mois de notre service national. Ô tempura, aux mauresques, comme dirait l’autre.

Tragi-chronique

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 25 Sep 2006 7:52

Je me permets de reproduire ici une chronique lue ce matin dans Libération.

Politiques, préfets, juges, policiers… tous responsables du gouffre social creusé sous nos pieds.
La rançon de nos abandons
Par Jean de MAILLARD, Didier GALLOT
QUOTIDIEN : Lundi 25 septembre 2006 - 06:00
Jean de Maillard vice-président du tribunal de grande instance d’Orléans et Didier Gallot vice-président du tribunal de grande instance de La Roche-sur-Yon

Etrange république ! Un préfet de l’Etat écrit au ministre de l’Intérieur pour se plaindre des dérèglements de la justice, chaudement appuyé par vingt-huit de ses collègues. Nul n’imagine que le haut fonctionnaire a pris sa plume pour satisfaire son seul goût de la littérature. A partir d’une fuite soigneusement distillée, ledit ministre entonne publiquement, au lancement de sa campagne préélectorale, le thème populaire du laxisme judiciaire. Le garde des Sceaux, dont la dernière réaction mémorable fut de sanctuariser les cabinets d’avocats fricotant d’un peu trop près avec la grande délinquance financière, se terre au fond de son ministère, attendant que passe l’orage non désiré. Quant au Premier ministre… Ah oui, il y a un Premier ministre ? Il y a même, dit-on, un président de la République, garant constitutionnel de l’indépendance de la justice.
Le bon peuple stupéfait regarde une nouvelle fois le microcosme de ses élites s’entre-déchirer et cherche en vain à comprendre ce qu’il a fait pour mériter un tel sort. Certains doivent s’en réjouir. Les autres se désolent. Ils se demandent d’abord qui a raison et qui a tort, et ensuite où va nous mener cette fin de règne où la campagne électorale s’engage comme une guerre au couteau entre les institutions de l’agonisante république.
Pourtant, le pire demeure soigneusement caché, à la satisfaction générale de ceux qui s’étripent sous les yeux du petit peuple ébahi. Car le débat appelons-le ainsi, par charité ne sert qu’à dissimuler ou à rejeter sur les autres des responsabilités que tous partagent. Disons-le d’emblée : crispés dans une défense sectaire, les magistrats sont pitoyables. Face à des critiques qui sont loin d’être toutes impertinentes, ils s’abritent frileusement derrière leur indépendance bafouée. Sont-ils à ce point aveugles, pour ne pas voir que la loi de la rue sévit parfois jusque dans leurs tribunaux ? En dehors de leurs enceintes en tout cas, la loi républicaine ne fonctionne encore que par miracle ou grâce au dévouement désespéré des petites mains de la fonction publique. Submergée par une misère polymorphe qu’elle gère au jour le jour, la justice a renoncé à comprendre les raisons d’une violence qui tend à devenir la relation sociale privilégiée (heureusement cette violence n’atteint pas encore les sommets américain ou sud-africain, mais nous progressons de jour en jour vers ces modèles). Face à une délinquance dont ils ne maîtrisent rien, les juges se contentent de prononcer le plus souvent des peines d’apaisement en rentrant la tête dans les épaules, allant parfois jusqu’à espérer qu’ils éviteront au moins, quand la violence s’est installée au coeur même du prétoire, d’être ainsi à leur tour les prochaines victimes de ceux qu’ils jugent.
Le discours éducatif et humanitaire est devenu la dernière planche de salut. Mais il n’y a pas de quoi s’en réjouir : il ne sert qu’à masquer l’impuissance de la justice face aux justiciables les moins contrôlables. Certains sont jeunes et d’autres moins, mais tous vivent en rébellion avec la société dont ils n’ont d’ailleurs intégré aucun des principes de base. La pratique judiciaire dégouline aujourd’hui d’hugotisme paternaliste et bienveillant. Celui-ci est en réalité le seul moyen qu’ont trouvé les professionnels de la justice, débordés par l’océan des problèmes qui les entoure, pour éviter la dépression nerveuse et tenter d’échapper au non-sens de leur métier. Ce qui n’empêche pas, car la masse des affaires ne cesse de grossir et les contentieux de s’aggraver, de prononcer en même temps des peines de prison qui font exploser les établissements pénitentiaires. Plutôt que d’affronter la vérité d’un système judiciaire en déshérence au sein d’une société en perdition, chaque acteur de la chaîne pénale préfère alors vitupérer l’incapacité des autres afin de s’exonérer soi-même de sa propre impotence.
