Le pays qui n’aimait pas la vérité

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Mon 16 Apr 2007 18:18

Qu’est-on prêt à faire pour éviter au brouet de présidentielle qui tient lieu de campagne électorale de se conclure sur un 21 avril-bis ? Par mauvais calcul, à travestir ou occulter la réalité. Deux faits-divers marquants et leurs développements ont attiré mon attention au cours des quinze derniers jours. Ils sont, à mon sens, représentatifs de ce défaut national qui plombe tout débat chez nous: le refus de considérer les faits pour s’enfoncer dans nos fantasmes. D’une part l’arrestation musclée, dans la nuit du 3 au 4 avril, de deux individus après un accident de la circulation. Celle-ci, filmée par un vidéaste amateur, montre des policiers usant d’une violence injustifiée par les circonstances apparentes de l’incident. En dépit d’une diffusion le 5 avril sur quelques chaînes de télévision, l’affaire a été très peu reprise par la presse avant de disparaître tout à fait avant même que le week-end ne commence. Résultat : une grande frustration chez les jeunes, cette nouvelle masse informe et uniforme, un jour dangereuse et honnie, l’autre angélique et victime. D’autre part, le fameux accident de la Foire du Trône. Pendant quatre jours, avec une constance qui relève de l’auto-persuasion incantatoire, on nous a vendu cette thèse de la malchance accidentelle, de la hiérarchie policière aux syndicats proches du pouvoir, le temps de laisser un peu retomber la pression. Cette fois, les médias n’ont pas brillé par leur silence mais par leur capacité à recracher une version officielle volontairement bénigne et destinée à arrondir les angles. On joue sur les mots : il y a eu une bousculade / bagarre, les policiers ont dû intervenir et l’un d’eux a été déséquilibré, au cours de cette intervention, pour se retrouver dans le passage de l’attraction, toujours active. Tout ceci n’a rien d’accidentel. Résultat : une très grande frustration dans les rangs de la police. J’ai cru comprendre que ces incidents n’arrangeaient personne - lire: aucun des principaux candidats - en cette période hautement volatile. Pas plus d’ailleurs que celui de la Gare du Nord dans le cadre duquel, d’un jour sur l’autre, on ne nous a servi que des témoignages victimaires ou des mensonges d’état. Etait-il si difficile de dire, sans nécessairement invoquer son casier judiciaire, que l’homme interpellé par la police l’avait été après avoir refusé de se soumettre à un contrôle de son titre de transport et qu’il s’était montré violent à l’égard des contrôleurs ? Est-il par ailleurs devenu impensable de laisser les policiers faire leur travail ? Je crains que ce travestissement continuel de la réalité ne contribue qu’à monter un peu plus les uns contre les autres. Il donne l’impression aux plus crédules, aux dubitatifs et aux aigris, dont les rangs grossissent chaque jour, que tout est mensonge et que les extrémistes de tous bords, avec leurs discours Canada Dry, sont les seuls détenteurs d’une parole vraie. En leur abandonnant ce terrain avec des manipulations aussi grossières, partis de gouvernement et médias vont peut-être finir, lorsque la confiance aura totalement disparu, par obtenir ce qu’ils redoutent le plus : un nouveau cataclysme au premier tour, suivi d’un non-choix (avant, peut-être, un jour prochain, de provoquer un grand chaos au second tour). Et je me dis que nous serons également fautifs, nous qui nous apprêtons à présent à nous réunir pour regarder le match présidentiel, ramené ainsi au niveau d’une vulgaire coupe du monde de football. J’ai reçu en effet – et je ne blâme pas mes proches, je pense que c’est un signe de temps auxquels aucun d’entre nous ne peut échapper – plusieurs invitations à venir assister aux résultats du premier tour de l’élection, ce week-end. J’ai trouvé la chose étrange, symptomatique d’un phénomène récent, sans doute né du traumatisme de 2002, vécu comme un événement majeur. Aussi marquant que la victoire de notre équipe nationale à Paris, en 1998. Hum… Peut-être est-ce que je me trompe, mais je ne garde pas le souvenir de tels engouements populaires avant cet épisode. A voir.

