Mors ultima ratio
Previously on Anti-Personnel…

SAMEDI – Mon premier souvenir du 25 novembre, c’est un morceau de l’album London Calling des Clash – d’où la photo ci-dessus, cherchez ce qui cloche dans l’image – intitulé Guns of Brixton. Je me rappelle d’extraits de paroles comme When they kick out your front door… How you gonna come ? / With your hands on your head… Or the trigger of your gun? ou You can crush us… You can bruise us / But you’ll have to answer to… Oh – The guns of Brixton… La superposition était saisissante, j’étais en train de parcourir les journaux, devant un café, dans l’agitation bon enfant d’une brocante rue de Bretagne, et il était question de délinquance, d’insécurité, de violences urbaines, de cités, de police omniprésente, de ras-le-bol citoyen. Ordre juste ou juste de l’ordre, ce débat électoraliste vire à la fixation et frise la saturation. Cela fait déjà deux élections qu’il obsède les candidats et les votants. Cette impression de concomitance n’a pas duré, une jolie rousse est passée devant la vitrine du bar, a fait mine de s’intéresser quelques vieilles fripes, juste sous mon nez, tout comme j’ai fait mine de continuer à lire. Après quelques échanges de regards furtifs, elle est partie et n’a plus reparu de l’autre côté de la paroi de verre. A mon grand regret. Peut-être est-ce pour cela que dans l’après-midi, j’ai envoyé ce mail à une autre disparue depuis quelques mois? Pour ne rien avoir à regretter. Un geste purement gratuit, il n’y a rien à espérer. Plus tard dans la soirée, alors que nous prenons un verre, rue Montmartre, à la sortie de Casino Royale (film amusant bien qu’un poil trop long. Réussite totale de l’acteur qui, pour une fois, a un physique à la hauteur des exploits bondiens), j’en parle à la Du Barry, de ce mail. Elle trouve son contenu tendre. Hum, je dois vieillir. DIMANCHE – C’est un jour de deuil puisque j’achève la dépouille agonisante d’une amitié, perdue depuis longtemps, en oubliant de souhaiter un anniversaire. Ce lien ténu, maintenu malgré la distance affective, n’a vraiment plus de raison d’être. Il est même à la limite de l’hypocrisie. Exceptionnellement, pas de marché, pas envie, juste un café, assez tôt, en bas de chez moi. La journée oscille entre le JDD, Gears of War, Homicide et des livres sur la Guerre Froide. LUNDI – Le matin, projo de Scorpion. Je retrouve Clovis Cornillac, Cédric Jiménez, le producteur, et surtout mon pote Francis au Max Linder. Il y a du monde et le film, urbain, sombre, est assez bien accueilli. Tous saluent en particulier l’interprétation de Karole Rocher, dont on devrait à nouveau beaucoup parler dans les mois à venir. Les autres comédiens sont aussi plutôt bons. Julien Séri, le réalisateur, a fait des miracles avec un budget serré. Pas un grand long métrage mais dans son genre, il tire son épingle du jeu, les amateurs aimeront certainement. Après une rencontre inattendue et intéressante au déjeuner, je rejoins Michaël pour une séance de travail UFEP, le nom de code donné à notre série prison. Le reste de la journée est productif, même si celle-ci s’achève sur une mauvaise nouvelle professionnelle. Rien de dramatique, juste un contretemps fâcheux de plus à régler. Le soir, un petit coup de Gears of War, le premier vrai jeu next-gen, selon moi. Sur grand écran, en full HD, il est magnifique. Exterminer des aliens me calme les nerfs. MARDI – It’s a Gladio day. Le matin, documentation et l’après-midi, séance de travail, chez Dan Franck, avec lui, Claudio et Morgan, notre scribe. Comme souvent, les échanges sont animés et toutes les pistes explorées font l’objet de longues discussions. Notre mode de travail a même surpris Morgan. Elle s’est étonnée de ne nous voir d’accord sur rien ou presque. Pourtant, nous progressons. Je quitte le boulevard Montparnasse à pied et rentre au grand air. Une promenade indispensable après ces longues heures enfermées. De retour chez moi, appel à Charlotte, ma meilleure amie. Elle m’apparaît fatiguée, à l’autre bout du fil. MERCREDI – Journée UFEP. Michaël et moi attaquons la rédaction de l’arche principale de cette saison initiale. Le travail de fond effectué ces dernières semaines paye et les colonnes vertébrales des deux premiers épisodes prennent rapidement forme. Nous les expédions en résolvant beaucoup de petits problèmes laissés en suspens pendant la phase de réflexion précédente. Jamais la phrase ce qui se conçoit bien s’énonce clairement n’aura été aussi juste et nous n’avons pas de mal à coucher nos idées sur le papier. Le soir, en rentrant, quelques coups de fil et mails persos, et aucun goût à sortir, trop fatigué. J’ai notamment reçu les questions qui vont être intégrées au bulletin Gallimard de janvier 2007. Je sais par ailleurs depuis deux jours que je vais devoir me rendre rue Sébastien Bottin en fin de semaine pour enregistrer mes réponses en vidéo. Cet entretien supplémentaire devrait être mis en ligne en février, au moment de la sortie de Citoyens clandestins. Je vous livre ces interrogations ici:
