Dimanche, 21h00, il pleuvait sur l’autoroute entre Charles de Gaulle et Paris, sur le taxi qui me ramenait du week-end turinois où j’étais allé, en compagnie de Franck Thilliez - un mec très bien - de quelques-uns des organisateurs du festival Quais du Polar et d’Alessandro Perissinotto, un romancier italien, parler métier et manifestations culturelles - Franck et moi sommes les deux premiers lauréats du prix des lecteurs QdP. La grise Turin est, cette année, Capitale Mondiale du Livre, d’où ce déplacement en force. C’était drôle de se retrouver là avec Franck, si tôt après avoir rencontré les gens de la Gaumont, vendredi, pour discuter de l’adaptation de son dernier roman paru, La forêt des ombres. L’autoradio était réglé sur FIP et diffusait du free jazz, je crois. J’ai remis mon iPod en route. Boards of Canada, alb. Geogaddi, trk. 1969, une découverte récente, sur une recommandation pertinente d’Aurélien. Alors que nous quittions le terminal 2F, j’ai aperçu des lapins, dans le faisceau des phares. Ils fuyaient mollement sur l’un de ces remblais anti-bruit qui entourent l’aéroport. Me suis-je réjoui de voir la nature reprendre ses droits partout où elle le peut? Non, juste interrogé pour savoir si nous avions enfin réussi à rendre les lapins neurasthéniques. Je me suis affaissé sur la banquette, ai levé les yeux vers le ciel nocturne aux couleurs jaune-orangé malades, avant d’essayer de distinguer les silhouettes des occupants des voitures qui nous dépassaient, de tous les côtés, sans doute pressés comme moi d’en finir avec le week-end, cette parenthèse hebdomadaire insupportable. Ma phase contemplative a duré un temps incertain jusqu’à ce que, mû par un instinct étrange, je tourne la tête de l’autre côté, juste à temps pour apercevoir une station service coincée entre deux bandes d’asphalte, à l’embranchement de Marne-la-Vallée. Mémoire bizarre, j’ai gardé un souvenir très précis de cet endroit, alors que je passe très rarement par ici. Je m’y étais arrêté une fois, en 2001. C’était un samedi de générosité intéressée, j’étais accompagné d’une jeune fille perdue de vue depuis. Il m’arrive de repenser à elle, parfois, et à d’autres, lorsque, atteint d’un brusque accès de culpabilité, je remonte le temps vers mes années anglaises et la parfaite stupidité qui dictait mon comportement de l’époque. Ai-je détourné le regard trop vite, hier soir ? Que de questions. Qui a dit sélective? En arrivant chez moi, j’attendais un coup de fil. Je n’ai eu que des mails. L’un d’eux était un lien vers l’archive d’une émission de radio qui parlait de Citoyens. Flatteur, le libraire interviewé expliquait brièvement, entre autres, que mon roman était le livre dont tout le monde parlait, à Paris. Tu parles, Charles, j’aimerais bien. Quoi qu’il en soit, ce matin, le Parisien, titrait, en une : La nouvelle menace terroriste. L’article, développé en pages 2 et 3, expliquait qu’à l’approche des élections, l’alerte terroriste était élevée. Tiens, ça me rappelle quelque chose, tous ces salafistes algériens qui nous menacent en pleine campagne présidentielle.

Emblème du GSPC
Le week-end prochain, je serai là, en particulier pour ça : Des couloirs de la justice à ceux du pouvoir, du droit de vote à la business class: le polar politique. Avec Jean-Hugues Oppel, Eric Halphen et Giancarlo De Cataldo. Rencontre animée par Hubert Artus, le 02/03/07 à 18h00.