Services Discrets
C’est très drôle cette façon qu’a eu la DGSE de se réinviter en douce, la semaine dernière, dans la campagne présidentielle de 2007. Je ne vais pas gloser sur les actions réelles ou supposées de Gérard Royal, à nouveau rapportées par son frère, Antoine, dans le Parisien du 29/09/06, mis à part pour dire ceci : Antoine Royal se montre plutôt imprudent, pour ne pas dire autre chose, à parler ainsi publiquement d’évènements secrets. Cela pourrait causer à son frère - et éventuellement à certains de ses collègues - de nombreux problèmes. Fabius, qui n’en rate pas une, en a profité pour essayer d’attirer sur lui une partie de cette malsaine attention accordée à Che-golène. A sa place - il était Premier ministre à l’époque de l’affaire Rainbow Warrior - j’éviterais de trop la ramener. A cette occasion, il n’avait guère brillé. On pourrait, au choix, le considérer comme un pleutre, parce qu’il s’était alors défaussé sur son ministre de la Défense, Charles Hernu, ou comme un benêt, puisqu’il avait prétendu ne pas avoir été au courant des agissements de nos services secrets (qui s’apparentaient à un acte de guerre en territoire ami).
La DGSE était déjà une vedette secrète de la présidentielle de 2002. Elle était alors dirigée par Jean-Claude Cousseran, que l’on a soupçonné de rouler pour Lionel Jospin. En effet, la rumeur a couru qu’il existait des tensions internes entre cet ancien diplomate réputé proche des socialistes et Jean-Pierre Pochon, soi-disant inféodé à Jacques Chirac, patron de la puissante Direction du renseignement. Pochon aurait été victime d’une réorganisation visant notamment à réduire ses attributions par une scission de la Direction du renseignement en deux sous-ensembles : le Service de renseignement de sécurité et le Service de renseignement politique. Le premier de ces deux services, placé sous la responsabilité d’Alain Chouet, proche de Cousseran, abritait le groupe dit des Affaires Protégées, où oeuvrait un magistrat en disponibilté, Gilbert Flam. Apparemment, le Président de la République, via Pochon, suspectait Flam et ses collaborateurs de vouloir monter un dossier compromettant sur ses supposées aventures nippones (versements financiers occultes et fils caché) afin de lui nuire pendant la campagne électorale. Cette histoire, une première fois rapportée par différents journaux - Libération, le Monde, le Figaro - à l’été 2002, a fini par conduire à l’éviction de Cousseran, remplacé par un autre haut fonctionnaire plus proche des sensibilités chiraquiennes. Elle est revenue sur le devant de la scène plus récemment, à l’occasion de la sinistre farce Clearstream/Villepin/Sarkozy/Rondot.
Ci-dessous, un article de Jean-Dominique Merchet et Fabrice Tassel, publié dans Libération le 25 juillet 2002 :
UN CHIRAQUIEN POUR REGLER LEURS COMPTES AUX SERVICES
Le patron de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) a été débarqué hier pour faire place à un chiraquien pur beurre. Le Conseil des ministres a nommé Pierre Brochand à la tête des services secrets. Il remplace Jean-Claude Cousseran, en poste depuis le 9 février 2000, qui pourrait être nommé ambassadeur en Egypte. Comme son prédécesseur, Pierre Brochand, 61 ans, est diplomate. Actuel ambas sadeur au Portugal, il a notamment été en poste en Israël et en Hongrie après un début de carrière à Saigon, à la fin de la guerre du Viêt-nam. «Brochand, raconte une de ses connaissances, c’est un passionné de foot et un chiraquien de choc.» Comme son frère, Bernard Brochand, ancien président du PSG et député UMP de Cannes.
Demi-surprise. Ce débarquement important au sein des «services» suit celui du directeur de la DST (Direction de la surveillance du territoire), Jean-Jacques Pascal, démis de ses fonctions le 3 juillet en Conseil des ministres. Il a été remplacé par un proche du chef de l’Etat, Pierre Bousquet de Fleurian.