Qui sont les Citoyens clandestins du titre ? / Considérez-vous que les douze mois durant lesquels s’inscrit l’action du roman, qui intègrent les attentats du 11 septembre 2001 et les élections présidentielles d’avril 2002, constituent le véritable coup d’envoi du 3e millénaire ? / Peut-on dire que votre manière de mêler fiction et réalité s’inscrit dans la lignée d’un James Ellroy ? / Le roman décrit de l’intérieur le fonctionnement de cellules terroristes islamistes et des services de renseignement impliqués dans l’affaire. Comment avez-vous pu aller aussi loin dans la description crédible des deux camps ? / La guerre des services est-elle aussi radicale que vous la décrivez, au point de faciliter la tâche de l’adversaire terroriste ? / Peut-on lire aussi Citoyens clandestins comme un éloge des techniques classiques du renseignement (agents sur le terrain, patience…) et une mise en garde contre l’abus des nouvelles technologies (surveillances électroniques, coups d’éclat médiatisés…) ? / Au-delà du thriller d’espionnage, le roman ne serait-il pas aussi - ou surtout - une enquête sur la psychologie des forces en présence (qu’il s’agisse de psychologie individuelle ou d’esprit de corps) ? / La signification de votre pseudonyme, DOA, a-t-elle à voir avec des activités extra littéraires ?
Pour les réponses, il faudra attendre. JEUDI – Matinée UFEP. Le troisième épisode est expédié avec autant de facilité que les deux premiers. L’après-midi, nouvelle séance Gladio. En fin de journée, au cours de ma balade à pied, je trouve le moyen de m’engueuler avec quelqu’un par SMS. A croire que j’ai beaucoup de trucs à flinguer cette semaine. Je regrette l’issue de cet échange, convaincu d’avoir eu raison sur le fond et, comme souvent, complètement tort sur la forme. VENDREDI – Le noyau narratif de l’épisode 4 d’UFEP tombe en quelques heures. Nous y introduisons un nouvel élément qui ajoute à la tension croissante de l’intrigue et trouvons par ce biais une solution élégante à un problème pas encore abordé de l’étape suivante. Moment de détente au milieu de toutes les choses très noires que nous nous racontons lorsque nous baptisons le QG de nos méchants, une boîte de nuit de banlieue. Elle s’appellera le Montreuil – Montreuil, les parisiens comprendront. Après un déjeuner avec Aurélien, qui semble fatigué et peut-être un peu stressé - par les enjeux de la sortie de Citoyens clandestins, c’est apparemment la première fois que les épreuves d’un livre de la Série Noire sont tirées à 500 exemplaires - je me rends dans le salon bleu de Gallimard pour enregistrer mon entretien. Oui, je sais, j’ai accepté de passer devant une caméra… Enfin presque. Le soir, je retrouve avec plaisir un ami de Michaël rencontré il y a peu, Gilles, également scénariste. SAMEDI – Le ping-pong des toilettages commence sur UFEP. Je repasse une première fois sur les quatre premiers épisodes avant de les renvoyer à Michaël, qui lui, planche sur les personnages. Ce manège va durer jusqu’à ce que nous remettions le document final au producteur, vers le 10 décembre. Dans la journée, Charlotte décide de venir me voir à Paris en janvier, une excellente nouvelle. Le soir, la Du Barry m’invite à dîner chez elle et nous passons un moment agréable et complice. DIMANCHE – Les nuages volent à toute vitesse dans un ciel bleu-rose. J’attends un ami aux Phares en réfléchissant à ce post. Avec lui, il s’agit également de sauver ce qui peut l’être ou, là encore, de tuer ce qui doit l’être. Une fin de semaine en accord avec le reste. Il arrivera en retard, avec sa fille de trois mois, juste au moment où, dans mes oreilles, le groupe Editors chante People are fragile things, you should know by now… Be careful what you put them through… (Trk : Munich, Alb.: The back room). Nouvelle coïncidence / concomitance ? Nous éviterons soigneusement toute conversation qui fâche pour nous contenter du marché, comme nous avions l’habitude de le faire jusqu’à l’été, avant de nous éloigner l’un de l’autre. Vieux restes ou geste d’amitié gratuit ? Mors ultima ratio. D’ici là…
Ah, et puis j’oubliais. J’ai reçu les essais de couv’ de Citoyens clandestins lundi dernier. La photo retenue est vraiment très belle. Elle s’inscrit dans la logique de celle qui suit, elle-même tirée d’une sélection d’Ugo Rondinone (pour ceux qui connaissent cet artiste, je précise que c’est le sujet de ce cliché particulier et non celui de la série elle-même qui se rapproche de l’esprit de la couverture à venir).
