Services Discrets

Blogged by DOA as Anti-Personnel, MiAPED, Lynx — DOA Tue 3 Oct 2006 10:09

C’est très drôle cette façon qu’a eu la DGSE de se réinviter en douce, la semaine dernière, dans la campagne présidentielle de 2007. Je ne vais pas gloser sur les actions réelles ou supposées de Gérard Royal, à nouveau rapportées par son frère, Antoine, dans le Parisien du 29/09/06, mis à part pour dire ceci : Antoine Royal se montre plutôt imprudent, pour ne pas dire autre chose, à parler ainsi publiquement d’évènements secrets. Cela pourrait causer à son frère - et éventuellement à certains de ses collègues - de nombreux problèmes. Fabius, qui n’en rate pas une, en a profité pour essayer d’attirer sur lui une partie de cette malsaine attention accordée à Che-golène. A sa place - il était Premier ministre à l’époque de l’affaire Rainbow Warrior - j’éviterais de trop la ramener. A cette occasion, il n’avait guère brillé. On pourrait, au choix, le considérer comme un pleutre, parce qu’il s’était alors défaussé sur son ministre de la Défense, Charles Hernu, ou comme un benêt, puisqu’il avait prétendu ne pas avoir été au courant des agissements de nos services secrets (qui s’apparentaient à un acte de guerre en territoire ami).

La DGSE était déjà une vedette secrète de la présidentielle de 2002. Elle était alors dirigée par Jean-Claude Cousseran, que l’on a soupçonné de rouler pour Lionel Jospin. En effet, la rumeur a couru qu’il existait des tensions internes entre cet ancien diplomate réputé proche des socialistes et Jean-Pierre Pochon, soi-disant inféodé à Jacques Chirac, patron de la puissante Direction du renseignement. Pochon aurait été victime d’une réorganisation visant notamment à réduire ses attributions par une scission de la Direction du renseignement en deux sous-ensembles : le Service de renseignement de sécurité et le Service de renseignement politique. Le premier de ces deux services, placé sous la responsabilité d’Alain Chouet, proche de Cousseran, abritait le groupe dit des Affaires Protégées, où oeuvrait un magistrat en disponibilté, Gilbert Flam. Apparemment, le Président de la République, via Pochon, suspectait Flam et ses collaborateurs de vouloir monter un dossier compromettant sur ses supposées aventures nippones (versements financiers occultes et fils caché) afin de lui nuire pendant la campagne électorale. Cette histoire, une première fois rapportée par différents journaux - Libération, le Monde, le Figaro - à l’été 2002, a fini par conduire à l’éviction de Cousseran, remplacé par un autre haut fonctionnaire plus proche des sensibilités chiraquiennes. Elle est revenue sur le devant de la scène plus récemment, à l’occasion de la sinistre farce Clearstream/Villepin/Sarkozy/Rondot.

Ci-dessous, un article de Jean-Dominique Merchet et Fabrice Tassel, publié dans Libération le 25 juillet 2002 :

