Driller Killer and the Plantograms
Le temps est venu de faire le post-mortem de Citoyens clandestins. Je crois qu’après mon article de La Croix, la semaine dernière, qui a suivi ceux du Figaro Littéraire, de Lire et de Télérama, les choses vont enfin se tasser du côté de la presse. J’avoue avoir été plutôt gâté, médiatiquement parlant. Il me faut également reconnaître que les libraires, je l’ai déjà dit, ont bien aidé à l’engouement général autour du roman. Tout ceci est à mettre au crédit de ma maison d’édition, en particulier de DK et de Christine, l’attachée de presse de la Série Noire, qui se sont beaucoup battus, en interne et vis-à-vis des journalistes, pour promouvoir un livre que sa taille, finalement, ne rendait pas évident à vendre. Credit where credit is due, disent les Américains. Tous ces efforts ont déclenché un phénomène auquel je n’avais pas été confronté lors des sorties de mes deux premiers bouquins : j’ai acquis un vrai public, qui m’a critiqué gratuitement sur le Net – on peut le voir par exemple ici, là, là, là et là, plus négativement – et commence à m’écrire. Chose intéressante en effet, j’ai reçu quelques dizaines de mails de lecteurs qui me faisaient part de leur ressenti après avoir terminé le roman. Bon, ce qui n’est pas cool, c’est que j’ai dû arrêter de porter des tiags depuis quelques semaines, mais dans l’ensemble, les compliments – c’est tout ce que j’ai eu dans ces courriels pour le moment, croisons les doigts – sont plutôt agréables à lire.
Evidemment, tout n’est pas rose et Citoyens a été parfois vertement attaqué. En fait on m’a détesté globalement pour les mêmes raisons qu’on m’a apprécié. Là où certains voient richesse et documentation, plongée réaliste dans un univers complexe, une minorité ne retient que longueur, lourdeur et indigestion. La taille, le détail, ligne de faille. Par ailleurs, en réponse à ceux qui félicitent la langue sèche, behaviorist, l’accumulation rythmée de saynètes courtes, comme des flashs, les points de vue qui se multiplient, les antis déplorent l’absence de style, le manque de psychologie – surtout en ce qui concerne Amel, mais je vais y revenir – et la confusion structurelle. Ils n’arrivent pas à s’attacher aux personnages, la polyphonie trop rapide les perturbe. A chacun sa sensibilité. Mais au-délà de l’intérêt ou du rejet qu’a suscité le livre, j’ai eu d’autres occasions d’être surpris. Je m’attendais à être plus critiqué sur le fond. Certains aspects du récit, comme la torture par exemple, auraient pu me valoir d’acrimonieuses attaques de la part des censeurs de la pensée politiquement correcte. On a vu des textes se faire descendre pour moins que ça. Il faut croire cependant que le fait que je fasse œuvre de littérature dite de genre et ma relative jeunesse dans le milieu m’ont aidé à passer sous le radar.
Je m’étonne de l’empathie que Lynx a réussi à générer. Voilà bien un personnage dont le sort me paraissait scellé d’avance. Finalement, autre surprise, c’est cette pauvre Amel qui aura essuyé les plus vifs reproches. Tour à tour gentille – terme à prendre dans son acception la plus ancienne, les gentils – bête, hypocrite, vénale, manquant de psychologie – mais là, c’est apparemment de ma faute, je ne sais pas écrire les femmes, vraisemblablement – elle n’a guère plu. Je le regrette, parce que je m’y suis attaché. Pour moi, Amel, c’est un peu nous tous, avec nos grandes idées et nos illusions, constamment contrariées, battues en brèche, rabrouées par une réalité beaucoup plus complexe et moins N&B que celle que nous vendent tenants du complot et autres idéologues. On m’a également fait le reproche, à travers la relative faiblesse d’Amel, seul personnage féminin, et ma vision des rapports hommes/femmes – intimes ou non – de mal masquer ma misogynie. Personnellement, lorsque je regarde autour de moi, en particulier dans certains milieux théoriquement plus polissés et sensibles – univers politiques, médiatiques artistiques – je n’ai pas l’impression de voir la parité et le respect des femmes à l’œuvre. Evidemment, grossie à la loupe de mon récit, cette réalité peut choquer. C’est un choix personnel qui ne demande qu’à être contredit. Last but not least, et l’accroche est de circonstance, je m’étonne du peu de cas qui a été fait du personnage d’Arnaud, le mystérieux agent à la pipe. Tout le monde semble être passé à côté de lui et de la signification de son rôle, dans le récit. Là encore, j’admets volontiers avoir été plus que subtil puisque ses apparitions sont rares et noyées au milieu du reste. Mais c’est une volonté de ma part qui traduit la difficulté qu’il y a à isoler un renseignement pertinent au milieu d’un flot informatif soutenu. Arnaud est de la DGSE. Il est présenté comme tel dès sa première apparition, lors d’une réunion de coordination avec les RG puis, plus tard, lors de son entrevue secrète dans un bar, avec Ponsot. Mais Arnaud est aussi en contact avec Jean-François Donjon, qui trahit Steiner, le mentor de Lynx. Or Steiner roule théoriquement pour… La DGSE, via Montana. Enfin, Arnaud n’est-il pas à la fin en compagnie de Richard Pierce, dont on suggère l’appartenance à la CIA ? Toutes les réponses, finalement, sont contenues dans le roman et la perspective du conflit irakien évoquée dans l’épilogue. Il y aurait là d’ailleurs, un cadre général de guerre, d’occupation, d’attentats, d’enlèvements, de tractations, de coups tordus et de gros contrats plutôt intéressant pour apporter les réponses qui manquent et ramener les survivants de ce premier opus. Mais l’actualité, la mienne du moins, n’est plus littéraire pour le moment.