Le départ de Cousseran est une demi-surprise. Dès le retour de la droite au pouvoir, le directeur de la DGSE, connu pour ses sympathies socialistes, a été accusé d’avoir laissé ses services enquêter sur le chef de l’Etat. Toutefois, la compétence de Cousseran était unanimement saluée et le Président n’avait pas manqué, le 13 juillet, durant la garden-party du ministère de la Défense, de «rendre hommage aux personnels de la DGSE». Cet éloge n’a été que le coup de pied de l’âne.
«Ce départ donne crédit aux accusations qui ont été portées contre lui. Personne, pourtant, n’y croit sérieusement», réagit Guillaume Dasquié, responsable de la lettre d’information Intelligence Online. Peu d’éléments ont filtré, ces dernières semaines, sur une éventuelle manoeuvre politicienne ourdie par la DGSE pour déstabiliser le chef de l’Etat. A l’automne, lors de leur tête-à-tête précédant le Conseil des ministres, Jacques Chirac avait reproché à Lionel Jospin d’utiliser les services secrets pour monter des dossiers contre lui. Le Président faisait notamment allusion à des informations collectées par la DGSE sur les relations qu’il entretenait avec un sulfureux financier japonais, Shoichi Osada, qui auraient donné lieu à un rapport en 1999. «Le travail du service a correspondu à sa déontologie, ni plus ni moins, lorsqu’il s’agit de rumeurs circulant sur le chef de l’Etat. La thèse d’une cellule contre Chirac relève de la manipulation», estime un membre de la DGSE. Mais la transmission, inédite, d’une note de la DST au parquet de Paris, en janvier 2001, sur une possible rançon payée par le gouvernement Chirac contre la libération des otages du Liban en 1986, a pu, plus sérieusement, attiser la colère élyséenne.
Rivalités. Ces derniers mois, la DGSE est secouée par de fortes rivalités internes. Cousseran a mis à l’écart le directeur du renseignement, Jean-Pierre Pochon, un policier proche du RPR. Les relations directes entretenues par Cousseran avec d’autres directeurs, jugés proches des socialistes, ont accrédité l’idée que la DGSE s’imprégnait d’une atmosphère trop partisane.
Un contexte d’autant plus tendu que Cousseran avait entrepris, début 2001, une profonde réforme des services pour les adapter à l’après-guerre froide. Il a cassé de nombreuses baronnies : des responsables de secteur géographique et, surtout, la division contre-espionnage, jadis chargée d’infiltrer les services secrets étrangers. Ces officiers ont été recyclés dans la lutte contre le terrorisme ou les grands trafics. «Cousseran avait une approche transnationale des problèmes, explique un proche du dossier. Sa réorganisation a suscité une incroyable levée de boucliers.»
Perte d’influence. Traditionnellement, la DGSE était dirigée par un préfet ou un militaire. La nomination d’un diplomate, pour la deuxième fois consécutive, déplaît surtout aux militaires qui espéraient voir ce poste prestigieux revenir au général Costedoat, gouverneur militaire de Paris. Ils perdent peu à peu leur influence dans une maison où ils ne représentent plus qu’un tiers des effectifs (4 400). En se séparant de Jean-Claude Cousseran, l’Elysée choisit de se priver d’un spécialiste du monde arabo-musulman. Arabophone, il a été en poste en Turquie, en Iran, en Syrie, auprès des Palestiniens et en Israël. Une expérience irremplaçable en pleine guerre contre le terrorisme. Il lui manquait seulement d’être chiraquien.
Sinon, en ce moment j’écoute Trentemoller, un artiste danois qui sort son premier double album : The Last Resort. Je viens de remettre une version corrigée des aventures de Lynx à Aurélien, Michaël et moi avançons sur notre projet de série et d’autres sujets, j’ai terminé Les Bienveillantes, reçu hier un clap de Contre-enquête, le film de Franck Mancuso. Et je commence enfin à réfléchir sérieusement à ma nouvelle pour Akashic books.