UN CHIRAQUIEN POUR REGLER LEURS COMPTES AUX SERVICES

Le patron de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) a été débarqué hier pour faire place à un chiraquien pur beurre. Le Conseil des ministres a nommé Pierre Brochand à la tête des services secrets. Il remplace Jean-Claude Cousseran, en poste depuis le 9 février 2000, qui pourrait être nommé ambassadeur en Egypte. Comme son prédécesseur, Pierre Brochand, 61 ans, est diplomate. Actuel ambas sadeur au Portugal, il a notamment été en poste en Israël et en Hongrie après un début de carrière à Saigon, à la fin de la guerre du Viêt-nam. «Brochand, raconte une de ses connaissances, c’est un passionné de foot et un chiraquien de choc.» Comme son frère, Bernard Brochand, ancien président du PSG et député UMP de Cannes.
Demi-surprise. Ce débarquement important au sein des «services» suit celui du directeur de la DST (Direction de la surveillance du territoire), Jean-Jacques Pascal, démis de ses fonctions le 3 juillet en Conseil des ministres. Il a été remplacé par un proche du chef de l’Etat, Pierre Bousquet de Fleurian.
Le départ de Cousseran est une demi-surprise. Dès le retour de la droite au pouvoir, le directeur de la DGSE, connu pour ses sympathies socialistes, a été accusé d’avoir laissé ses services enquêter sur le chef de l’Etat. Toutefois, la compétence de Cousseran était unanimement saluée et le Président n’avait pas manqué, le 13 juillet, durant la garden-party du ministère de la Défense, de «rendre hommage aux personnels de la DGSE». Cet éloge n’a été que le coup de pied de l’âne.
«Ce départ donne crédit aux accusations qui ont été portées contre lui. Personne, pourtant, n’y croit sérieusement», réagit Guillaume Dasquié, responsable de la lettre d’information Intelligence Online. Peu d’éléments ont filtré, ces dernières semaines, sur une éventuelle manoeuvre politicienne ourdie par la DGSE pour déstabiliser le chef de l’Etat. A l’automne, lors de leur tête-à-tête précédant le Conseil des ministres, Jacques Chirac avait reproché à Lionel Jospin d’utiliser les services secrets pour monter des dossiers contre lui. Le Président faisait notamment allusion à des informations collectées par la DGSE sur les relations qu’il entretenait avec un sulfureux financier japonais, Shoichi Osada, qui auraient donné lieu à un rapport en 1999. «Le travail du service a correspondu à sa déontologie, ni plus ni moins, lorsqu’il s’agit de rumeurs circulant sur le chef de l’Etat. La thèse d’une cellule contre Chirac relève de la manipulation», estime un membre de la DGSE. Mais la transmission, inédite, d’une note de la DST au parquet de Paris, en janvier 2001, sur une possible rançon payée par le gouvernement Chirac contre la libération des otages du Liban en 1986, a pu, plus sérieusement, attiser la colère élyséenne.
Rivalités. Ces derniers mois, la DGSE est secouée par de fortes rivalités internes. Cousseran a mis à l’écart le directeur du renseignement, Jean-Pierre Pochon, un policier proche du RPR. Les relations directes entretenues par Cousseran avec d’autres directeurs, jugés proches des socialistes, ont accrédité l’idée que la DGSE s’imprégnait d’une atmosphère trop partisane.
Un contexte d’autant plus tendu que Cousseran avait entrepris, début 2001, une profonde réforme des services pour les adapter à l’après-guerre froide. Il a cassé de nombreuses baronnies : des responsables de secteur géographique et, surtout, la division contre-espionnage, jadis chargée d’infiltrer les services secrets étrangers. Ces officiers ont été recyclés dans la lutte contre le terrorisme ou les grands trafics. «Cousseran avait une approche transnationale des problèmes, explique un proche du dossier. Sa réorganisation a suscité une incroyable levée de boucliers.»
Perte d’influence. Traditionnellement, la DGSE était dirigée par un préfet ou un militaire. La nomination d’un diplomate, pour la deuxième fois consécutive, déplaît surtout aux militaires qui espéraient voir ce poste prestigieux revenir au général Costedoat, gouverneur militaire de Paris. Ils perdent peu à peu leur influence dans une maison où ils ne représentent plus qu’un tiers des effectifs (4 400). En se séparant de Jean-Claude Cousseran, l’Elysée choisit de se priver d’un spécialiste du monde arabo-musulman. Arabophone, il a été en poste en Turquie, en Iran, en Syrie, auprès des Palestiniens et en Israël. Une expérience irremplaçable en pleine guerre contre le terrorisme. Il lui manquait seulement d’être chiraquien.

Sinon, en ce moment j’écoute Trentemoller, un artiste danois qui sort son premier double album : The Last Resort. Je viens de remettre une version corrigée des aventures de Lynx à Aurélien, Michaël et moi avançons sur notre projet de série et d’autres sujets, j’ai terminé Les Bienveillantes, reçu hier un clap de Contre-enquête, le film de Franck Mancuso. Et je commence enfin à réfléchir sérieusement à ma nouvelle pour Akashic books.