EDIT, 20h18: Ah, et puis j’ai failli oublier… On m’a également conseillé de changer de pseudo, jugé au mieux marketing au pire puéril et ridicule. J’avais perdu de vue, il est vrai, que le pseudo fait le livre.
PS: Je serai présent au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, les 26, 27 et 28 mai prochains.
PPS: Le titre de ce post n’est pas le nom du dernier groupe rock que j’écoute, quoique, la chose ne serait pas insensée… C’est un souvenir de l’édition 2007 des Quais du Polar, un bon souvenir.
Comment by BRET — 26/04/2007 at 12:41
DOA>>
Toujours très suprenant pour un libraire fou de géopolitique et de polars de lire et d’entendre les commentaires des critiques et des lecteurs à propos d’un livre.Jamais par exemple,le roman n’est remis dans un contexte littéraire plus large.On peut avoir des préventions quant au style ou à la place des femmes dans l’oeuvre(critique régulièrement faite à Ellroy …) mais le point de départ ne devrait il pas être de situer la nouveauté ou l’ambition du travail de l’auteur.Je crois que le polar au sens très large du terme souffre encore de son image de genre.Je salue chez vous l’ambition et une volonté manifeste de défricher de nouveaux terrains.Votrel livre n’est bien sûr pas parfait mais il donne envie du prochain,de vous suivre et de vous rencontrer.Tout ceci est très rare dans la production française.
BàV
Comment by Michel — 26/04/2007 at 15:26
Ouais !
Comment by DOA — 26/04/2007 at 19:00
BRET >> C’est malin, maintenant j’ai la pression.
Michel >>
Mais encore?
BàV.
Comment by Treize — 26/04/2007 at 19:10
Hello !
Petit hors sujet, parce que je commence à bien être accroc, et à lire régulièrement le blog … S’il vous plaît, pour mes pauvres petits yeux (et je ne dois pas être le seul), est-il possible d’éclaircir le fond du thème ? A la fin d’un article, je ne vois plus rien: que des lignes noires et blanches, c’est un vrai supplice ce texte noir sur fond blanc !
Sinon, content que la maison d’édition fasse bien son boulot, et que la couverture presse soit bonne (d’ailleurs, la preuve, je viens de commander Citoyens sur un site en ligne
), ce qui m’a amené sur le site …
Comment by DOA — 26/04/2007 at 19:12
XIII >> Merci, ‘faut soutenir les petites maisons d’édition.
Sinon, pour le fond, comment dire? Je vais essayer de faire plus court, plus souvent, même si je manque de temps. A bientôt pour un avis alors?
BàV.
Comment by Treize — 26/04/2007 at 19:19
Bien sûr !
Dès que c’est reçu, c’est lu (et probablement apprécié), et je ferais le retour
Comment by Keff — 28/04/2007 at 13:24
Hello,
Au sujet d’Arnaud, effectivement, moi aussi je pense être passé à côté.
Mais celà est probablement dû à ma manière de lire, à la façon de ressentir l’histoire.
Ma première lecture est souvent “grossière” et il ne me parait pas étonnant que je sois passé à côtés de tels détails.
Concernant Amel, je ne t’ai pas senti misogyne. Et ne voir aucun personnage féminin, tout compte fait, ne m’aurait pas plus gêné que ça. Pour moi le roman tournait autour d’Amel et de Lynx. J’ai apprécié les évolutions psychologiques d’Amel, tout comme celles différentes de Lynx.