Je m’ai gouré

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Wed 25 Apr 2007 16:21

Ce doit être ma paranoïa rampante, ou l’influence de certaines informations off réputées fiables, ou encore ma conviction solide que les causes qui rendent le vote extrême séduisant sont toujours là, en gestation, mais j’ai bien cru – et je ne suis pas le seul, apparemment – que le 22 avril 2007 ne serait qu’un 21 avril 2002-bis. Je m’ai gouré… Ce n’est pas très grave. Olivier sera encore là la prochaine fois et, de nouveau, en plus de la Royal avec sa flotte de candidats survivants, il devra également affronter la Marine, celle-là même, Redoutable, qui a coulé le Paquebot, dixit le Canard Enchaîné du jour.

Driller Killer and the Plantograms

Blogged by DOA as Lynx — DOA Thu 26 Apr 2007 11:45

Le temps est venu de faire le post-mortem de Citoyens clandestins. Je crois qu’après mon article de La Croix, la semaine dernière, qui a suivi ceux du Figaro Littéraire, de Lire et de Télérama, les choses vont enfin se tasser du côté de la presse. J’avoue avoir été plutôt gâté, médiatiquement parlant. Il me faut également reconnaître que les libraires, je l’ai déjà dit, ont bien aidé à l’engouement général autour du roman. Tout ceci est à mettre au crédit de ma maison d’édition, en particulier de DK et de Christine, l’attachée de presse de la Série Noire, qui se sont beaucoup battus, en interne et vis-à-vis des journalistes, pour promouvoir un livre que sa taille, finalement, ne rendait pas évident à vendre. Credit where credit is due, disent les Américains. Tous ces efforts ont déclenché un phénomène auquel je n’avais pas été confronté lors des sorties de mes deux premiers bouquins : j’ai acquis un vrai public, qui m’a critiqué gratuitement sur le Net – on peut le voir par exemple ici, , , et , plus négativement – et commence à m’écrire. Chose intéressante en effet, j’ai reçu quelques dizaines de mails de lecteurs qui me faisaient part de leur ressenti après avoir terminé le roman. Bon, ce qui n’est pas cool, c’est que j’ai dû arrêter de porter des tiags depuis quelques semaines, mais dans l’ensemble, les compliments – c’est tout ce que j’ai eu dans ces courriels pour le moment, croisons les doigts – sont plutôt agréables à lire.

Evidemment, tout n’est pas rose et Citoyens a été parfois vertement attaqué. En fait on m’a détesté globalement pour les mêmes raisons qu’on m’a apprécié. Là où certains voient richesse et documentation, plongée réaliste dans un univers complexe, une minorité ne retient que longueur, lourdeur et indigestion. La taille, le détail, ligne de faille. Par ailleurs, en réponse à ceux qui félicitent la langue sèche, behaviorist, l’accumulation rythmée de saynètes courtes, comme des flashs, les points de vue qui se multiplient, les antis déplorent l’absence de style, le manque de psychologie – surtout en ce qui concerne Amel, mais je vais y revenir – et la confusion structurelle. Ils n’arrivent pas à s’attacher aux personnages, la polyphonie trop rapide les perturbe. A chacun sa sensibilité. Mais au-délà de l’intérêt ou du rejet qu’a suscité le livre, j’ai eu d’autres occasions d’être surpris. Je m’attendais à être plus critiqué sur le fond. Certains aspects du récit, comme la torture par exemple, auraient pu me valoir d’acrimonieuses attaques de la part des censeurs de la pensée politiquement correcte. On a vu des textes se faire descendre pour moins que ça. Il faut croire cependant que le fait que je fasse œuvre de littérature dite de genre et ma relative jeunesse dans le milieu m’ont aidé à passer sous le radar.