La cicatrice inconsolable

Blogged by DOA as Anti-Personnel, Ligne de Sang, MiAPED, Lynx — DOA Wed 11 Oct 2006 20:23

Séance de travail avec Michaël aujourd’hui. Il vient chez moi et, comme à chaque fois, nous nous installons dans la cuisine avec son PC portable. Lorsque nous travaillons, nous échangeons à brûle-pourpoint, les propos sont assez libres et il entre dans sa bécane ce qui mérite d’être retenu. Après deux heures de boulot arrive l’inévitable moment de détente. Aujourd’hui, il s’agissait des petits tics d’auteur pour tout ce qui concerne la présentation des documents. Michaël est un zinzin des points de suspension, j’ai tendance à chercher à les éliminer partout. Il aime les textes aux marges irrégulières, je suis un psychorigide de la justification… mais pas dans n’importe quelles conditions! Cet été, par exemple, lorsque je planchais sur les aventures de Lynx, je me suis surpris plus d’une fois à réécrire des phrases parce l’algorithme de justification de Word écartait trop les mots sur certaines lignes et que je trouvais ça moche. Je n’aime pas les vides. Cette angoisse de l’espace inutile a été le point de départ du fou rire du jour. Conclusion de nos débats pas très sérieux, il va nous falloir monter un groupe de thérapie pour scénaristes maniaques. Avec tous les grands malades qui nous entourent, il y aurait vraiment de quoi rigoler.

Demain, je parle de mon prochain roman aux représentants de Gallimard. Il y a quelques jours, j’ai remis une courte bio à François, qui travaille à la Série Noire avec Aurélien. Exercice difficile que celui qui consiste à essayer de cerner une personne en quatre ou cinq lignes tout en évitant, dans mon cas, de trop se dévoiler. Voilà ce que j’ai proposé et qui, a priori, a été accepté :

Né en 2001, en France, DOA existe, il est romancier et scénariste. Lecteur compulsif sur le tard, auteur pour le moment, il aime aussi le cinéma, la BD, David Bowie et la musique électronique, les Robustos et les Gran Panatelas, le Laphroaig, pas parler de lui mais explorer les interstices du réel. Son premier récit, Les fous d’avril, a obtenu le grand prix du festival Quais du Polar en 2005. XXXXXXXX YYYYYYYYYYYY est son troisième roman.

Et oui, il y aura bien deux mots dans le titre final du livre à paraître. Dans la journée, j’ai également reçu la proposition de quatrième de couverture de l’édition Folio Policiers de La ligne de sang. C’est Lionel, l’éditeur de cette collection, qui l’a rédigée. Elle est simple et efficace, bien.

Autrement, parmi les nouvelles qui m’ont fait rire, ces derniers jours, la réélection anticipée - il ne pouvait vraiment plus attendre, c’était une envie pressante - d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux. Nos politiques sont sans vergogne et nous, bien stupides de laisser des personnes condamnées pour avoir trompé la confiance du peuple souverain (pour mémoire : 14 mois de prison avec sursis et 1 an d’inéligibilité) occuper à nouveau des postes à responsabilité (je salue au passage M. Balkany et ses administrés, ainsi que M. Carignon, qui a le courage de se représenter devant le suffrage des électeurs. Hum). Ceci dit, quand je vois la belle brochette de ouineurs qui se disputent les oripeaux de la Présidence de la République…

Actor’s studio

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 16 Oct 2006 13:24

Juste quelques lignes de pub pour attirer votre attention sur le journal en ligne de mon ami Francis Renaud, qui est ouvert depuis quelques jours. J’en profite pour vous encourager à regarder L’affaire Villemin, fiction de qualité dans laquelle il tient l’un des rôles principaux. Sauf erreur de ma part, elle sera diffusée en intégralité au cours de trois soirées, les 28, 29 et 30 octobre prochains. J’ai eu la chance de visionner les deux premiers épisodes vendredi dernier et j’attends avec impatience de pouvoir découvrir la suite.