Voilà pour un petit retour à ce sujet.
Et sinon, bien bonne nouvelle que de te savoir aux étonnants voyageurs.
Je me fais déjà une joie d’y aller encore cette année et de t’y croiser.
Question : c’est quoi cette photo sur ta fiche du site des étonnants ??
Keff.
Comment by DOA — 28/04/2007 at 14:04
Keff >> On va dire que c’est un moindre mal.
BàT.
Comment by Megalomane — 28/04/2007 at 22:33
Fière de toi.
Comment by DOA — 28/04/2007 at 22:41
Megal’O >> Fière? Mais pourquoi?
BàT.
Comment by nordyak — 29/04/2007 at 12:54
Salut DOA,
Suite à ton post-mortem, je peux te dire que pour l’instant, ‘’Citoyens Clandestins’’ se porte bien dans les ventes du rayon polar Fnac Vélizy. Il fonctionne à disons, une petite dizaine semaine et il est parti pour être très présent jusqu’à cette fin d’été… je le veux !…
Sa clientèle a un peu évoluée, on perçoit une réelle recherche du titre, donc une information avant l’achat, normal vu la presse. En sociologie clientèle, je dirais, plutôt homme 35-50, fonctionnaire ou assimilé… Vélizy n’est pas très loin de Villacoublay, n’est-ce pas…
Cette semaine il fait parti de la sélection ‘’coup de cœur’’ des libraires présentée à l’avant du magasin en plus du rayon où là, il restera de toute façon jusqu’à…
Bref, très content je suis que ça marche, c’est un bon livre.
Bon, oui, toujours d’accord pour boire un verre !
Tom mon collègue de la Bd serait sûrement des nôtres, je sais, le Temps! mais, pas angoisse, c’est quand on pourra et ce sera avec plaisir.
Bon là, de toute, je pars faire un tour en Inde du sud, pour trois semaines avec ma manageuse personnel, mais après, je serais dans mon petit rayon adoré… pour tout l’été, alors !
Alors, à bientôt des que l’on peut-veut pour boire un verre et ‘’causer’’ du monde et de ses monstres.
Hop !
JACQ
Comment by DOA — 29/04/2007 at 13:09
JACQ >> Hello! Ca me fait très plaisir de te voir en ces lieux. Bon, tu sais tout le bien que je pense du soutien des libraires et du tien en particulier, alors je ne me répéterai pas. Quoi qu’il en soit, je te remercie pour ces quelques informations qui sont raccord avec ce que j’entends par ailleurs. Pour le reste et donc le verre, je pense que nous attendrons Juin, dans la mesure où je serai moi-même peu présent sur la fin du mois de mai. Au retour des Etonnants Voyageurs, donc.
BàT.
Comment by Roxane — 30/04/2007 at 0:54
Ah Ah Ah. Je me marre aujourd’hui en repassant sur ton blog (et tu dois bien deviner pourquoi).
Comment by DOA — 30/04/2007 at 7:02
Roxane >> Parce que tu as beaucoup d’humour?
BàT.
Comment by vincent denis — 27/05/2007 at 14:58
J’ai découvert DOA avec Passagers clandestins, tout à fait par hasard, il y a quelques mois, en librairie. Collection classique, mais nom inconnu, titre et couverture énigmatiques mais intrigants. J’ai regardé l’objet, jeté un oeil à l’intérieur. J’aime beaucoup ce qui touche à la clandestinité et aux services secrets. J’ai bien aimé, je crois, la sobriété de l’ensemble (sans esbrouffe, sans “déjà un classique” ou “culte en Norvége, son pays d’origine”). Et j’ai beaucoup aimé le roman. Je suis d’autant plus heureux d’avoir été séduit sans la critique : je n’ai rien vu dans la presse. J’ai hâte de lire vos livres précédents, et j’attends la suite de votre oeuvre, en espérant que vous pourrez rééditer ce coup de maître.
Cordialement.
Comment by Jean-Marc Laherrère — 9/08/2007 at 10:21
Salut,
On s’est croisé à Frontignan, j’au ai acheté ton bouquin, je l’ai lu et j’ai beaucoup aimé. Tu trouveras mon avis, et celui de deux autres lecteurs sur le site bibliosurf animé par bernard Strainchamps, ex webmaster de mauvaisgenres.
Si cela t’intéresse j’ai deux photos de Frontignan (papier ou électronique).
On y avait parlé avec Christine de de Porter, écrivain anglais de romans d’espionnage repris chez folio. As-tu eu l’occasion de le lire ?
A un de ces jours sans doute.
J-Marc
http://www.bibliosurf.com/Citoyens-clandestins