En tout cas, la police n’a pas de leçon à donner aux juges : entre les zones de non-droit où elle n’ose plus mettre les pieds depuis longtemps et les procédures bâclées pour faire du chiffre et plaire à son ministre, ses diatribes antijudiciaires ne servent qu’à «refiler la patate» aux juges, moins doués pour la communication. Cette tartufferie ne l’exonère de rien, car aujourd’hui l’action publique se décide place Beauvau et dans les commissariats, et non dans les parquets. Les circulaires d’action publique sont rédigées par le ministre de l’Intérieur et contresignées distraitement par le garde des Sceaux, avant d’être envoyées pour exécution docile aux procureurs généraux.
Les politiques ne sont pas quittes non plus du chaos ambiant. Qu’ils cessent enfin de rêver, à droite comme à gauche ou au centre, qu’ils cessent surtout de nous bercer d’illusions. Depuis trente ans, l’Etat et la société française ont abandonné à leur sort les nouvelles classes dangereuses, en admettant même qu’ils ne les aient pas consciencieusement façonnées. On a d’abord créé des ghettos urbains, qui sont vite devenus des ghettos sociaux. Mais le point de non-retour a été atteint quand ceux-là se sont pérennisés sous forme de ghettos culturels, abandonnés à une subculture de banlieue encensée par les intellectuels comme si elle pouvait jamais devenir un mode d’insertion des cités dans la Cité.
Face à cette partie de la population qu’on a laissé partir à la dérive et qui ne répond plus aux critères d’une socialisation minimale, l’activisme pseudo-éducatif auquel se livrent les tribunaux et leurs cohortes d’experts jargonnant, psys en tout genre, médiateurs improvisés et éducateurs de tout poil, sous l’oeil humide des politiques aux abois et des médias béats, n’est que de la poudre aux yeux. Elle suffit à nous aveugler, pour éviter de contempler sous nos pieds le gouffre social qu’ont creusé trente années de libéralisme mondialisé et d’idéologie de l’abandon. D’où le consensus qui unit tous les acteurs chargés en principe de la défense de l’ordre social : traiter sous forme de déviations psychologiques individuelles, sur lesquelles on applique le charabia absurde de la criminologie clinique, les immenses problèmes sociétaux que le désengagement politique a méticuleusement fabriqués.
Alors, de grâce, cessons de nous mentir. Au bal des hypocrites, nous sommes tous responsables politiques, préfets, juges, policiers… de ces enfants des rues sans passé ni avenir qui sont notre mauvaise conscience et notre tourment collectif. Nous sommes tous responsables des mafias qui parasitent une société languide. Nous sommes tous responsables de la délinquance des élites qui pillent impunément les ressources communes. Nous sommes tous responsables de notre impuissance à maintenir un ordre social encore décent. Tous responsables et tous coupables.

Arriba Chégolène

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Tue 26 Sep 2006 7:24

Après la vraie-fausse polémique de la pôv’ militante humiliée par la grande cassante - pôv’ militante qui, entre nous, a surtout mal accepté que la petite provoc’ téléguidée par son voisin et accompagnateur du MJS ne destabilise pas celle qu’elle était venue emmerder - voici qu’on nous sort aujourd’hui la cousine de Ségolène Royal. Rien que de très banal, me direz-vous, quel mal y a-t-il à parler de la famille de la probable future candidate socialiste? Aucun, a priori. Sauf que sur RTL, ce matin, on n’oubliait pas de mentionner que ladite cousine était proche du FN. Bouh, c’est mal! A force de chercher à la dézinguer, la Ségo, ils vont finir par me la rendre sympathique. Je plaisante.

La politique française, quel beau sport. Et puis fair-play en plus, uniquement pratiqué et relayé par des personnes intègres, qui ne se préoccupent que du sort de leurs concitoyens.

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