Je m’étonne de l’empathie que Lynx a réussi à générer. Voilà bien un personnage dont le sort me paraissait scellé d’avance. Finalement, autre surprise, c’est cette pauvre Amel qui aura essuyé les plus vifs reproches. Tour à tour gentille – terme à prendre dans son acception la plus ancienne, les gentils – bête, hypocrite, vénale, manquant de psychologie – mais là, c’est apparemment de ma faute, je ne sais pas écrire les femmes, vraisemblablement – elle n’a guère plu. Je le regrette, parce que je m’y suis attaché. Pour moi, Amel, c’est un peu nous tous, avec nos grandes idées et nos illusions, constamment contrariées, battues en brèche, rabrouées par une réalité beaucoup plus complexe et moins N&B que celle que nous vendent tenants du complot et autres idéologues. On m’a également fait le reproche, à travers la relative faiblesse d’Amel, seul personnage féminin, et ma vision des rapports hommes/femmes – intimes ou non – de mal masquer ma misogynie. Personnellement, lorsque je regarde autour de moi, en particulier dans certains milieux théoriquement plus polissés et sensibles – univers politiques, médiatiques artistiques – je n’ai pas l’impression de voir la parité et le respect des femmes à l’œuvre. Evidemment, grossie à la loupe de mon récit, cette réalité peut choquer. C’est un choix personnel qui ne demande qu’à être contredit. Last but not least, et l’accroche est de circonstance, je m’étonne du peu de cas qui a été fait du personnage d’Arnaud, le mystérieux agent à la pipe. Tout le monde semble être passé à côté de lui et de la signification de son rôle, dans le récit. Là encore, j’admets volontiers avoir été plus que subtil puisque ses apparitions sont rares et noyées au milieu du reste. Mais c’est une volonté de ma part qui traduit la difficulté qu’il y a à isoler un renseignement pertinent au milieu d’un flot informatif soutenu. Arnaud est de la DGSE. Il est présenté comme tel dès sa première apparition, lors d’une réunion de coordination avec les RG puis, plus tard, lors de son entrevue secrète dans un bar, avec Ponsot. Mais Arnaud est aussi en contact avec Jean-François Donjon, qui trahit Steiner, le mentor de Lynx. Or Steiner roule théoriquement pour… La DGSE, via Montana. Enfin, Arnaud n’est-il pas à la fin en compagnie de Richard Pierce, dont on suggère l’appartenance à la CIA ? Toutes les réponses, finalement, sont contenues dans le roman et la perspective du conflit irakien évoquée dans l’épilogue. Il y aurait là d’ailleurs, un cadre général de guerre, d’occupation, d’attentats, d’enlèvements, de tractations, de coups tordus et de gros contrats plutôt intéressant pour apporter les réponses qui manquent et ramener les survivants de ce premier opus. Mais l’actualité, la mienne du moins, n’est plus littéraire pour le moment.

EDIT, 20h18: Ah, et puis j’ai failli oublier… On m’a également conseillé de changer de pseudo, jugé au mieux marketing au pire puéril et ridicule. J’avais perdu de vue, il est vrai, que le pseudo fait le livre.

PS: Je serai présent au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, les 26, 27 et 28 mai prochains.

PPS: Le titre de ce post n’est pas le nom du dernier groupe rock que j’écoute, quoique, la chose ne serait pas insensée… C’est un souvenir de l’édition 2007 des Quais du Polar, un bon souvenir.

Bientôt…

Blogged by DOA as Anti-Personnel — DOA Fri 27 Apr 2007 17:47

… Après les élections, sur nos écrans et dans les magazines, le retour des régimes, des arnaques de l’été, du Festival de Cannes et du grand méchant loup. Une petite pensée pour lui, avant la plage.

EDIT, le 28.04.07 à 11h05: la remarque de Michel, en commentaire, m’incite à préciser mon intention initiale, qui était plus littérale. Et par anticipation, pour les grincheux.

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