Il faut savoir Lire
Ce mois-ci, le magazine Lire publie un dossier Spécial Polar. En page 32, un article sur le Nouveau Polar Nihiliste, expression de l’auteur du papier en question, pour lequel j’ai été interviewé. Je savais cet entretien possible depuis une dizaine de jours lorsque j’ai reçu ses interrogations par mail. Je savais aussi que le journaliste pensait pouvoir étiqueter certains d’entre nous polardeux de droite, quoi que cela puisse vouloir dire, et cela se ressent clairement dans ses questions. Elles m’ont été envoyées le dimanche 10 mai, le soir, alors que j’étais en vadrouille à l’étranger. Avec un impératif de retour le mercredi 13 matin au plus tard. Je n’en ai pris connaissance et n’y ai réagi que le lundi 11 vers 21h, alors que je vérifiais mon courrier avec une connexion aléatoire, sur un vieux PC équipé d’un clavier Qwerty. Ce qui explique le côté lapidaire de mes réponses, les fautes et l’absence d’accents. Pourquoi est-ce que j’en parle ici ? Parce que mes propos sont exposés par morceaux dans l’article et peuvent être diversement interprétés. Il me semble donc intéressant de rappeler le verbatim de l’échange. J’ai répondu vite, compte tenu du contexte qui était le mien à ce moment-là (vacances), et je n’avais guère envie d’y passer trop de temps. Et si je maintiens ce que j’ai écrit, je l’aurais probablement nuancé avec d’autres mots plus ronds en prenant la peine de le méditer un peu plus. Au passage, j’aimerais signaler que la photo de moi utilisée en illustration de l’article est signée Yohanne Lamoulère, une jeune photographe croisée à Lyon, à l’occasion du festival Quais du Polar 2009. Ci-dessous, les questions puis mes réponses, en italiques.
1/ Quelles sont vos principales influences littéraires (dans le polar et au-delà de celui-ci) ? J. Ellroy, J. Wambaugh, R. Price, E. McBain, T. Hillerman, J. Harrison, B.E. Ellis (3 premiers), J.G. Ballard, D. Manotti, Y. Mishima, Baudelaire et Rimbaud et Byron, N. Tosches, D. DeLillo, R. Edogawa, H. Selby Jr, H.S. Thompson, W. Gibson, H.P. Lovecraft, M. Basho, J. Harvey, P.K. Dick et, last but not least, J.R.R. Tolkien… Ah si, plus recent, D. Winslow. (Note : j’ai répondu tellement vite que j’ai oublié d’inclure McCarthy dans ma liste)
2/ Vous sentez-vous proche du travail de la génération Pouy-Raynal-Daenincx (pour faire simple) ? En tant que lecteur, aviez-vous le sentiment –avant d’écrire) que tous ces auteurs s’étaient institutionnalisés et sentaient un peu la naphtaline et la bonne conscience ? Non, a part celui de Dominique Manotti. Joker.
3/ Pourquoi la génération disons des trentenaires-quadragénaires donne-t-elle l’impression d’être plus proche d’Ellroy que de Pouy ? Le Dantec du début a-t-il été une influence déterminante ? Meme si j’ai apprecie ses deux premiers romans, Dantec n’a jamais ete une reference pour moi. D’autres que lui, que j’avais lu avant, avaient deja aborde la plupart de ses thematiques. Quant a Ellroy/Pouy, que dire? On a grandi avec un Ellroy au top et un Pouy plus confidentiel? L’un est plus innovant, original, puissant, interessant que l’autre et marquera l’histoire litteraire de son empreinte? Ellroy a un message qui correspond mieux au violent depucelage ideologique subi par notre generation d’auteurs? La perte des illusions, tout ca…
4/ DOA, un clin d’œil à ADG ? Que pensez-vous de celui-ci, d’ailleurs ? Non, zero clin d’oeil et je connais mal son oeuvre. En plus, il etait pas copain avec plein de polardeux d’extreme gauche de reference, ADG? Devait pas etre bien mechant…
5/ Avez-vous l’impression de faire partie, disons, d’une « bande », avec Chainas, Leroy et quelques autres (dans le sens proximité littéraire et d’une certaine vision du monde) ? Avec eux, nous arrivons dans le meme moment litteraire, avec des accointances de collection, ca rapproche forcement. Maintenant, politiquement, je doute d’etre exactement du meme bord que Leroy, Stal pur jus encarte au PCF. On se respecte, mais la-dessus, il y a schisme. Chainas, je sais pas ou il est mais pas avec Leroy et sans doute pas avec Sarko ou plus loin de ce cote-la non plus. On est juste tous sans illusion, je crois.
5/ Si je vous dis que vous écrivez des « polars de droite » (concept à définir, j’en conviens…), acceptez-vous ou pas ? Et pourquoi ? Pourquoi de droite? Parce que je ne me revendique pas de gauche a chaque page, dans mes bouquins? Parce que j’aime le Dog? Manotti aussi, au passage. Et que dire de ceux qui aiment Celine, alors? Je ne pensais pas qu’on en etait encore la, c’est etrange, quand meme, ces vieux blocages…
6/ Ne pas faire du polar social néo 70’s, ne serait-ce pas un moyen d’être politiquement correct ? Et le rôle du polar (et de la contre-culture, si tu considères qu’il en fait partie…) est-il d’appuyer là où ça fait mal ? Faire du social, defendre le paume, le pauvre, le faible, la racaille, denoncer, c’est toujours plus facile et correct, au contraire, ca place d’office dans le camp de ceux qui pensent bien. Ca evite pas les querelles avec ceux qui pensent mieux que bien, mais les risques sont moins grands. Non que le message soit deplaisant, mais je trouve le champ d’investigation reduit et la focale trop courte, alors… Quant au role du polar… c’est de faire de la bonne litterature! S’il fait reflechir, tant mieux, mais pour le reste, faut arreter de rever, quel roman (tous genres confondus) a change la face et l’enfer du monde?
7/ Considères-tu des romans comme des livres authentiquement « politiques » ? Politiques oui, mais pas politises.
8/ Aurélien m’a dit que votre précédent roman allait être bientôt porté à l’écran. Pouvez-vous m’en dire plus ? Je ne m’en occupe pas et dispose donc de peu d’info. En plus, il est encore tot, ne serait-ce que pour avoir la confirmation que le film va se faire.
9/ Aimez-vous les séries TV policières françaises ? Zero, plus rien depuis ‘Police District’ et avant pas grand chose, a peine par depit. La serie policiere francaise, c’est la misere. Heureusement qu’on a ‘ Homicide’ et ‘The Wire’ pour s’amuser intelligemment.