Bouche à oreille

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Thu 19 Oct 2006 11:37

La dernière version de Lynx livrée à Aurélien était apparemment la bonne. Il l’a validée et elle va à présent entrer dans le circuit interne des Editions Gallimard. Ca y est, mon nouvel enfant me quitte. Nous avons commencé depuis quelques temps à discuter couverture. La nouvelle Série Noire use de photos en N&B. Pour ma part, je souhaiterais une belle image de lynx, l’animal, camouflé, en forêt. Mais apparemment, ce ne sera pas le cas. Il semblerait que le consensus éditorial se dirige vers une illustration à thématique islamique. Je ne sais pas trop quoi en penser. Le sujet que j’ai traité et son impact éventuel - toutes les tracasseries que cela pourrait provoquer - ne me gênent pas. Cependant, ce rappel en couverture est-il bien utile ? J’avoue ne pas avoir d’avis tranché sur la question. Ma seule réflexion est, à vrai dire, d’ordre esthétique. Il va donc falloir que j’attende de voir les clichés qui me seront proposés. Nous avons également parlé bandeau, ce nouveau gadget tendance chez les éditeurs. Avant, on ne trouvait de tels ornements que sur les livres primés. Aujourd’hui, cette règle tacite a disparu et on survend un peu tout, concurrence oblige. Là encore, rien à dire a priori. Je fais ce métier pour être lu, il faut donc que je sois acheté et ce genre d’artifice n’a rien de choquant. En revanche, j’ai suggéré que l’on utilise le logo qui identifie les composants chimiques militaires toxiques et pas un slogan accrocheur et forcément réducteur. Quitte à attirer l’œil, autant se démarquer.

La décision devrait être prise dans la semaine entre Aurélien et ses homologues du marketing. Côté scénar’, on nous a proposé, à Michaël et à moi, de bosser sur une autre série télé. J’ai compté, depuis le début de l’été, ça en fait sept puisque je serai probablement sous peu directeur littéraire sur un projet policier TF1, tout un programme. Vais-je me faire bouffer ou plutôt réussir à introduire le ver dans le fruit ? La différence avec ce nouveau projet est qu’il est déjà vendu à une chaîne. L’offre est donc solide et pourrait démarrer concrètement assez vite. Le concept central est assez intéressant mais sa forme actuelle est entièrement à revoir, à notre avis. Nous allons nous atteler à une contre-proposition qui présentera les grandes lignes de notre réflexion à la productrice (qui a par ailleurs produit Clara Sheller - pour info, le sujet qui nous occupe n’a vraiment rien à voir). Nous saurons bien assez tôt si cela lui plaît. Mon travail prend une forme nouvelle avec toutes ces pistes télévisuelles. Moins concentré mais pas moins intense, même si cela me laisse pour le moment un peu plus de temps libre. Hier par exemple, j’ai passé une bonne partie de la journée à cuisiner pour des amis qui venaient dîner. J’adore cuisiner - et recevoir - et cela faisait longtemps que ce n’était plus arrivé. Ce fut une belle soirée, achevée tard. Ah… Et puis j’ai rencontré une jolie bouche aussi. Elle ne m’a pas encore parlé - et peut-être ne le fera-t-elle jamais - mais on s’est déjà dit beaucoup de choses.

Paris calling

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Sun 22 Oct 2006 18:14

Voilà ce que tout le monde semble attendre (enfin, à l’exception des principaux intéressés).

Les politiques d’abord, certainement, pour recommencer à s’invectiver dans cette campagne présidentielle sans intérêt. Cela leur évitera de rendre des comptes (quels plans, par quelle administration, avec quel calendrier, quels moyens et quels résultats) ou d’avancer des contre-propositions concrètes et réalistes (quels plans, par quelle administration, avec quel calendrier, quels moyens et quels résultats - je sais, je me répète), pour peu qu’ils soient dans la majorité ou l’opposition. La presse ensuite, pour remplir ses colonnes et ses journaux télévisés à moindres frais. Après tout, elle vient bien de négliger le sujet pendant presque un an, évitant de trop régulièrement solliciter nos dirigeants pour qu’ils s’expliquent sur leurs actions… Ne parlons même pas de descendre sur le terrain une fois les feux éteints pour analyser en profondeur et sur la durée la réalité de la situation et les initiatives suivies.

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu, entendu, dans la bouche ou sous la plume des uns et des autres, le mot anniversaire accolé au souvenir des émeutes de novembre 2005, ces derniers jours. Je m’attendais presque à lire commémoration. Hier encore, le patron de RTL se vantait, sur i-Télévision, d’avoir mis en place un dispositif destiné à couvrir ce qui pourrait se passer dans quelques jours. Autre dimension intéressante de la minable anticipation politico-médiatique que nous subissons autour de cet évènement passé ou à (re)venir, la référence constamment répétée à la fin du Ramadan, comme possible déclencheur ou libérateur d’énergies négatives.

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