Il y a neuf jours, j’écrivais dans mon carnet de notes les mots suivants : Je m’échappe un moment du dîner pour m’aventurer sur les berges du Lot, de l’autre côté de la route. Assis sur un rocher, je regarde les imposantes lignes médiévales du pont Valentré, avec son diable sculpté au sommet de la seconde tour. Pascal Dessaint m’a expliqué sa légende, plus tôt dans l’après-midi, mais j’en ai déjà oublié les détails. Le soleil se couche, l’atmosphère fraîchit et une brume légère s’élève des eaux au-dessus d’une petite cascade, qui courre sur toute la largeur de la rivière, sous les arches de pierre. Bruissements de cataracte sur fond de croassements de choucas – Pascal, encore, versé dans l’ornithologie – je pourrais presque m’endormir là, dans l’herbe sèche, à côté de mon promontoire de fortune… Et j’aurais commis une regrettable erreur, ayant oublié les moustiques locaux, qui pullulent en cette saison. Tout à fait entre nous, le refuge de ma chambre d’hôtel ne les a guère empêchés de pourrir ma fin de week-end festivalier en Quercy Noir. Suceurs de sang mis à part, je suis cependant assez content de ce déplacement à Cahors où j’ai pu faire mieux connaissance avec Sylvie Granotier. J’en reprendrais bien un peu l’année prochaine, s’ils veulent encore de moi.
A Paris, la semaine a filé, après un rendez-vous, lundi 11, en compagnie de Mike et des gens de la Gaumont. Je peux le dire à présent que c’est officiel, depuis deux mois, nous adaptons tous les deux un roman de Franck Thilliez intitulé La forêt des ombres. Nous en sommes au stade du traitement et, apparemment, menus ajustements mis à part, notre prose semble avoir satisfait nos interlocuteurs, en particulier Julien Leclercq, le réalisateur du film. C’était la première fois que tous les changements proposés par rapport au texte original étaient exposés de façon structurée et continue, et il était important pour nous d’en démontrer la cohérence. Il m’arrive parfois de m’interroger sur ce que Franck, que je connais un peu, pensera de ce travail, réalisé à partir de son texte. Je trouve en effet difficile, en tant que romancier, de plancher sur le travail d’un autre romancier. Je crains que l’on me suspecte de vouloir trop réécrire à ma sauce, même si je ne suis pas seul dans l’affaire. En tout cas, que je ne lise plus, dans une critique, qu’un écrivain peut avoir une écriture cinématographique ! UFEP progresse également. De notre séquencier original, remis il y a trois semaines, ne demeure qu’une version expurgée, plus nerveuse, après le passage du conseiller de programmes de France Télévisions qui suit le projet pour la chaîne. Sur le moment, j’avoue avoir été assez réfractaire à certains changements proposés mais, temps et réflexion aidant, je me suis aperçu de la pertinence des remarques énoncées… Poussé par Mike, il est vrai. Je reste malgré tout assez peu à l’aise avec ce processus que je qualifierai volontiers de création par comité, il est si éloigné du travail littéraire. Il faut croire cependant que je n’en suis pas encore totalement dégoûté puisque, toujours avec Mike, nous avons accepté le principe d’une collaboration sur une nouvelle série CAPA TV – Police District, Reporters, etc. – d’après une idée d’Olivier Marchal. A part ça, quoi d’autre ? Ah oui, le plaisir que nous avons à nous fréquenter, Dominique Manotti et moi, nous a poussés à plancher sur une idée de fiction politique. Nous la présentons dans deux jours. Enfin vendredi dernier, j’ai écrit à Shannon Burke, pour lui parler de Manhattan Grand Angle. C’est un vrai bon livre, j’aimerais être capable d’en écrire un comme ça. Maintenant, je suis à la fois heureux et angoissé, parce qu’il m’a répondu qu’il avait reçu cet exemplaire de Citoyens Clandestins que je lui avais promis, et je sais qu’il va le lire. Un dernier détail, le roman en est à sa seconde réimpression et, si mon petit doigt ne s’est pas trompé, il fera partie des sélections estivales de la FNAC. Pas mal pour un livre de 700 et quelques pages, animé par des personnages plutôt caricaturaux, dixit Libération.
PS: Frontignan, c’est dans deux semaines.